‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 375 sur 455 · A LA S A N T K DV H 0 I · texte numérisé non relu

A LA S A N T K DV H 0 I

Grave d'après un tableau de Doilly. — (Collcclion Paul Marmoltan.)

pitoyablement dans leur célèbre Vilh'lkvh*. Casimir Delavignc mcltait au jour de nouvelles .]fess(' flic unes, dignes en tout «le leurs sœurs aînées; Déranger continuait à chanter; enfin, un transfuge de Montrouge, enchérissant sur le Mémoire à comnller du comte de Montlosier, initiait, dansses J^^sv//^^^• miKlmies, le public aux mystères de la société de Loyola, dérobés jusque-là sous un voile épais aux regards profanes.

Huit jours après la réouverture de la session, le 29 décembre, le gouvernement présenta à la Chambre des députés la fameuse loi (le justice et d'amour, concernant la police de la presse, chef-d'œuvre d'arbitraire, qui. devait avoir le même sort que la loi du droit d'aînesse.

Faisant diversion aux ardents démêlés de la politique, le peuple cherchait à passer le temps le plus agréablement possible et, le dimanche, il s'en allait gaiement à la Barrière, se reposer des labeurs de la semaine. C'était principalement à la Courtillo, par laquelle, entre cent guinguettes, on arrivait sur les hauteurs de Belleville. que le Ilot populaire se portait. Pendant le carnaval de 182G, la Courtille fut animée plus que jamais,

et, pendant les .Jours Gras^ le cabaret de Desnoyers et tous les autres ne désemplirent pas. En fait de théâtre, M. Comte, « physicien du roi » et habile prestidigitateur, transféra, cette année-là, ses représentations au passage Choiseul où il s'établit définitivement, dans une salle qu'il venait de faire construire et qui fut inaugurée le 23 décembre. Les affiches de ce théâtre portaient en tète ce distique :

Par les mœurs, le bon goiU, modestement il brille, Et sans danger la mère y conduira sa fdle.

Dans la nuit du \o au 16 mars 1826, un incendie, dont rien ne put arrêter les efTets, détruisit complètement la salle et les bâtiments du Cirque olfpnpique, sïlué au boulevard du Temple, que dirigeaient les frères Franconi et où l'on jouait des mimodrames militaires.

Mais, dans le cours de cette année théâtrale, l'événement le plus important et le plus funeste pour la scène française, fut la mort de Talma, décédé à Paris, le 19 octobre.

Ce fut en 1826, que la ville de Paris acquit du baron Saillard, moyennant 399,200 fr., deux hôtels, sur l'emplacement desquels fut établie la prison pour dettes qu'on nomma

K N T It K K r) r I)'a|>r«.''s une

r u i: son F i n 1. 1 c naviire du temps. -

- (Cabinet des estampes.)

La ruo Vivieune doil 50n n<>m à la fan.illc Nivien, (jui, au \vi« xiôcle. y poss»'»Iiil de grands terrain^. Mazarin y fit roiifitniii e un immense et mn^'ni(i(iue j)al.ii.s, dont r< miilaccniinl il.iil déliinilé par les rue^ (|ui s'ajtjxllent .mjourdhui Vivienne, (-olbcrt, Richelieu, Neuve d's Petils-Chinips. A la mort du cardini.1 ce palais fui l'orîago en deux lnjtels, dont l'un devint en 1719, le siège de la «.ompngnie dvs Indes, puis de la Bourse, puis du contrôle gént^ral des liiiances. Sous la Hévolution on y installa le Trésor public, qui fut transfère plus lard au minislcre des finances, rue de Rivoli. Les b.llinjents de Ka rue Vivienne furent démolis et reconstruits pour faire partie de la Bibliothèque.

vulgairement Clic/ij/, en raison de sa situation rue de Clichy.

1826 vit aussi bAtir une église sous la direction de deux habiles architectes. Lepère et Hitlorf : ce fut l'éi^^bse Saint-Vincent-dc-PauI. Pendant la m('me année, le cimetière Montparnasse ou du Sud fut créé pour remplacer.

LA UtILLE LlSiONAlHEHE DU CAFK DES MILLIi COLONNES.

D'aprt'S une j^iavuro du temps. — (Musée Carnavalet.)

Le café des .Niille Colonnes eut une vogue imuiensc, à cause de la magniliccnce de sa déco-

sur la rive gauche de la Seine, les nécropoles supprimées de Clamart, de Vaugirard et de Sainte-Catherine.

En vertu d'une ordonnance royale du 2 février 18:21), une compagnie, dont les principaux actionnaires étaient : MM. Jonas Ilagermann et Sylvain .Mignon, fut autorisée à former sur ses terrains situés entre les rues de Valois et de la Bienfaisance, du Rocher et Saint-Lazare et le nmr denceinte de la ville de Paris, tout un ((uartier qui prit la désignation de quartier de /'Europe. Une autre ordonnance, du 8 octobre de la même année, prescrivit (jue les abords de \iis(d/e Veuiadour. qui devait être construite pour l'Opéra- Gomique, seraient dégagés au moyen de quatre voies nouvelles : les rues MarsoUier, Dalayrac, MéhuI et Monsigny.

Pendantce temps-là s'achevait le passage Choiseul, commencé l'année précédente, et se formait un autre galerie couverte, appelée passuffe Véro-Dodat, du nomdesesdeuxpropriétaires.

ration intérieure, et surtout de lu beauté merveilleuse de la limonadière dont les bijo IX étaient plus beaux que ceux des princesses de la Cour.

Charles Sellier.

L A N r. 1 E N N K <\\.L K V l\ O V I S O I II K I) F. I. O I* K W A.

D*;ii>rùs iino j^ravurc du temps. — (Collection Cliarlcs Simontl.)

LES ÈCUOS DE PARIS

Le Passage des Panoramas en 1826

LE VIEIX PAhlS.

Passage des l^anoramas.

La porte monumentale de ce passage es' l'aDcieD porlail et le seul

reste de L'ilôlel de Monlmorency-Luxenibourg, LAli

par Lassurance (Kdvu:«i» Ùkaukei>aihk.)

K tous les passages qu'ont ouverts lesspéculate.irs adroits, il n'en est pas de plus fréquenté maintenant que \e Passmje des Panornwns. l'nc heureuse ex[»osition et la mode ont «•(unnicncé la vo^nie dont il jcuiit: le temps a fait le reste. Aujourd'hui, ce joli passage est placé sous la i»rote«tion du dieu qui préside au commerce.

Amusons-nous à le visiter : entrons dans ce hrillant hazar, par le houlevard Montmartre, et eommençons par le côté gauche. A l'angle du boulevard est le café Véron, dont tous les ornements (particularité (pi'il est bon doberver), sont avoués par le goiU. Les <onsommatcurs sortent toujoiu's satisfaits de ce Ix'au café. Avant et après riieiire de la Hours<'. un «:rand nombre de courtiers-marrons, de haussiers et de baissiers garnissent les tables du café Véron; ces messieurs déjeunent solidement ; il est rare que l'esijérance n'ajoute i»as un mets ou iUni\ à la cartiv

Immédiatement ai>rès. est le magasin des bonbons de la duchesse de Coiivlande. où sont étalées des friandises de toutes espaces; à toutes les épocpu^s de l'aimée, et particulièrement pendant les grands froids, les plus beaux fruits charment la vue : on remarque avec sur[>rise,sous la uiènie cloche de verre, des groseilles et des pèches, des

PARIS DE iSOO A 1900.

cerises et des raisins; véritable Protée, le sucre y affecle toutes les formes et s'embellit des couleurs les plus vives. On entre là pour faire emplette do (jueliiues douceurs ; les marchandes sont attrayantes, et l'on se surprend à leur en dire; chez tous los confiseurs, les dames de comptoir f(uit assez volontiers cet échanjre lucratif. Plus loin l'acier brille de toutes parts, l'or en est jaloux, les a^M'éables riens «jui ne sont «juc de ce précieux métal, paraissent pâles et ternes; que de futilités, de charmantes bagatelles! Les dames s'arrêtent là de préférence.

Passons d(»vantle bottier et le ^^jinlier. arrêtonsnous chez Susse, le papetier pnr excellence. Le

au passage obscur qui conduit au théâtre des Variétés; laissons la modeste bouticjuede l'imperceptible marchand de lorgnettes placé au coin, et contemplons le beau magasin de thés, tenu par Mar<[uis, où le chocolat subit tant de métamorphoses; puis respirons l'odeur des truffes, doux parfum ministériel qui s'exhale de l'intéressante boutique de ce marchand de comestibles, le Chevet des Panoramas.

Après Marquis vient un tailleur, une lingère, puis un marchand de papiers peints. Admirons ces belles tentures et ces devants de cheminée représentant des sujets d'histoire ou des faits d'armes de nos guerriers. Donnons un regard au dépôt des

PLAN UU gt'AHTIKR DE l'EIHOPE CRKK ES 1 8 2 G.

Dressé d'après les documents du temps par A. Meunier. — (Collection Charles SimonJ.)

moyen de faire un choix, s'il n'est arrêté d'avance ! Voulez-vous des écrans mécanitiues. de jolis souvenirs, des coffres, des écritoires. des pupitres à secret, «les boites pour les cartes de visite. Choisissez, mesdames, et si, par impossible, vos maris vous accompagnent, trtchez qu'ils ne jettent pas les yeux sur ces grands portefeuilles rouges, verts et noirs : il n'en faut pas davantage pour leur tourner la lèto. Réclamez cet honneur, mesdames, il vous appartient.

Donnons un coup d'œil aux chapeaux de paille de Mme Lapostole, et aux jolies personnes qui les vendent. La boutique de M. Basin, orfèvre, n'ayant rien de remarquable, allons vite à la Mère de fdmille, chez Mme Mineur, puis chez le gantier, puis au magasin du MnmehicJx\ puis enfin d la Chaumière allemande, où l'on vend à la fois des modes et de la parfumerie. Nous touchons

cafetières Morize, de ce meuble ingénieux où Ton peut préparer le délicieux moka sans qu'il perde de son divin ar«>me.

Laissons l'estaminet aux fumeurs, mais faisons une station chez Frère, éditeur et marchand de musique; voulez-vous des amants, des amours, des beaux jours, dos troubadours fils sont ici en aboinlanee.

Nous touchons à l'endroit du passage où est placé le petit théûtre de M. Comte. Quels sont ces marmots qui jouent d'une manière si bruyante ? Paix ! ce sont les artistes : le père noble est celui qui mord <lans un gâteau : cette petite fille est la grande coquette.

Voici le marchand de tabac, puis le changeur. Voyez comme les passants jettent à l'improviste des regards de convoitise sur ces petites sébiles pleines de pièces d'or. Passons outre, afin de ne

PARIS SOUS LA RESTAURATION

pas subir le supplice de Tantale. La Ycrilable richesse est à rôté, chez le libraire Nepveu.

Le passage se termine de ce coté par un bottier, un coiffeur et un tailleur, (hi pcul sortir brillant de chez ces messieurs, pourvu toutefois qu'on ne soit pas sans argent.

Nous avons visité avec détail toute la partie gauche du plus pitlorescjue des passages de la capitale; revenons maintenant sur nos pas pour examiner le colé droit, qui a l)ien aussi son mérite.

Ne donnons qu'un coup d'u'il à la première boutique, celle de M. Kabrv. orfèvre; ce magasin retarde d'un «lomi-siécle au moins, et le gaz n'y a

était indispensable en ce lieu; j'aperçois leur établissement : des brosses, du cirage anglais, et la Gazelle. Passons, ce magasin de bonbons n'a rien de remar([uable, mais la dame de comptoir est jolie, et c'est quelque chose. Arrivons vite à la marchande d'oranges, et pour cela ne laissons tomber qu'un coup d'ddl sur le bottier, le tabletier et le chapelier qui le précédent. Pourquoi cet empressement ? dira peut-être le lecteur. C'est que la marchande d'oranges est une statue assez jolie et tout»' mignonne, qui mériterait peut-être une partie des compliments qui lui sont quotidiennement et galamment adn^ss/'s. si Ton ])arvenait à

L ILE LOUVIEKS.

D'après une gravure du temps. — (Collection G. Hartmann )

L'ile de Javiau.x ou de Louviers appartenait en 1408 à Nicolas Louviers, prévôt des marchands. Couverte à l'origine de

pâturages, elle fut acquise par la ville en 1700 et afFermée h des marchands de bois. Elle a été, en 1847,

réunie au quai Morland (Lavali.ék, Histoire de Paris.)

pas encore pénétré. Disons-le avec douleur, le cfHé droit du passage des Panoramas est un peu en arrière; l'autre côté l'emporte de beaucoup pour l'empressement qu'il a mis à propager le nouveau mode d'éclairage. Aussi brille-t-il le soir de l'éclat le plus vif, tandis qu'un grand nombre de boutiques du côté rival ne sont éclairées que par l'huile de nos pères. Mais que vois-je? Fermons vite les veux, une boutique à louer dans ce brillant passage ! . . . Ah ! voici deux magasins de gants et de bretelles ; tous deux sont à la hauteur de l'époque : il n'y a que du bien à en dire. Une réunion d'artistes (1)

(1) Tout le monde, à une certaine époque, prenait à Paris, le titre d'artiste; aussi trouve-t-oD de fort bon goût la plaisanterie de ce décorateur qui, en s'établissant avec plusieurs autres »ous les galeries du Talais-Royal, mit sur son enseigne : Aux Artistes réunis.

l'animer et à donner quelque peu d'expression à ses traits. Ce n'est pas pour faire présent de la vie à ce charmant automate que Prométhée a dérobé le feu du ciel.

Après le magasin d'oranges et de citrons, sur lequel le gaz hydrogène verse, à la nuit tombante, des torrents de lumière, on voit un marchand de jouets d'enfants; puis un troisième gantier dont l'enseigne est au Ci-devanl jeune homme; puis encore un marchand de jouets; le nombre des enfants de tout Age est si grand à Paris !

Comment-donc se fait-il que le quinquet des anciens jours n'ait pas cédé le pas en cet endroit aux becs resplendissants du gaz?... Respirons l'odeur du cacao dans le laboratoire de Marquis, fabricant de chocolat; puis admirons les ombrelles

fort jolies, mais un peu trop cIh'tcs de son voisin. Ensuite le bijoulioi* lixora un instant noire aU<Mîtion : mais nous passenuis raf)i(l«Miient devant la lingère à l'huile pour arriver tout aussi rapiilenuMit au ma^^1sin^^all)îUres; et nous IVrons une station ehez le ptUissier Fèlir.

En eoudovant un [mmi les An;;lais. en nous faisant jour à travers les Anirlaises «pii seniMent

\e^ Armes (le Werther. C'est, je erois, le magasin (le bonbons le mieux assorti du passage. Le magasin de plaquf d'argent a bien quelque droit à uiio mention.

J'apt'rrois la Lampe merveilleuse', on n'y vend que «les g.inis. mais celles qui les vendent sont Imjmi jolies!... Pour détourner les pensées ([u'elles foui nailn», arrêtons-nous devant le magnifique

Ml,

TALMA UANS SES BOLKS KT r. Il HATIONS .

D'après une lilliograpliie publiée le lendemain de sa mort. — (Collection Cliarles Simood.)

Celle lithographie de grande dimension cunlient en petit lexle minuscule cl presqne micro>copi(|iie le discours très étendu

prononcé par Lafon aux obsèques de Talma avec une biographie complote do lilluslre tragédien.

La pièce est aujourd'hui asî?ez rare.

avoir fait là élection de domicile, nous pénétrons dans le petit salon de ce pâtissier célèbre : goùlons ses gâteaux et son vin : comptons ensuite, et n'oublions pas de remarquerqucpour l'argent que nous lui laissons, nous aurions pu faire un rej^is complet cbez beaucoup de restaurateurs. Cependant maître Félix n'est éclairé qu'avec de l'buile: est-ce que son four ne marcherait pas avec le siècle ?

Attendons l'époque du jour de ian pour visiter Je confiseur dont l'enseigne assez bizarre figure

magasin de bronzes et riorures de M Fleschelle. Honneur aux arts, c'est bien ici leur asile dans ce passage.

(jiiel vaste établissement (jue celui de ce tailleur qui est à côté! Voilà des étoffes séduisantes, des draps qui ne man([uenl pas d'éclat : tout cela estil bien solide et d'une bonne durée ?... Qu'importe, puisque la mode ne laisse pas aux acheteurs le temps «le les user.

Voiri un modeste bonnetier; puis nous touchons à ces Panoramas qui donnent leur nom au pas*

PARIS SOUS LA RESTAURATION

sage, et nous arrivons, aprrs avoir jelé un regard scrula(cur sur le marchand ou la marchande de jouets d'enlanls. au grand magasin de nouveautés de VEclipse, où se termine ncdre promenade.

Javais (imprudemment peut-être) linleution <1(î m'altarder dans les plus belles houliques comme avec les marchandes les phis jolies. Je tiendrai parole après avoir consulté l(îs connaissem's. et pris surlout l'avis des danu^s intéressées.

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