BARRIÈRE UE M K N I L-M ON T A N T
D'après une gravure du temps. — (Collcctiou Paul Marmottan.)
cault, La Bruyère, Montaigne et Montesquieu!
A roccasion du Carnaval et de ses cavalcades, le Journal Ho{/al (7 février) écrit :
« La gaîlé qui règne dans Paris, cet air de satisfaction qu'on remarque sur tous les visages annonce que le peuple reprend cet aimable caractère qui le distinguait de toutes les autres nations. 11 jouit de la tranquillité : il est heureux autant quMl peut l'être et il a l'espoir de Tètre davantage. Sa confiance est dans ce souverain qui sourit à ses plaisirs. La cavalcade du bœuf gras n'est pas une des parties du Carnaval qui amuse le moins les habitants de la capitale. Tous^ sans distinction d'c\ge et de rang, veulent la voir défiler. >
Quelques jours avant la fermeture du Salon (19 mars), une nouvelle extraordinaire assure que Bonaparte a quitté l'île d'Elbe le 27 février, a débarqué, le 1" mars, près de Cannes, avec 1,200 hommes et 4 canons, et a pris la route de Grenoble.
L'armée de l*aris adresse au roi Texpression de son dévouement. Le corps municipal, les gardes nationales, les chambres et tous les corps constitués suivent cet exemple. Louis XVIII nomme le duc de Feltre ministre de la guerre; puis, il adresse une procla-
mation à Tannée, décide la formation de bataillons de volontaires royaux et rapporte l'article 8 de son ordonnance du 17 février précédent qui fixait le nombre des gradés de la légion d'honneur. Cette dernière disposition est suivie presque immédiatement d'une promotion considérable dans l'Ordre, et de la fuite de Louis XVIII à Cîand, dans la nuit du 19 au 20 mars, devant l'arrivée de Napoléon, qui entre à Paris le 20.
En vingt-quatre heures, la population a repris la cocarde tricolore, que les gouvernants de la veille, les Bourbonnistes, appelaient les « couleurs Jacobines ». Peu d'enthousiasme, d'ailleurs, malgré la spontanéité de l'accueil. Aux faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marcel on chansonne Louis XVIII :
Pouvait-il régner sur la France Ce roi qui, parmi les Français, Osa dire avec assurance :
« Je dois ma couronne aux Anglais. > Dès ce moment la France entière Dit, brisaut son sceptre en èrlals :
Si tu le tiens de l'Angleterre, Çùi n'iieiidrapas (bis), il)
(1) Cela sappellc Chimsm nalionalr el se chinle. av.c 6 autres couplels, S'M' lair Je Çà n'i^c peut pas.
PARIS SOUS LA RESTAURATION
D'aprc'S une gravure du temps.
Paris est fiévreux. Il n'ignore pas la formidable coalition qui menace une fois de plus la France. 11 sait (juc l'ennemi est proche et, déjà, on organise partout la défense. Dès le 30 mai, les communications avec Lille et Strasbourg sont interrompues. iMais Napoléon rassure encore par sa présence. Il distribue les aigles aux légions de la garde nationale et aux troupes de ligne. Le 7, il préside à l'ouverture des Chambres.
Les événements vont comme la foudre. Le 18, a lieu la bataille de Waterloo. Le 21, la chambre des Pairs donne lecture de la seconde abdication de Napoléon, et décide de nommer un gouvernement provisoire. Le 22, à la Chambre des députés, le ministre de la guerre, prince d'Eckmùlil, propose de déclarer traîtres à la patrie tous militaires ou citoyens appelés sous les drapeaux (jui ne se rendront pas à leur poste. La guerre est déclarée nationale. Tous les Français sont appelés à la défense du territoire. Sont nommés membres du gouvernement provisoire : Carnot, le duc d'Otrante et le général (irenicr. La Chambre des Pairs confirme ce choix, et, à la majorité des deux Chambres, Napoléon II est reconnu empereur.
Le 25 juin, Napoléon adresse de laMalmai-
— (ColioctioQ Paul Mannoltan.)
son une dernière proclamation « aux braves de l'armée sous Paris ". A ce moment, on est en état de siège. # La ville oHVe l'aspect d'un grand camp, dit un témoin. Des bivouacs pour la garde des équipages de l'armée y sont établis sur ses diverses |)Iaces; des voitures, fourgons et caissons, destinés au transport des munitions et des subsistances pour le camp ne cessent de la traverser dans tous les sens. A tout ce tumulte qu'occasionne le voisinage dune grande armée, si l'on ajoute celui que donne l'affluence des habitants des campagnes voisines qui ne cessent d'arriver dans la capitale pour y mettre leurs effets à couvert de la rapacité d(»s ennemis, on aura une juste idée du fracas qui nous environne. Au reste, le bruit des armes n'empêche pas nos promenades, et notamment celle des boulevards, d'être couvertes d'une foule considérable d'hommes et de femmes parés. Il y a également un grand concours de curieux autour des murs d'enceinte de Paris, et dans les rues qui conduisent aux barrières. «Le gardien des tours Notre-Dame, assailli par les gens, qui veulent voir de là-haut ce qui passe, réalise à cette époque jusqu'à cent francs par jour. Pendant que s'engagent autour de Paris les
premières escarmouches d'avant- garde, on joue à rOpéra (2 juillet). Alceste, /' Epreuve villageoise; à la G a île, la Pie de Palaisean^ le I Précipice, le Marquis de (larabas : à la Porte-Saint- Martin, DieUy V Honneur et les Dames: le Berger de la Sierra Morena ; à l'Ambigu, le Fils bannij V Enfant venu par la fenêtre. Il y a bal paré à Wauxhall et fête champêtre à Tivoli.
Le gouvernement provisoire avait demandé un armistice. Le 4 juillet, eut lieu, au pont de
CARTES D ADRESSE SOUS LA RESTAURATION D'après les originaux. — (Muste Carnavalet.)
Neuilly, l'échange des ratifications dune convention entre les commissaires français et ceux des alliés. Les principales clauses de cette entente étaient la reddition de Paris et la retraite de l'armée française derrière la Loire.
Le 5 juillet, Louis XVIII arrive à Arnouville près Saint-Denis. Le 6, les troupes alliées pénètrent dans Paris, et le 8, Louis XVIII y rentre à son tour. Le 7, la commission du gouvernement provisoire annonce au roi qu'elle vient de se dissoudre.
L'opinion courante est alors que si \apoléon est revenu, c'est qu'il a été rappelé par
l'armée. « Celle-ci seule avait les puissances pour adversaires: et les puissances ne se sont mêlées desalfaires de France que pour se mêler des affaires de l'armée. Quant à leurs exigences, elles s'expliquent par la façon tyrannique dont Napoléon a agi avec elles. C'est une revanche qu'elles prennent. »
Les Parisiens, d'ailleurs, savent bien «julls pourraient souffrir davantage des représailles de l'ennemi, n'était l'intervention généreuse de l'empereur de Russie. Dans la soirée du 12 juillet, celui-ci, qui se promène en tenue civile au Palais Royal, est reconnu et salué des cris : Vive Alexandre, vive le Magnanime !
Puis, viennent les listes de proscription, les arrestations, les procès.
Paris souffre d'un douloureux malaise pendant [)lusieurs mois. Le 24 Août, le maréchal Moncey est destitué et condamné à trois mois de prison pour avoir refusé de présider le conseil de guerre du maréchal Ney. On examine les actes des officiers et fonctionnaires qui ont servi pendant l'usurpation, du 20 mars au 7 juillet. Quiconque est suspect est exclu. Du 1" au 16 octobre, on fait sortir de Paris 974 officiers de tous grades et 2,.*il4 sous-officiers et soldats. Des généraux sont mis en surveillance, d'autres sont arrêtés. Le maréchal Ney passe en jugement le 9 novembre, est condamné à mort le 6 décembre et fusillé le 7, à 9 heures du matin, au bout de l'allée de l'Observatoire. Le comte de Lavalette, ancien directeur général des postes, est jugé le 20 novembre et condamné à mort. Sa femme le fait évader de la juison en se substituant à lui sous ses vêtements. Paris se passionne pour ces événements. On pleure sur le maréchal Ney . On applaudit tout bas Mme de Lavalette. Entre les deuils, Mlle Saint- Fal débute dans le Misanthrope, à la Comédie Française, et obtient un grand succès. Le 29 octobre, il y a deux premières à lOdéon : Les hommes et leurs chimères, et La petite Rose ou Qui est-ce qui connaît les femmes':* La salle est à peine garnie. Tout au plus cinq à six cents personnes. A l'Institut, a lieu la distribution des grands prix des Beaux-Arts. On replante le Bois de Boulogne, qui n'était plus qu'une plaine. On continue les travaux de la nouvelle galerie du Louvre au nord de la place du Carrousel. Paris est calme.