LA RUG A PARIS
Ld marchande do poissons et la marchande de carottes. D'après uoe aslanipe du temps — (Bibliothèque nationale.)
Cette lettre était suivie dans le Moniteur d'un arrêté du ministre de l'Intérieur, qui portait :
Le ministre secrétaire d'Ktat au département de l'Intérieur, vu le bulletin de sonté du roi, en date do ce jour, arrête ce qui suit :
Art. I. — Les speclacles et autres lieux de fête publique seront, dans le royaume, à la réception du présent, fermés jusqu'à nouvel ordre.
Art. II. — Le préfet de police dans le déparlement de la Seine et, ailleurs, les préfets sont chargés de Teiéculion de cet arrêté. Signé : ConeiÉRE.
Paris, 12 septembre 1824.
Une décision de M. de Villéle, ministre des finances, prescrivait que la Bourse serait fermée
Le deuxième bulletin, daté de 9 heures du çoir, était plus alarmant encore :
Ld fièvre a augmenté dans celte journée : la faiblesse s'est accrue, ainsi que Tassonpissemcnt; lo pouls a été constamment faible et irrégulier.
Ces trisles nouvelles jetèrent l'effroi dansParis. Quelques-uns se demandèrent si déjà Louis XVIIl n'avait pas cessé d'exister. Mais ces rumeurs furent promptement démenties. Une foule inquiète et silencieuse se pressait dans la cour des Tuileries et dans le jardin, sous les fenêtres du roi. On attendait les bulletins avec anxiété. La tristesse était empreinte sur tous les visages.
LE FAUBOURG S A I N T- A NTO I > E ET LE CANAL SAIM-MAHTIN.
Pian dressé d'api è3 les documents de l'époquo par A. Meunier. — (Collection Charles Simond )
aussi jusqu'à nouvel ordre. Le premier bulletin sur la santé du roi était ainsi conçu :
Les infirmités anciennes et permanentes du roi ayant augmenté sensiblement depuis quelque temps, sa santé a paru plus profondément altérée et est dovenue l'objet de consultations plus rapprochées.
La constitution de Sa Majesté et les soins qui lui ont été donnés ont entretenu longtemps l'espérance de voir sa santé se rétablir dans son état habituel; mais on ne peut se dissimuler aujourd'hui que ses forces n'aient considérablement diminué et que l'espoir qu'on avait conçu ne doive s'affaiblir.
PORTAL, AlIBERT, MoNTAIGU, DiSTEL,
DupuYTREN et Damas , premier gentilhomme de la chambre du roi.
12 seplcuibrc, six heures soir.
Le 12 septembre, à 10 heures du soir, le bruit se répandit dans le château que Sa Majesté venait d'elle-même de demander les secours de la religion. Personne, excepté les trois ecclésiastiques qui se trouvaient dans la chambre du roi, ne sait comment les choses se passèrent. Le lendemain, à 8 heures du matin, le prince de Croï, nouvellement nommé grand aumônier, et le curé de Saint- Germain-l'Auxerrois se rendirent dans la chambre du malade ; M. le curé, revêtu de ses habits sacerdotaux, tenant en main le saint viatique, se rendit à pied aux Tuileries, à travers les flots d'un peuple attentif et silencieux. Quand il passa dans les appartements du château, les courtisans, les militaires, les femmes se mirent à genoux. Cette scène fut une des plus tristes et des plus solen nolles que j'aie jamais vues. La mort épouvante» surtout quand elle pénétre dans un palais et qu'elle
PARIS SOUS LA RESTAURATION
vient frapper l'hôte d'une royale demeure. Quand le clergé fut entré dans la chambre du roi, celuici dit à Monsieur : c Mon frtTe, vous avez des affaires qui vous réclament; j'ai, moi, des devoirs à remplir. » On envoya chercher monseigneur le duc, Mme la duchesse d'Angoulùme et Mme la duchesse de Berry, qui voulaient assister à cette triste cérémonie . Le roi parut les revoir avec plaisir et leur adressa quelques paroles graves et tranquilles.
La cérémonie s'accomplit. L'assislance était vi-
rant de son lit sa main glacée, il l'étendit vers eux en disant : c Je vous bénis, que Dieu aussi vous bénisse! » On lui amena ensuite Mademoiselle et Mgr le duc de Bordeaux. Il contempla quelque temps ce dernier héritier de sa race et dit à voix basse : t Puisses-tu, mon enfant, être sage et plus heureux que tes parents! »
La consternation régnait dans le cliAteau. J'étais désolée, j'errais dans les appartements ; j'attendais d'un moment à l'autre que Louis XVIII me ferait appeler ; il ne le fit point : ma douleur
Cl.cUé r.outMt.