‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 414 sur 455 · PLAN UV. LA SALPÉTRIÈRE EN · texte numérisé non relu

PLAN UV. LA SALPÉTRIÈRE EN

Drossé d'après les documents du temps, par A. Meunikr. - (Colleclion Charles Simond.)

de la politesse la plus exquise, déclara qu'il persistait à remplir sa mission. Dés lors, le soussigné lui remit, au nom de la veuve de l'ex-directeur Barras, toutes les clés des meubles, et assista à la recherche qui fut faite des papiers de Barras.

M. le juge de paix ayant trouvé dans la chambre de l'ex-directeur, ainsi que dans un cartonnier de sa bibliothèque, des lettres datées de la république, les plaça dans des cartons sur lesquels il apposa les scellés. Procés-verbai d'apposition des scellés fut dressé et signé par Mme veuve Barras, par le frère du soussigné et par le soussigné lui-même. Il fut mentionné dans ce procès- verbal que Mme veuve Barras s'oppo-

oreilles longues, la jambe en forme de fuseau, la ganache (autrement dit la lèvre inférieure) lourde et pendante, enfin un vrai mouton de Berrjî 11 marche à la tête du troupeau, il en est presque le monarque. Un pré immense lui sert de pâture à lui et aux siens. Sur le nombre d'arpents que le pré contient, une certaine quantité lui est dévolue de plein droit : c'est là que pousse l'herbe la plus tendre; aussi devient-il gras, c'est un plaisir! Ce que c'est pourtant que d'avoir un apanage!

Notre mouton a nom Robin... Il répond aux compliments qu'on lui fait par des salutations gracieuses; il montre les dents en signe de joie...

Malgré son air de douceur, il est méchant quand

il s'y met; il donne, dans l'occasion, un coup de dent tout comme un autre. On m'a raconté qu'une brebis de ses parentes le mord chaque fois qu'elle le rencontre, parce qu'elle trouve qu'il ne gouverne pas assez despotiquement son troupeau : et, je vous le confie sous le sceau du secret, le j)au\re Robin -M ou ton est enragé.

Ce n'est pas que sa rage soit apparente, au contraire, il cherche autant que possildo à la dissimuler. Kprouve-t-il un acc«''s: a-t-il besoin de satisfaire une mauvaise pensée, il a bien soin de regarder auparavant si personne ne l'observe;

Qu'as-tu à faire du matin au soir? Hien. Tu bois, tu manges et tu dors ; tes moutons exécutent docilement tes ordres, contentent tes moindres caprices; ils sautent à la volonté; que demandes-tu donc? Crois-moi, ne cherche pas à sortir de ta quiétude animale. Repousse ces vastes idées de gloire qui sont trop grandes pour ton étroit cerveau. Végète, ainsi qu'ont végété tes pères. Le ciel t'a créé mouton, meurs mouton. Je te le déclare avec franchise, tu ne laisserais pas que d'être un charmant quadrupède... si, in petto, tu n'étais pas enragé. Fontan.

Clirh»' Romsi't.

JACOB >i E F l' S K IJ K L I V H K H B E N J A M I X .

Prix de Rome de 1829. — Premier grand prix de peinture. (Tableau de Vauchelet.)

(Kcole des Beaux- Arls.)

car Mouton- Robin sait quel sort on destine aux animaux (lui sont atteints de cette maladie 11 a peur des boulettes, Robin-Moutonî

Et puis, il sent sa faiblesse! si encore il était né bélier, oh! qu'il userait largement de ses deux cornes! Comme il nous ferait valoir ses prérogatives sur la gent moutonnière qui le suit! Peutêtre même serait-il capable de déclarer la guerre au troupeau voisin; mais, hélas! il est d'une famille qui n'aime pas beaucouf» à se battre, et, quelles que soient les velléités de conquête qui le chatouillent, il se ressouvient avec amertume que c'est du sang de mouton qui coule dans ses veines.

Cette idée fatale le désespère... Console-toi, Robin, tu n'as pas ù te plaindre, ne dépend-il pas de toi de mener une vie paresseuse et commode?

Une séance à la Chambre.

En attendant l'ouverture de la séance, les membres se tiennent dans la salle des conférences; sur deux tables entourées de sièges sont les journaux de Paris; l'orateur qui a parlé la veille, les parcourt d'un n-il avide, et s'arrête à la partie de la séance qu'il occupe, il peste contre le Journaliste qui a tronqué, altéré, dénaturé son opinion et lui a fait dire une foule de sottises. S'il aperçoit le malencontreux rédacteur, il l'aborde en dissimulant son humeur. < Monsieur, vous m'avez bien maltraité J'ai parlé deux heures, et vous m'avez réduit en vingt lignes. — Monsieur, je crois avoir conservé la substance de votre opinion. — Ce que vous avez omis, était justement

PARIS SOUS LA RESTAURATION

l'essentiel. D'ailleurs, vous avez consacré une colonne entière à l'oraleur qui me procède, et dont le discours, sans amour-propre, n'a pas éclairé la discussion autant que le mien — Pardon, monsieur; vous avez la voix un peu sourde; on murmurait pendant que vous parliez; et puis, nous sommes si mal placés! — C'est une indif,^nilé; j'ai combattu de tout mon pouvoir lii proposition d»^ M. Povf'erré de Cére, et vcuis avez vu que j'ai volé conlre lui. — Je vous eu remercie pour mes confrères et pour moi — Il ne tiendra pas à moi qu'on ne vous rende vos places .. Je mo propose de <lo-

prend la parole et improvise le discours suivant» avecle talent, la chaleur... » Vous savez cela mieux que moi.

Pendant cette conversation, qui se tient dans un coin reculé de la salle, les députés se promènent pêle-mêle. Le côté gauche, le côté droit, le centre .sont confondus conmie les soldats de deux postes ennemis pendant un armistice.

M l)ussuniier-ronh:*une prend la main à M. r,asimir-Périer, et s'entretient avec lui dalTaires de coniniei'cc. M. IkmIocIi et .M. d' Ambrun^eac se concertent sur un objet (jui intércs.^e le département

JACOB R E F r s E U E L 1 V R E H BENJAMIN.

Prix de Rome de 1829. — Premier grand prix de peinture. (Tableau de Bézahd.)

(Kcole des Beau.x-Arls.)

mander la parole demain dans la discussion des articles; j'ai jeté quelques mots sur le papier; je puis vous les donner pour vous éviter la peine de prendre des notes, mais c'est à condition que TOUS mettrez mon discours en entier. — Je vous le promets. — Vous êtes un aimable homme : vous veillerez s'il vous plaît A l'impression, vos imprimeurs font des fautes énormes. Vous savez qu'un mot changé détruit quelquefois l'elTet d'un discours. — Voulez-vous corriger l'épreuve vousmême? Volontiers. Faites imprimer mon discours d'avance; j'aurai le temps d'y jeter les yeux avant de monter à la tribune . Je me fie à vous pour noter les interruptions... Vive sensation... enthousiasme généi'al... bravo... etc. Vous pourrez, si vous le jugez A propos, commencer ainsi ; « M. tel

de la (lorréze. M. de Villêle tombe d'accord avec M. de Chauvelin sur un point de finance, et l'on entend M. de Labourdonnaye dire à M. de Corcelles : « Je suis de votre avis; vous avez parfaitement raison. » Un ministre entre, il trouve sur son passage un membre de l'opposition auquel il fait la révérence, et qui le salue d'un air distrait; il rend à un député du centre qui l'aborde, un placet ù la main, le dédain qu'il vient d'éprouver. Un autre député s'approche de Son Excellence, lui prend la main, lui parle très haut du projet de loi en discussion, l'attire dans un coin solitaire, et lui parle très bas de choses qui touchent de moins prés à l'intérêt public.

On entend battre aux champs; c'est le président qui se rend à l'assemblée, entre une double haie

Chapeau do gros de Naples du maf^asin de

Mme Beauvais, rue Sainte-Anne, n» 77. Robe de

toile de laine. Fichu de tulle.

(D'après le Costume partuen de 182 *J.)

de Tétérans qui présentent les armes. Le rapitaine marche devant lui l'épée à la main, et un f»eloton de garde nationale horde l'escalier qui lui sert de passage particulier. Quelques députés entrent dans la salle puhlique et prennent place à leurs hancs. Les tribunes se garnissent des spectateurs et des spectatrices. Les journalistes sont à leur poste Le rédacteur du Moniteur lient sa place privilé^'iéo avec son sténographe, dans le couloir à droite du président, (lest un homme court et rondelet de quarante-cinq à quarante-huit ans, homme d'esprit et de sens, qui vit bien avec tout le monde ; un ministre lui sourit en passant; un membre de la gauche disserte avec lui sur la proposition à l'ordre du jour; un membre de la droite lui serre affectueusement la main; et un député du centre l'invite à dîner. Les autres rédacteurs, en attendant les discussions, conversent dans leur loge sur la pièce nouvelle, et exercent leur gaîté aux dépens de M. Pojferré de Cére.

Les tribunes ont leurs habitués comme les balcons des théâtres. Vojez-vous dans la tribune diplomatique, cette femme, dont la mise est d'une simplicité si élégante, d'une négligence si recherchée, qui penche la tète d'un air si languissant, qui promène ses regards distraits sur l'assemblée, sourit à demi à son voisin degauche, jette un mot dans l'oreille de son Yoigin de droite, tend la main

au député qui]yient la saluer, interrompt une conversation pour lorgner un ministre ou un député qui entre, demande une tabatière et la respire de loin en faisant une foule de jolies grimaces? C'est une princesse russe. Depuis deux ans, elle n'a pas manqué une séance; chaque jour, elle y vient avec une parure nouvelle ; elle se laisse dire qu'elle est jolie femme; sa figure et ses manières ont quelque chose de peu ordinaire et qui veut être original. Klle est blonde, pAle, et ne met pas de ronge. Son teint est d'une blancheur qui n'appartient qu'aux beautés du Nord ; sa main, qui se proméno habituellement sur son front, ou qui lient une lorgnette devant son o'il bleu, est parfailemcnt belle. Ses traits sont dessinés à la calmouque. La galanterie ne nous permet pas de lui donner plus de vingt-huit ans Sa présence assidue aux débats législatifs, a fait dire quelle était chargée par l'empereur de Russie d'une mission diplomatique

« ôtez vos chapeaux. Messieurs » dit un huissier Cet ordre est le signal de l'entrée du président. On ouvre les deux battants de la porte d'honneur, et le corlége descend majestueusement les gradins ; il est précédé par deux huissiers et les deux messagers d'état; le président vient ensuite; quatre secrétaires de la chambre et deux secrétaires-rédacteurs l'accompagnent.

Le président s'assied au fauteuil ; les secrétaires

Coilfure composée de nattes de ileurs et d'épis, par M. Fostanque, rue Neuve des Petits-Champs, n<>101. Robe de tulle garnie de rubans et de bouquets assortis à la coiffure.

(D'après le Costume parisien de 1829.)

est de 6.000 francs par an, et ils sont logés aux frais de la Chambre.

{Biographie pittoresque des députés.)

Les Tables d'hôte Parisiennes.

LE nom de table d liôle à Paris nVsi qu'une api>ellîiti()ii générique sous laquelle on comprend tous les pols-au-l'eu qui se mangent eu (!' unnuu <ï heure lixe, avec quiconque en veut s.- (>arl, pour un prix (jui varie de sept sousàcin- (luaute IVaues. Il existe, en elTet, des espèces de fables où pour sept sons (le prix que eoiUe ailbMirs un verre drau sucrée) vous pcuivez assouvir la faim la plus désonlonnécv (Jargaiilua s'y fût l'i'jiu Soupi' épaisse, poinines de terre frites, eau i'\ pain a discréli(Ui. telles snni \v< invariables sciisualilés (le t(*< tal)lc's sans nappe Tout, au plus, eu remplareineiit îles p<uunies de leri*e. voit-on ^ur quelcpitN-uiu's un MHU'eeau «le viande noire s»Mlie (lu lilauflreuse \)o sept sous à dix-S(q)t, il n'\ a f^niére <pu' îles nuances à sijkMialer. .\ dix-sept sous (Ml jouit d'une na[quî : c'est une amélioration ; à viiii^t-deux, on a la serviette et la fourchette en métal d'.Mfjer. voire mènu' en arjient. Trois sous de plus et Von touche à la frontière <lu luxe. A vinj^l-cinq. en (dîtd, la table dTiôte commence à se <lécorer du titre de cuisine boarijeoise^ la soucie devient potage, le bouilli se surnomme bœuf^ et il

Turban de gaze, orné de perles d'or et d'épis de diamants, par M. Alexandre, rue Neuve des Petits- Champs, n" 101. Robe de velours à manches de tulle. Pelisse de cachemire garnie d'hermine. (D'aprèi le Costume parisien de 18:J'.>.)

prennent place au bureau ainsi que les secrétairesrédacteurs.

Les huissiers vaquent à leurs divers emplois, et les deux messagers d'État se postent devant le banc des ministres, la face tournée vers la tribune comme pour mettre à une épreuve continuelle la gravité des orateurs et celle du président. Les députés novices n'y tiennent pas toujours, et ce n'est qu'après un exercice de plusieurs mois qu'il est possible de considérer sans rire ces deux visages, dont on ne trouverait pas en France les deux pareils Jamais attelage ne fut si bien assorti que ce couple hétéroclite, ambo pares œtatibus Arcades ambo. tous deux sont du même âge : environ soixante ans; de la même taille : cinq pieds moins un pouce ou deux; tous deux coiffés en fer-à-cheval poudrés à blanc, et portant la bourse, physionomie immobile, le nez en l'air, la marche grave et le maintien décent; l'uniformité de leur costume ajoute encore à leur similitude, et ils pourraient renouveler, sans invraisemblance, les quiproquos des Ménechmes ou des Jumeaux de Bergame ; habit de velours noir, gilet de satin brodé de soie, large ceinture de satin à torsades en or, gants blancs, culotte de drap de soie, épée à bascule. L'emploi de ces fonctionnaires est de f)orter les messages à l'autre Chambre et au Conseil des ministres, et d'escorter le président. Leur traitement

Capote de satin. Redingote de gros d'hiver ornée de glands passementés. Capote de peluche.

Robe de velom's plain. Dentelle de jaconas. (D'après le Costume parisien de 1829.)

y a un pUit c?m jour,» fricandeau ou bifoustèquo. comme dit i'holo. La Table dinde proprement dite commence à quarante sous et finit à quatre francs. Au-dessus de (jualre franc>. c'esl le diner, cest le souper. On dine dans telle maison, on soup(! dans telle autre.

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