‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 431 sur 455 · PRISE DU PALAIS ROYAL (29 JUILLET · texte numérisé non relu

PRISE DU PALAIS ROYAL (29 JUILLET

D'après une gravure du temps. — (Musée Carnavalet

troupes de prendre simultanément les armes, et d'occuper militairement le Carrousel, la place Louis XV, celle du Palais-Royal et les boulevards. A ses ordres, deux escadrons de lanciers et de cuirassiers, quatre pièces d'artillerie et deux bataillons de chaque régiment de la ligne et de la garde, sortent des casernes où ils étaient consignés. Trois bataillons de la garde débouchent sur

par un détachement que l'on jugeait déjà trop faible pour préserver M. de Polignac de la fureur publique. Trois bataillons de la ligne sont postés de la porte Saint-Denis à la Bastille, la gendarmerie à pied et à cheval est chargée de maintenir Tordre ou de saluer le peuple dans l'intérieur de Paris.

Cependant une multitude à chaque instant crois-

santé entourait les troupes, ici gardant un morne silence, là provoquant les chefs militaires de la voix et du geste; ici tendant une main amie aux soldats et les conviant à crier comme eux : Vive la Charte! Vire la liberté !

D'innombrables patrouilles étaient surtout en mouvement; elles s'avançaient sur toutes les directions et se croisaient on tous sens Klles dissipèrent d'abord la l'oule par la s«'ule menace de leurs armes; mais la foule se renouvelait sans

Les bataillons de la garde rovale balancèrent sans peine et sans hésitation la place Vendôme et les boulevards. La ligne ne semblait pas marcher partout en avant ave»- la même décision; la gendarmerie, habituée au tumulte de la rue et au frottement des émeutes, commença [»ar mamiMivrer avec méïiagement, épargnant les coups et faisant plus de démonstrations (jue d'actes d'hostilité.

Mais personne ne songeait à la gagner, elle

D'après une gravure du temps. — (Musée Gai*navalct.)

cesse. Si elle se dispersait sur un point, c'était pour se montrer plus nombreuse sur un autre, et pour reparaître bientôt sur le point d'où elle avait été chassée l'instant d'auparavant. Klle fatiguait ainsi les patrouilles forcées de retourner incessamment à la charge, elle s'enhardissait à mesure et s'apprenait à faire la guerre d'escarmouche et d'embuscade. Pourtant le peuple n'attaquait pas encore : à l'obéissance passive, il opposait la résistance passive; il se faisait presser, refouler, se retirait sans fuir, revenait sans provocations ; il tâtait la troupe, il voulait savoir jusqu'où irait le dévouement des régiments avec lesquels il eût préféré fraterniser que se battre.

était un objet de terreur et d'exécration ; on se ruait sur elle, on l'étourdissait pas des cris. Bientôt elle fut emportée; le premier sang versé le fut par ses mains.

Il était une heure. Des gendarmes à cheval débouchant au galop de la place du Palais-Ko^al dans la rue de Valois, se mirent à sabrer dans la cour des Fontaines les fu vards qui s'y étaient réfugiés.

1/un de ceux-ci eût la tète à moitié fendue en présence de l'auteur de ces lignes, qui aida à le transporter à la librairie située à l'entrée de la galerie de Valois. La vue du sang ne fit qu'irriter les spectateurs. Alors toutes les rues, tous les pas-

PARIS SOUS LA RESTAURATION

ARRIVÉE DU DUC d'ouLÉAXS AU PALAIS-ROYAL DANS LA SOIRÉE DU 29 JUILLET 1830.

D'après uno gravure du temps. — (Musée Carnavalet.)

sages environnants retentirent de leurs vociféra- liers traversèrent la porte de la cour qui donne tions. A la suite d'une charge nouvelle où de nou- dans la rue Montesquieu et qu'on avait tenté de veaux coups ensanglantèrent la place, les cava- leur barrer en y renversant un Oacre ; cet essai de

barricade préluda à tous les autres. Il fut immédiatement suivi d'un acte plus redoutable encore, acte dont l'exemple, imité partout, devait démoraliser les troupes et décider de la victoire.

Pour regagner la rue Saint-IIonoré, les gendarmes avaient tourné la rue des Bons-Enfants, rue étroite percée en divers endroits par d'obscurs passages d'où ils étaient assaillis de front, de côté, par devant, par derrière, et d'où une grêle de pierres, de bùcbes de bois, de pots de fleurs, de meul)les brisés toinb»''reut du b.uit des fenêtres et des toits sur leurs tètes. Dès celte lieure et en ce lieu, l'iniliativc de la guerre des barricades et des

Les cris de : Vive la Charte ! qu'on n'avait pas cessé d'entendre redoublaient de véhémence, et l'on y joignait, avec une fureur toujourd croissante, celui de : -l h^s les ministres!

A cet instant une voiture aux arnies princiéres sortait de l'hùtel des Affaires Etrangères. Le peuple ameuté pousse mille cris; vingt bras sont levés.

Mais c'est une femme, celle du ministre abhorré, sans doute...

Le peuple respecte une femme, et la voiture passe sans (pie le nom même de Polignac soit maudit devant celle qui aie malheur de le porter!

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