‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 218 sur 455 · IL ARRIV · texte numérisé non relu

IL ARRIV

e! SAIVONS-.NOUSÎ (Musée Carnavalet.)

pertes : Napoléon lui-même crut peut-être devoir les exairérer aussi dans un bulletin, pour avoir le droit d'exiger de la nalion les derniers sacri lices.

M. Uegnault de Saint-Jean-d'Anirély vint à la Chambre lire, de la part de Sa .Majesté, la note suivante :

« L'empereur arrivé à Paris, î\ li heures dusoir. a convo(pié le conseil des ministres, et annoncé, qu'îiprés la virtoire complète de Fleurus. où les l*russicns ont été écrasés, il a remporté, <leux jours a prés, une virtoire complète sur les Anglais l.es ennemis avaient déjà perdu six drapeaux, et la journée semblait dériilée. lorsipie. pendant la nuit, des malveillants «u)t répandu de fausses alarmes, et fait nailrt* le désordre, etc.... Sa Majesté, en passant à Laon, adonné des ordres pour la levée des gardes nationaux qui arrêteront

zèle et le patriotisme ne se sont pas démentisdepuis vingt-six ans.

* Les ministres de la guerre, des relations extérieures, de la police et de l'intérieur, sont invités à se rendre sur-le-champ au sein de l'assemblée. »

Dés ce moment, il fut facile de juger que l'empereur, trahi par la victoire, avait perdu la confiance de la nation. On se rappela que trois fois déjà il avait abandonné les débris de ses armées; on se demanda comment il était possible qu'avec* la fougue que les soldats français îivaient montrée dans le terrible choc du Mont Saint-Jean, ils n'eussent pas tout renversé.

La malveillance exagéra nos

LES HABITS RETOIRNES.

Caricaluro de 1S15, — (.Musée Carnavalet.)

les fmards;!! confère en ce moment, avec ses ministre*;, sur les nïcsuivs néoessaires |>our réparer la perte «lu malrriel de l'armée, et pour présenter aux clianïbrcN les dispositions de loi <[ue commandent les circonslances v

Cette connnuniration parut surprendre l'assemblée : pressée par les dan^^M's de toute es|»éee ([ui menaçaient son indépendance, il se njanilcsla dans son sein un vif désir d'élre éclairée sur la

LES GUtOLETTES.

Daprès une cariralure des C-nt jours. -- iOAk

conduite d'un chef qui cessait d'être I'Ik mnie de la France, dès (pi'il n'avait pas su la défendre, et qui, en venant inconsidérément à Paris, j)araissait avoir plus souim» à sa }»uissance (ju"à la patrie: dos murmures de déchéance parviennent au pied du triuK»; les ministres et ^luelcpies députés se chargèrent de faire entendre à Sa Majesté (|u'unc renonciation an trône devenait indispensabl<Mlans les eiiTonstances où elle avait précipité l'iitat, et par la téniérité de ses opérations militaires, et par la i»ré(ipitation de son retour.

repemlant. on avait porté aux ministres Irs résolutions des chandjres; ils ne paraissaient pas

dans leur sein. Celles-ci étaient en permanenre,et la plus grande agitation régnait parmi leurs jiiembres On craignit «|ue celui (jui était ri'venu de la Belgique, comme il était revemi d(» Hu«sie et de Leipzig, ne voulût traiter les députés du peuple comme il avait traité le Conseil des (^inq Cents. La brave garde nationale de Paris renforça ses postes, offrit de proléger la représentation.

Cepemlant, on annonça bientôt les ministres; un comité secret fut formé; le prince Lucien vint porter aux chaudires les paroles de son frère 11 parla avec énergie. et rappela aux bons citovens cpie la patrie, encore plus ma Ih eureuse ^pi'elle ne l'est aujourd'hui, s'était relevée plusieurs foiN de son abalti'ment par l'union de tous; il provoqua la eonv«'rg('n«-e de tous les«dl'orls. pcuir mettre l'empereur en état de reprendre bur-le-( hamp i'olTensive.

11 èlail inconvenant (pi'un prince étranger, (jui n'était pas ministre, et qui n'avait aucun titre aux veux des reju'ésentants <le la nation, vînt leur proposer «les mesures quand on ne «bunandait (pie drs éclaircissements; son ébK|iienee fut applaudie, mais çlle lit sur les<'S|irits un elVet contraire à r'elui <pi'on s'rn était promis. Alors M. tay étant monté à la tribune, parla franchement et avec le plus grand talent au ncuii de ses cidlègiics : il })rouva cpie la l''ran<-c ne pouvait plus se sauver a\(M; renq>ereur. il interjiejla le ministre des relations extérieures pour savoir si. dîins les ouvertures faih.'s au con,::r<s|ionr la paix, il avait été questimi du parti «pie prendraient h s puissances, si Napoléon Honaparle descen«lait du trône Cneconinn^sion. formée du bureau, fut aussitôt chargée de *ie joindre aux ministres et à une commission de la Chambre des pairs, pour se transpculer auprès de l'empereur, et pour lui faire connaître les inteid ions des chambres. Il lui fut enjoint de rapporter. dai!S le plus bref <lélai, la réponse de .Napoléon.

Cependant, la réponse n'arrivait pas; une partie de la journée du 21 paraissait avoir été sans résultat. Le 2:2, les députés étaient réunis avaid huit heures: ils réclamaient le rapp(»rt de la commission. A dix heures, il n'.v avait enc«)re rien de n«)uvean, et l'on parlait <le mouvements de trou]«es dirigées eoidre les corps léMislalifs. Le président

;lion Li. llnrlm.inn.y

PAinS sous LA RKSTAL RATION.

LE CHAMP DE MAI. — D I S T IM H U T I 0 .N DES A Mi LE S 1» A K L EMPEREUR.

(jravurc de lï-poque. — (Musre Carnavalet.)

semblait diiïércr roiivertiire de la séance sous drlTérerits prélexlos; enfin M. IJory de Saint-Vincent s'érriit : « Cbaqiie minute est un siècle dans les circonstances où nous sommes; vous êtes responsables envers la patrie dc^ toutes ceUes que vous i»erdez, il faut enfin savoir ce «ju'on a répondu; la commission est depuis tleux beures dans celte enceinte et ne l'ail pas de rapport, il faut prendre îles mesures sans elle ». IJientôt, cette commission parut, et le ^'énéral Grenier annonça que l'empereur croyait encore pouvoir sauver la patrie, et <pie dans unebeure, il ferait savoir sa résolution. Klle fut grande, elle fut j:énéreuse, cette résolution ; M. Saint-Jeand'Anp:élj la lui bientôt k l'assemblée, qui ne l'entendit pas sans la plus vive émotion.

1 Français, en commençant la guerre pour soutenir l'indôpendîince nationale, je conïptais sur la réunion de tous les efforts, de toutes les volontés, sur le concours de toutes les autorités nationales.

« J'étais fondé à en espérer le succès, et j'avais bravé toutes les déclarations des puissances contre moi.

« Les circonstances paraissent cbangées; je ra'olTre en sacrifice à la haine des ennemis de la

France; puissent-ils être sincères dans leurs déclarations, et n'en avoir réellement voulu «pfà nia personne! .Ma vie politique est lerminée, et je proclame mon llls sous le titre de Napoléon 11.

empereur des Français >». L'n article impraticable de cette déclaration parlait de l'or^'anisation d'une? régence impossible, puisquedansceu\ (jui la composeraient, les étrangers et les Français verraient toujours la maindanslaquelle on ne voulait plus le pouvoir, Napoléon terminait ainsi sa dernière volonté :

«( l'nissez-vous pour le salut public, et |)our rester une nation indépendante ». Ainsi celui qui naguère régnait, pour la seconde fois, sur le peuple qui l'avait cboisi, se trouvait, une seconde fois, obligé de descendre du trône; et. «lans toutes les nvconstances de sa vie. il n'avait jamais montré plus de ciilme.

Le ynin Jaune (:i5 juin 1815.)

Le courtisan du malheur.

MEhAILLE PE.NDANT LES (.Mui>ce de la

FRAPPEE CENT JOLKS .Monnaie.)

A journée du il juin 1815, si fertile en événements et en émotions de toutes sortes, avait tellement fatigué Napoléon, qu'avant son dîner, qui n'avait lieu, à cette é])oque, que

TAIMS DK 1800 A 1900.

LES PAIUSIENNES SECOUHANT LES ULESSËS l»E 1815-

(Ci'llecion <<. llarltn;inn )

très-ttU"il. il voulut pieiidiv^ un haiuion !«' lui prépara : mais à jieim^ ri ait-il daus sa haii'uoire, (ju'il <Mjleu(lit (lisculcr dans 1(» [iclit salou <|ui i»i'('MH''(lait la salle «les bains, et (juil crul rrrouiiaitre la voix (ieCarnot « Si M. Caruol est là. rria-t-il, qu'on le fasse entrer! »

En elTel, «'était lui. I>e gouvernement provisoire l'avait ehar;|j;é d'aller à la Malniaison pour éclairer l'Empereur sur le danger «le sa position et justifier en «luchpic s«>rle les mesures que la commission avait cru devoir prendre à son égard.

Introduit «lans la salle des bains, Carnol sembla mal à l'aise; il avait le ca?ur serré.

Dans tout ce «pii avait été fait jus«|u'alors, la conduite de Eouché avait eu quelque cbose de mystérieux qui n'avait écbappé à aucun de ses colbgues; ceux-ci craignant de voir rejaillir sur eux une part de l'odieux de

cette conduite, Carnet, disons-nous, venait à la Malmaison non seulement pour les disculper, mais encore pour s'acquitter d'un devoir : relui de faire ses adieux à l'Empereur. Napoléon ne lui laissa pas achever les explications qu'il lui donnait, parce que jamais il n'avait confondu les membres du gouvernement provisoire avec l'homme qu'ils s'étaient choisi pour président; et l'accueil qu'il fit à Carnot dut lui prouver tout le cas qu'il faisait de sa personne.

0 Eh bien! lui dit-il après avoir échangé quebiues paroles, le gouvernement me craint donc beaucoup, puisjju'il veut à toute force que je m'éloigne, sans même me f«»urnir les movens d'assurer l'inviolabilité de ma personne?

<;arnot baissa la tète sans répondre: Napoléon poursuivit avec animation : « Les malheureux!.. Ils veulent tellement ma |i(M't<', «lu'ils préféreraient la leur, plutôt que de me mettre entre les mains la possibilité de les sauver! Eh bien ! «pi'il soit fait comme ils le veulent. Je quitterai la France, je la «piitterai sans regrets, puis«iu'elle me repousse, la France «ju«» j'aurais voulu faire la reine du monde!... Puis«pron m'oblige à partir, je partirai; mais ce ne sera que j»our me réfugier chez sa plus implacable «»nnemie : j'irai demander asile â l'Angleterre. L'Angleterre sera pour moi plus généreuse «|ue la France! »

A ces mots, Carnot s'écria : Ah ! sire, au nom «le votre gbdre, au nom de tout ce qui vous est cher, renoncez à ce projet, je vous en «'onjure, sire, comme votre plus siiu'ère ami. Eh (juoi! le général l$onaparte. bî pn^nier consul. l'Empereur, l'homme enfin «jui. pendant vingt îins, fut l'ennemi pers«Mmel «les Anglais, celui «jui

M. GOUEMOICHE ET THOMAS L LNCREDCLE.

Caricature des Cent jours. — Le royaliste voulant persuader le bonapartiste. Collcclion Hennin. — (Cabinet des estampes.)

l'AUIS SOaS LA RKSTAUHA1 ION.

les a mis au bord du tombeau, veut aller en Angleterre?. . Mais, sire, pardonnez-moi d'oser vous le dire: celte idée est insensée, elle perdra Voire Majesté . •

El Carnot. les veux humides, les doigts serrés les uns dans les autres, (dTrall en ce moment le modèle de riiommelvraiment attaché à la gloire de celui «jui, pendant dix Jins, iivait fait «elle de la patrie. » Il me faut aller eu Angleterre, répétîi 1" Empereur ; je crois le |)euple anjLihiis jjrand vl généreux. Il ne laissera pas insulter Napoléon lîonaparle, abandonné, malheureux, allant lui demaiuler asile et proteclinn.

— Et c'est vous. sire, qui rrovez pouvoir faire entendre ce mot <le protection au prince régent?..

1)1 Kl. I-I )<> l! I. A

l>'a|irts une i st« npe

ou t:\h snin I ...iilcnrs (isl.i

n M mil s h > jui LKi Ibî -Mu^ée Carnavalet.

LE COUP IiE riED DE L A.\E.

Caricalurc des Cenl joiiri. — (Musôc Carnavalet.)

prières de Carnot, je n'irai pas; mais où 'irai-je, i:rand Dieu? — En .\meri(pie! sinv (Juj* Votre Maji'slé |»arle sur-lechamp pour la iiochelle ou pour !{(U'd«Nmx. si elle ne v<Mil point iil- 1er à Hochefort. Je sais que le cnpilaine Bo<Iin crois»' dans ces para 11 es: peutêtre vous attendil pour protéi:er votre traversée?

— Oui! c'est décidé, sécria Napoléon: j'irai en Amérique. etfasse

Mais lord Castlereagh recevra d'abord des ordres de Wellington ou de lord lîcresford ; puis il ira, en raillant, les mettre aux pieds de son maître dissolu!... Non, sire, je ne puis soutenir cette pensée. Encore une fois, au nom de votre fils, au nom de la France entière, sire, n'allez pas en Angleterre !

Et Carnot, oubliant le lieu où il se trouvait, tant son émotion était forte, était demeuré à genoux les deux mains appuyées sur le rebord de la baignoire.

« Alors, dit enfin Napoléon, vaincu par] les ér.-ergiques

LE.S SK.MIME.NTS.

Cnriralure des Ont j«i'im. — (.Musée (Carnavalet,)

PARIS Di: 1800 A 1900.

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