‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 400 sur 455 · EXERCICES MILITAIHES SI H L ESPLANADE DES INVALIDES · texte numérisé non relu

EXERCICES MILITAIHES SI H L ESPLANADE DES INVALIDES

D'après une gravure du Iciiips. — (Musée Carnavalet.)

LES ÉCHOS \)\i PARIS

Les Enseignes de Paris

Ayunt considéré les grands et noiables abus qui 8(> conimi-llent aux inscriplions des cn'seignes dos maisons, boutiques, caburets et autres lieux di^ voire bonne ville de l'aris, on ce que certains ignoraus, compositeurs des diles inscriptions, renversent par une barbare, pernicieuse et détestable or- Ihograplie, toute sorte de s«ns et de raison, au grand scandale de la ré^ïirî«f«* des lettres et d«* I.i nation fran(;aise..., supplir humblement votre Majesté de créer, pour le bien de son état et la gloire dr son empire, une charge de contrôleur, inl«-ndanf, correcteur, réviseur et restaurateur général desdites inscriptions.

Molikh», tes Fàchtur.

LE vieux proverbe : A bon vin point iVeiiseigne n'a jamais été considéré par nos marchands comme article de foi : ils ont toujours attaché une grande importance à cet objet saillant, qui est à leur boutique ce que l'étiquette est aux bouteilles. Longtemps avant que le luxe eût transformé les magasins en boudoirs, où l'acajou, l'or, les glaces se disputent le droit d'éblouir nos jeux, les enseignes avaient déjà la vogue, et c'était à qui se procurerait la plus apparente. Alors on vit

il la |)ortc des parfumeurs, des armuriers, ces gants énormes, ccscpées immenses qui semblaient avoir été conquis par Gulliver sur les habitants de Hrohilhujnnc ; aussi Mercier, dans son Tableau d^ Paris, se demande-t-il si le Français des siècles à venir, en retrouvant dans quelques ruines de pareilles monstruosités, ne sera pas tenté de croire que ses aïeux étaient des géants. On voit aujourd'hui peu d'enseignes de ce genre; mais quelques vieux commerçants bien classiques ont tenu bon, et, certes, le râtelier (jui est suspendu à la fenêtre de iM. Koblot, dentiste-pédicure, rue Groix-desl*etits-Gham[)S, pourra quelque jour servir à prouver (ju'au dix-neuvième siècle il existait chez un peuple éminemment spirituel de très grandes mâchoires.

11 fut une époque où le badaud, qui marche habituellement le nez en l'air, pouvait suivre un cours d'histoire dans les rues, et faire, sans sortir de Paris, connaissance avec une foule de tètes couronnées. Depuis le souverain le plus puissant jusqu'au jdus petit prince, chaque gouvernant pendait, plus ou moins barbouillé, à la porte de quelque boutique. Je ne sais si alors un prince

EMIlOlJCin UK Dr CANAL 1» K L OrilCQ.

D'apn-s uno ^'i-avure du loinps. - (Collection (I. Ilarlmann.)

Ce furent les sieurs >oi.ai.i. fl Uti^-r <|ui en 17'J"» jtroiio^i ronl U dt-rivatimi des eaux d.- I.i liviii-e d*nurc«|, <'l leur londuile i Pari». Ia prise d'eau fut tixéo ]Mr K- •iéi.Tel de 18');.' au hici siipt'i irur du moulin de Mareiiil, disl.iut de Jî lieues de la kirriôre de Pantin. (.•' (.mal devait auiemr dans !•■ liassin de la Ville(l(< un assez grand vdlunie d'eau jxuir sufliru aux Ipcsnins» de Paris; en outre il •levait former une «'orniuunicatinn n.ivi^alile • nlre la livii-rt- d'nina| vi l'aris, |iiiis l<>riiiur -lU nord de l'.iris un canal de Seine à Seine composi'- do deux hrincli*-» navigables, l'iiiif <liri^'«;e de >ainl-l»('nis au Ins^in il- la Villelte, l'autre df ce nit'-me l>«ssin aux fossés do l'Arsenal. (IMi.\ii:k)

régnant de Monaco, ou inèin»» un m iidic dr la république de (îenève. n'aurail pns i)j)li'!iu les lioiinours du porlrail en jdein veut.

Les onseiiinos d(^ ee fleure snni r.u'i's aujourd'hui, et il ma fallu elieiudier hoaunnij» pour déeouvrir le (ivinul'Frcdi'vic à la porte d'un débitant de tabac.

Dans les temps où les idées religieuses dominaient la société, chaque commerrant pensa (pie, sous la protection di» (luelque puissam.e céleste, son néfroce deviendrait pour lui une source de prospérités ; et ce lut la léj^endc <iui fournil des héros aux peintres d'enseigne, comme elle avait fourni des jiatrons aux diverses corporali«)ns d'arts et métiers. De nos jours, les musiriens fêtent encore Sainte Cérile, les jardiniers se mettent en dîinse le jour de Saint-I'iacre, et l(;s «-ordonnicrs se garderaient bien d'oublier la Sainl- Crépin ; mais on ne voit giuM'e de saintes images orner les devanture.> de boulirpies.

J'ai af»ercu j)0urtant, dans la rue Saint-Denis, un marchand de \ins qui a pris pour enseigne le Saint-Esprit.

Lorsque, plus tard, on a pris des enseignes de tout genre, quelques-unes ont obtenu une telle faveur que nous en trouvions des copies dans chaque quartier. Des Pages! des Fanclions! des

rmldifrnsrs ! drs petites Nanette ! il en ideuvail dans Taris, ri le temps les a fait su«cessivemenl disparaître \.vsfiiiiiiii-Pi'lit eux-mêmes, qui furent si nombreux. si> comptent aujourd'hui, et cela se rnncod. puisque nous aimons tant gagner beaucoup et vite

Parlerai-jc des emprunts qui ont clé faits à l'alphabet? Ou en trouve partout.

A présent, c'est surtout flans les pièces dethért- Ire et dans les romans que l'on puise des sujets d'enseigne ; ce n'est plus seulement une figure, une personne qur l'cui expos»», c'est une scène tout entière, et le pinceau qui la trace n'est plus celui d'un barbouilleur : tel tableau (|ue Ton voil sur une porte a brigué l'honneur de figurer au Louvre.

Les artistes, et les artistes habiles, sont si ihuribroux. qu'il leur faut acrepter toute espèce de travail; et d'ailleurs, quand (iérard n'a pas di'daigné de peindre l'enseigne d'un traiteur à Montmorencv: quand tibarlet. dont les charges spirituelles nous amusent tant, a bien voulu que son pinceau courût sur le mur d'un restaurateur deMeudon, qui rougirait d'avoir fait une enseigne ?

Ici, blessé à ré[»aule par un infâme coquin, le plus honnête des fûvçats laisse voir involontaire-

PARIS SOUS LA RESTAURATION

ment les funestes caractères qu'a imprimés sur son corps la main du bourreau ; Marie Stuart, dans les fers, parle en souveraine à son heureuse rivale Elisabeth. Plus loin, le Petit Chaperon rouge, qui vient de poser la galette destinée à sa grand'mére, s'endort sur un banc de gazon, et ne sait pas combien, pourune jeune fille, le sommeil est dangereux dans los bois. Voici Valérie, cpii, privée de la vue, devine la présence d'un amant au premier bruit de ses pas! Voilà la Fille tVhonneur qui, apercevant l'emploi qu'on lui destine dans la maison du prince, arrache les bijoux et les j)arures qu'il faudrait paver par de honteux services.

Vuisle Solilat Laboureur, qui donne son coup de bêche profondément sentimental ; puis l'aimable Léo ni de qui sourit en voyant les trois dix \ de la\viUe de Surèiie lui prédire un prochain mariage; puis... tant d'autres ! je vous le demande! Quand on peut ainsi, en se promenant.passeren revue ce que les théâtres nous ont offert de plus remarquable, à quoi bon les répertoires drama-

VUE DU CAN.\L DE LOURCQ DA D'après une gravure du temps.

tiques ? Arrivons aux marchands qui, dédaignant de choisir un joli sujet et d'en paver fort cher la peinture, se «reusent la léte pour composer des inscriptions : les uns cherchent k faire de l'esprit, les autres tâchent d'être comicpies. Parmi les premiers, je citerai ce fleuriste de la rue Saint- Denis qui, au bas d'un tableau représentant l'Aurore, a écrit :

Elle éclairo le monde et fait naître les fleurs

Et pour aller crescendo, je vous recommanderai le perruquier de la rue Saint-Jacques, sur la boutique duquel vous pouvez lire :

Hic finyii solerSy hodxerno more, capillos Dextera, naturœque novoi ars addit honorei t

On m'a assuré q'.e ce brave homme avait un fils professeu. : c'est sans doute pour cela que chez lui les vers latins se ni si bien peignés.

Mais, dans le bas commerce, les plaisants sont beaucoup plus nombreux que les beaux esprits, et je ne finirais pas si je vous citais tous les jeux de mots, toutes les bonnes ou mauvaises plaisanteries qu'offrent les nmrs de la capitale.

Mettons de côté d'abord, comme trop connu, le (]natj';nn sur ce pauvre Al»saIon, qui ne serait pas

resté pendu fjar la nuque s'il avait eu l'heureuse idée de porter perr u q II e : mais n'oublions ni le perruquier de la rue Saint- IJ e n 0 î t , qui coupe les cheveux à l'idée des personnes: ni les gargotiers qui annoncent que l'on mange et l'on boit gratis, chez eux, demain. Comment trouvezvous les marchands qui jouent sur leurs noms? Et, par exemple : au Czar , Pierre Legrand, marchand de tableaux; aux Quatre Fils, Avmon, marchand gainier; au Cj/^n^, Delacroix, marchand de vins!

tout cela n'estil pas bien joli?

Mais on vous l'a dit cent fois, l'esprit court les rues Fils de la liberté, le calembour ne redoute même pas le voisinage du trône :

Et la gardo (pii veJIlo aux barrières du Louvre N'en défend pas nos rois.

Demandez plutôt au commerçant de vins dont rétablissement fait le coin des rues deTEchelleet de Rivoli, vis-à-vis le chAteau des Tuileries. Cet industriel a pris pour enseigne le fruit parfumé et astringent dont nos confiseurs font de si bonnes conserves, et au-dessous il a placé ces mots en lettres d'or : .4 m bon coing ! calembour très agréable, allusion très ingénieuse, rien n'y manque.

II existe une classe de marchands qui peuvent se passer d'enseignes, ce sont ceux qui, brevetés

NS LA TnAVERSEE DE PARIS.

— (Collfclion (l, Hartmann.)

Page 1