L K S K N V 1 II M N S I) K 1» A II! S K N 1 H
(Collection Paul Maiiiioltan.)
LES ÉCHOS DE PARIS
AIIMLS rn LA VILLE DE PARIS SOIS LA RESTAURATION. (Bibliothèque de la Ville de Pariï).
L'Enterrement de Mlle Raucourt
JK me Iroiivai nirl.'»' ;i un rv/Ticniont •|ui Int. j«' crois. MMis mil' >iin|'le apparciii-c, nn des jilns s«''ri('U\. ilc) uis nr»n rctonr à Paris. J«» vtMix |)nrlcr d.' ronhiicnn-nl de .Mlle Kancourl. l'nnc des iircniirM-cs actrices dont, se soil lionorée la scène IVançaisc.
Dans la nialinéc du i«»nr «|ni avait été lixé ponr le convoi je n-nconliai jdnsienrs (dlieiers de ma connaissance, «piinie parlèrent de cette cérémonie comme d'un événement liien plus intéressant par ses rapports puliti«piMs «jne par son impni(,ince même. 'C'est une ^.MMnde «pieslion. disaient-ils: il s'ai'it de savnir si la H ^tainalion. «pii a jiromis tcdérance et lilieilé de (mis les cultes, «piia promis légalité devant la Inj. lepoussera l'éiialilé devant rii^dise. C'est une allaiii» «le firéjn.iiés, leur cause a été jterdue: mais ofi dit «pn* les jiiéju^'és sont viva<'es, et «piils veulent aussi avoir leur restauration à la suite des autres. »
Sans partaiMM" les a['préliensions de ces otliciers. leurs discours ajoutèrenl encore la curiosité à tous les autres mtdils de convenance et d intérêt «pli m'appelaieid au «onvni de .Mlle Kan<*onrl. car elle Joif:nait. je le savais, à son admirable talent, les vertus d'une t\me bonne et compidissante. A l'exemple de Talma. (pioi«pi'clle cachAt ses bienfaits, leur nombre en avait trabi l'origine, et si le premier précepte de la religion est la cbarité.
LES AI. I. lis A PAKIS. — MIVOl'AC f) E S COSAolES A l" X C il A M I' S- H L YS É E S .
Gravure <le l'époque. — (Collecliori G. ILartmann.)
por.^onin' no nnTilail j)lus do voit- son cercuoil enluuiv (les hônodirtions lUi pauvre et dos lioniniai:os du cullo .le oourus chez moi, pour arrivtu* ensuito on oostuiin' do deuil à l'étrliso Saint-Hocli, paroisse i\o la dolinilo. «jui n'avait pas al tendu la mort pour s'\- laii'f oonnailro: car les dames de eliarito, nobles di^rnitaires de la hienfaisanee, recevaionl bien exactement ses dons modestes et caillés.
Je pensai que co cpic j'avais de mieux à faire, dans une circonstance où mon cumr se croyait avoir quelques devoirs à remplir, c'était do me rendre clioz Talma pour connaître l'heure et le programme de la cérémonie. N'ayant point trouvé Talma chez lui. et comme il était déjà deux heures, je me rendis aussitôt à Saint-Hoch. Il me fallut dosi'endre de voiture prés la rue des Moineaux. L'aflhioncc étîiit considérable, et je fus presque obligée de combattre pour pénétrer jusque dans l'église,'. Il régnait dans les groupes une «igitation plus vive rpie celle de la curiosité. Dos orateurs étaient montés sur les chaises et en étaient renversés jKir les flots de la foule, (pii s'augmentait à cliaquo instant. Un se heurtait, on discutait surtout le pour ot le contre de l'ailmission du ••or[»s. Je m'arivlais de distance en distance, et je romaniuais prcsipio autant de gens qui écoutaient avec attention, que (\i* personnes qui parlaient avec feu. Pour éviter la surveillance de ces écouteurs, je me réduisis presque à leur rôle par prudence: mais je n'en saisis que mieux le curieux spectacle qui m'entourait. « Oui, disait-on, vous
allez voir: cpioicpio cette pauvre Kaucourt fiU charitalde jusqu'à la faiblesse, qu'elle fut la mère des j»auvres, parce qu'elle est morte actrice, l'église lui sera refusée. — Et, refirirent d'autres. j)ar le curé mémo «jui a si largement exploité sa caisse jK)ur les aumônes de l'église. — On la trouvait bonne chrétienne pour l'argent, mais mauvaise pour les [jrincipes ». I.e mouvement des groupes me rejota hors des marches de l'église, vers l'entrée principale, et y rentrer me fut impossible Le cortège arriva enfin. II était extrêmement nombreux, composé d'artistes, d'hommes de lettres et d'inconsolables amis. Je ne reconnus d'abord personne, car j'étais trop vivement émue à la vue du char mortuaire. Je m'inclinai légèrement vers la terre : mes lèvres murmurèrent une prière et un regret. Tout à coup des clameurs s'èlovont. la multitudo s'émeut, se heurte, et je sors alors de ma douloureuse extase, au milieu d'un tumulte (pii formait un contraste étrange avec l'état de mon àmo et le silence ordinaire et convenable duliou. t On refuse le corps, criait-on. Voilà un acheminement aux conclusions de l'ancien régime, la carrière fermée des (luerelles (|ui va se rouvrir. L'église veut cumuler les aumônes des comédiens avec leur excommunication ». L'émotion était générale; et à tous ces cris, un autre plus puissant ot plus énergique vint s'y mêler : « Au château!. . Au château!... Aux Tuileries!... « Moi qui aime mieux une armée en bataille au moment de l'attacpie et d'une charge, qu'un rassemblement populaire, j'avisai aux moyens de me tirer de là.
PARIS SOUS LA RESTAURATION
LES ALLIÉS A P A Uf S . — I) 1 V O T A C DES PRUSSIENS DANS L'aLLKE DU CHAMP DE M A US A LA HAUTEUR DE LA (î R 1 L L E VIS-A-VIS DE LA RUE S A I N T -D O M I M Q U E .
(iravuro de rêpoquo. — (Collection G. Hartmann.)
ne comprenant rien aux périls qui n'ont pas la gloire pour but et pour récompense. Au moment de ces efTorts, l'aspect de ïalma vint me retenir à ma place et mélectriser jusqu'à la sédition. Sa belle figure romaine, où respirait l'indignation de la fierté blessée, lui donnait l'air d'un tribun. Il ne parlait point, mais son geste, mais son regard peignaient assez tout ce qu'il éprouvait.
La foule approche en effet du château, la crise durait depuis assez longtemps pour que le roi luimême en eût l'éveil. S. M. Louis XVHl, qui savait bien, en fait de religion, tout ce qu'un souverain doit aux convenances, mais qui, par prudence et connaissance des temps, ne dépassait pas la mesure, ordonna que le scandale cessât : « Que quiconque avait reçu le baptême avait droit à tous les honneurs du culte, et qu'un sacrement devenait dans ce cas un droit à tous les autres. »
Aussitôt qu'on eut remporté une victoire aux Tuileries, la foule impatiente vint en recueillir les fruits à Saint-Roch. On eût dit que le lieu saint venait d'être emporté d'assaut. La joie du peuple ressemblait encore beaucoup à sa colère. Les choristes des divers théâtres se mêlèrent avec ivresse aux chantres du pupitre paroissial. Figaro et Scapin s'élancèrent sur les cierges pour les contraindre à la lumière. Jamais, certes, les bedeaux, les sacristains et les serviteurs officiels du temple n'avaient mis autant de zèle aux fonctions dans lesquelles la bonne volonté des lévites improvisés les remplaçait. On contribuait au service
de Tautel à qui mieux mieux, et si la gaucherie (le certains desservants trahissait leur peu d'expérience des cérémonies, ils rachetaient les errata par l'enthousiasme, et faisaient excuser les bévues par la ferveur. On était vraiment religieux par émulation et catholique avec rage. Le service s'acheva avec un peu plus d'ordre qu'il n'avait commencé. La (lomédie en corps donna l'eau bénite à la chrétienne qu'elle avait perdue, et moi, ignorée au milieu d'elle, j'accompagnai mon aspersion d'un regret qui était peut-être moins mondain et aussi sincère.
Ida Saint-Elme.
(Mémoires d'une contemporaine.)
La journée du 20 mars 1815.
JE sortis pour voir Paris au 20 mars. — Je me figurais qu'il y aurait de la foule, du bruit; point du tout, les rues étaient silencieuses, presque désertes, les quais de même. 11 y avait sur le l*ont Royal, comme c'est l'ordinaire, quelques personnes qui allaient et venaient. On pense bien que je dirigeai d'abord mes pas du côté du château : arrivée dans la cour, je regardai machinalement vers la place, où le drapeau blanc flottait encore la veille; il n'y était plus, cette bannière de la monarchie avait disparu avec elle. J'allai vers la porte des Tuileries; à travers les barreaux, j'interrogeai les soldats de la garde na-
PARIS DE 1800 A iO(0.