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Litliograpilic do Gihaut frères d'après le dcssio de H. Bellangk.
(Collection G. IlaitmanD.)
fenêtres avait été prise. A cette heure et en ce lieu fut aussi frappé le premier citojen que les balles de la garde royale atteignirent; c'était un ouvrier placé au coin des rues Saint-Honoré et des Bons- Enfants, et qui fut tué par un bataillon auquel les chefs avaient donné l'ordre de tirer sur tous ceux qui n'évacuaient pas la rue ou qui se montraient aux fenêtres.
Alors l'orage grondait, la fusillade commençait et, malgré la fusillade, l'encombrement des rues environnant le Palais-Ro.yal, le Louvre et les Tuileries, était de plus en plus considérable. A six heures du soir, cet encombrement était tel que la garde royale et la gendarmerie ne pouvaient circuler qu'en se frayant un passage par les armes.
Deuxième journée.
(28 juillet 1830}
.... Dès le milieu de la journée, rinsurreclion ne s'avançait plus par pelotons épars, par bandes isolées; elle marchait par masses; elle opposait quelquefois les bataillons aux bataillons. De tous côtés les renforts lui arrivaient; chacun lui apportait son intrépidité, son expérience des armes ou l'adresse avec laquelle il savait y suppléer. Les ouvriers surtout habitués à manier le fer étaient la terreur des cavaliers et des fantassins; ils frappaient avec leurs pics ou les haches comme les manants de Senlis frappaient avec leurs massues à la bataille de Bovines. Mais les pics, les faulx
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et les haches n'étaient déjà plus les seules ressources auxquelles ils fussent réduits, leurs conquêtes avaient doublé leurs forces et changé subitement leur manière de bataille. Ils ne se risquaient plus seulement avec les grossiers outils de leurs ateliers, avec les sabres pacifiques des théâtres de mélodrame et du cirque de Franconi; le fer et l'acier pris d'assaut dans les dépôts du gouvernement leur servaient pour combattre ce même gouvernement.
C'était quelque chose de bizarre et de confus, quelque chose de grotesque et de terrible ([ue l'aspect de ces mille batailles et que la vue de tels
truments enlevés aux chantiers des faubourgs, les massues de fer ou de bois se trouvaient pêle-mêle en leurs mains avec les armes antiques surprises au Musée d'artillerie quand ils avaient brisé ses portes, le matin. Les uns, le casque au front, le bouclier au bras et la lance au poing, poursuivaient les grenadiers de la garde comme s'ils eussent couru sus aux Sarrasins; les aulres portaient des hallebardes, des pertuisanes, ou frappaient avec la crosse de ces fusils à mèche que redoutait Bavard et qui sont encore en usage dans les montagnes de l'Albanie. Celui-ci traînait la lourde épée d'un Franc; celui-h^ s'était couvert
li.inirade*
PL.\N DES «ARRrCADES ÉLEVÉES EN 1830.
Dressé par A. Meunier, d'après les documents du temps. — (' jllection Charles Sîmond.)
combattants. Au feu régulier des pelotons de la garde, aux baïonnettes croisées et serrées, aux canons de campagne jetant les biscaïens et la mitraille avec précision, ils opposaient la témérité, la diversité, le clèsordre de leurs attaques tour h tour partielles ou générales, mais toujours imprévues, toujours soutenues, et ne cessant ici que pour recommencer plus loin. Le soleil de juillet dardait sur leurs têtes ses rayons brûlants; la plupart avaient jeté leurs vestes ou leurs habits pour avoir des allures plus libres et comme pour être égaux devant l'ennemi ; ils montraient des poitrines nues, des visages en feu, des figures noircies et où ruisselaient la sueur et le sang Les fusils de l'arsenal, ceux des corps-de-garde, les pistolets, les riches poignards, les damas tranchants livrés par les armuriers parisiens, les ins-
d'une armure exhumée d'un tombeau romain ; aux uns vous voyiez la dague des tournois ou l'épée des mousquetaires gardiens des hôtes de Versailles et de Trianon, tandis que d'autres brandissaient les piques de 9I{, déjà teintes de sang dans des insurrections populaires ou des luttes pour la liberté.
Ainsi, tous les siècles militaires, tous les âges chevaleresques étaient appelés au triomphe d'une révolution qui avait pour cri de guerre : Vite la Charte ! et pour mot de ralliement : Mort aux parjures! Mort aux violateurs de la loi constitutionnelle des Français!
Bizarrerie des choses humaines! ces hommes qui détrônaient un Roi de France, tenaient en main la hache d'armes de Philippe-Auguste, la rondache de François I" et les épées d'Henri' IV