‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 271 sur 455 · LES MISSIONS I) E F R A N CE E N · texte numérisé non relu

LES MISSIONS I) E F R A N CE E N

D*apré8 une gravure du temps. — (Collection G. Hartmann.)

Ces missions organisées par l'abbé de Rauzan et par l'abbé Liautard, fondateur du collège Stanislas, eurent lieu dans toutes les villes, et aussi dans les faubourgs de Taris. Une foule immense suivait In procession. Les assistants appartenaient à toutes les classes, nobles, chevaliers de Saint-Lojis, marchands, artisans, paysans, garde nationale, etc.

jeune auteur une pension royale de i200 francs et, comme tout succès de bon aloi, suscitent des parodies non moins goûtées. Le théâtre Italien, qui a débuté avec les Exilés de Florence et ïAffnès de Pa<"r, monte, à quelciues mois dMntervalle, le Barbier de Sévil/e de Faisiello et celui de Rossini. Le talent des interprêtes, Garcia, Pellegrini, Mme de Begnis, contribue à mettre en vogue Topéra-bulTa.

Quant au Théâtre français, il continue à intéresser le public à des comédies romanesques et moralisatrices comme la Fille d'Honneur d'Alexandre Duval, Orgueil et Vanité de Souque ou à de froides tragédies nationales comme la Jeanne d'Arc de d'Avrigny ou le Louis IX d'Ancelot. La maison de Molière est dans l'anarchie : les gazettes se font récho des bruits de procès, de négociations, de démissions de Talma, de Mlle Mars et de Mlle Duchesnois, réclamant des congés que leurs camarades s'obstinent à leur refuser.

Indifférent à ces conspirations de coulisses, le peuple, qui se soucie peu queTalma continue ou non déjouer Œdipe et Oreste, s'esclalTe aux facéties de Potier, frémit aux tueries des mélodrames de Pixérécourt. Il porte aux nues les exercices équestres de Franconi dans la Mort de Kléher et s'extasie aux fêtes foraines de Tivoli, dont une est signalée par

la tragique ascension de Mme Blanchard.

Sous les galeries du Palais-Royal, les passants feuillettent les éditions de Ladvocat. Parmi ces nouveautés, de lourds poèmes en vingt-quatre chants où s'essouflle la muse bourgeoise des académiciens Parseval-Grandmaison, Baour Lormian etd'Arlincourt. Dans ce fatras, quelques noms encore ignorés du public annoncent une rénovation. On découvre André Chénier, connu seulement jusque-là par les fragments publiés dans Chateaubriand ; on découvre aussi les deux premières farces de Molière, la. Jalousie du Barbouillé et le Médecin volant. Surtout on commence à publier Byron.

Les mêmes indices de réaction contre l'idéal classique appauvri, figé dans l'abstrait et les formules d'école, percent dans les Expositions artistiques de Tannée. Le salon se ressent beaucoup de l'imitation des écoles de Rome et de Venise. Ce qui domine encore, c'est la peinture religieuse, les allégories selon l'école de David; outre les plafonds de Pujol et de Meynier, les éloges vont au portrait de la duchesse d'Orléans, par Gérard, et à celui de la duchesse de Berry par Gros. D'Horace Vernet une marine y une scène de genre : (Molière consultant sa servante) et l'énorme massacre des Mameluks, De Prud'hon, une Assomption destinée à Ibl chapelle royale.

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D'apris une gravure du temps. — (Collcctioti (m. Jfartinann.)

L'esplaoade des Invalides a été formée sous Louis XV. En isiii on y avail rlevi une fontaine surmontée du lion de S.iint-Marc d6

Venise. Ce trophée de victoire de l'Empire disjiarul en 1815.

Mais le chef-d'œuvre, pour les salonniers c'est le Pf/gma/ion et (inlaiêc de (iirodet-Trioson : ils ne tarissent pas sur la magie du coloris. Le propriétaire d'une salle de danse offre 10,0(K) francs pour exposer la toile unique pendant ses bals; des dithyrambes célèbrent quotidiennement la gloire de l'artiste :

Oui, de l'antique fiction

La merveille est ressuscil»!'e.

Ovide pour la voir a franchi TAchéron, Et Rousseau sur ses pas avec émotion

Vient au pied do la Galatce

Déposer son Pyyitnilwn

On exécute lOdalisque d'Ingres en disant que « à côté des traces d'un beau talent on y trouve de déplorables bizarreries, » et quant au magistral Radeau de la Méduse de Géricault. on le considère comme « l'erreur trop forte d'un jeune écervelé, incapable de comprendre la Beauté ».

A ces tons de bitume, à ces figures convulsées on préfère même les essais insignifiants des candidats aux grands prix de peinture; au moins le Thêmistoc/e , suppliant chez Admète, roi des Molosses, du lauréat Dubois, ne choque point les fervents de la pompe Davidienne.

Cette raideur des étoffes, cette sécheresse de lignes subsistent dans le costume. Les robes ont conservé pour la coupe la mode impériale, mais le blanc légitimiste triomphe avec les mousselines claires, les percales et les mérinos. La plupart restent très engon-

cées, la redingote cachant tout. Par l'influence des Anglaises habitant Paris, la taille s'dllonge et tend à redevenir normale. Comme sortie de théîUre, beaucoup de dames s'alTublent d'une pelisse sans manches à capuchon. Les gazes marabout, les crêpes quadrillés font fureur. Renaud vend le sac à la Jeanne d'Arc tout de velours blanc semé de pointes d'acier que les élégantes mettent au bras.

Mais la grande préoccupation continue d'être le chapeau : les journaux négligent le costume pour la description d'une coifl*ure. Et quelles coifl'ures! Des capotes à visières énormes en auvent, des shakos garnis de lilas, de turbans en linon gazé, lamé d'argent. Les dessus deviennent de plus en plus audacieux : les passes se contournent, s'abattent sur les tempes, se surchargent de marabouts, de rubans roses ou blancs, de grosses coques de crêpe.

Pour l'hiver d'énormes manchons de renard ou de chinchilla, de lourdes palatines en duvet de cygne.

Les hommes adoptent les redingotes noisette et les gilets en poil de chien zébré sur fond blanc.

Très collet monté au moral comme dans leur vêtement, pessimistes, religieux, mélancoliques, ces Parisiens et ces Parisiennes de 1819 sont à point pour goûter le spiritualisme des Premières Méditations de 1818 ou la détresse hautaine du poème des Destinées,

Fcrnand Evrard

PARIS SOUS LA RESTAURATION

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