LCCIE.N BONAPARTE, NE EN
Trui^iériic lils de Charles-Marie Bonaparte.
Uu^te en marbre Je lepcque du Consulat. — (Colleclioii du prince
Koland Bonaparte.)
points de la place et fit tresaillir jusqu'aux exécuteurs eux-mêmes : les compagnons de Georges, seuls, regardèrent fixement et sans sourciller lu tête de leur chef bien-aimé.
Pierre Cudoudal sueeéda à (Georges: puis vint le tour de Picot, et ainsi des autres. Les deux premières eharretles se vidèrent au bruit des arela* mations «pii se suerédaient avec des intermittences efTrayantes. A ehaque tête qui tombait, e'étail un long bounlonnement semblable au bruit du tonnerre, suivi bientôt d'une attente silencieuse; [mis les mêmes cris reeommençaient. Parmi cette foule compacte, il y avait des gens rpii se haussaient sur la pointe des pieds pour ne rien perdre de l'affreux spectacle, et qui se croyaient obligés de communiquer à ceux que leur petite taille empêchait de bien voir le programme du sanglant sacrifice.
Déjà huit des condamnés avaient passé sous le fer rougi de sang. Les quatre derniers, Deville, Coster Saint-Victor, Mercier et Louis Ducorps étaient descendus de la troisième charrette, lorsque cette boucherie humaine fut suspendue pendant dix minutes, Coster. d'après les instructions données à l'exécuteur, devait être exécuté le dernier. La tète de Deville venait de tomber: se» trois compagnons étaient déjà au pied de l'échai'aud, lorsque Mercier et Louis Ducorps demandèrent à faire des révélations. I^e cas avait été prévu. Aussitôt, un magistrat, qui se tenait à portée, s'avança suivi d'un grelfier pour recevoir ces tardifs aveux. Mais leurs déclarations, tout à fait insignifiantes, n'eurent d'autre résultat que de gagner un peu de temps sans intérêt pour leur vie. Ils avaient voulu seulement retarder encore l'exécution d'un de leurs chefs, de Coster Saint-
LOUIS UON'APARTE, SE EN 1778.
Quatrièine (ils de Giiailcs-Marie Bonai)arlc.
Busle en iiiurbre de ré])oqiie du <.<>nsulal. — (Collection du j'rince
llolaiid Bonaparte )
Victor, dont la fiunille avail jiist|iiau dernier monitMit espéré la grâce. Saint-Victor, comme honteux d'être redevable de quelques minutes d'existen«'e à l'humanité des exécuteurs qui se tenaient à ses cùlés, leur dit ces paroles qui achèveront de peindre son caractère :
— Messieurs, le soleil commence à mincommoder beaucoup; linissons-en, je vous en prie.
Kt il lit quelques pas vers lécliafaud ; mais les autres le relinrcnl. Le magistrat délégué auquel ses deux compagnons a valent parlé s'était retiré et ceuxci devaient mourir avant lui. Ce ne fut pas long, et son tour arriva enlin. 11 monta rapidement les degrés, releva sa belle tète et jeta un dernier regard du côté des Tuileries Au même moment, on entendit çà et là les femmes dire en sanglotant :
— Quel dommage! un si beau jeune homme!
— Vive le roi! cria Saint- Victor d'une voix retentissante.
Et il se jeta lui-même sous le couteau qui venait d'abattre la tète de ses onze compagnons.
Soit maladresse do la part des exécuteurs, soit hasard, soit enfln par quelque phénomène particulier de vitalité, la tète de Saint-Victor, une fois séparée du tronc, bondit sur l'échafaud et roula sur le pavé. Un des valets la ramassa et la jeta dans un des paniers. Parmi les gens qui ont assisté jadis au supplice de Georges et de ses complices, il en est encore qui prétendent que la tète de Coster prononça quelques paroles.
L'exécution avait duré vingt-sept minutes. Depuis les temps néfastes de 1793 à 1794, jamais on n'avait vu en un seul jour répandre tant de sang sur un échafaud. Malgré le sentiment d'horreur que ce terrible holocauste fit éprouver a la classe élevée, le soir de cette exécution toutes les prome-
nades publiques, tous les lieux de réunion étaient remplis d'une foule élégante et oisive qui ne parlait que du courage que Georges et ses amis avaient montré le matin. Au spectacle, pendant les entractes, des colporteurs offraient au public le Journal ili( soir des frères Chaigneim. Chacun s'empressait d'acheter le journal: mais il ne contenait que deux petits alinéas dont le premier était ainsi conçu :
« Les condamnés Georges Cadoudal, etc. (suivait le nom des douze suppliciés), ont été transférés cette nuit, sous une forte escorte de gendarmes, de Hicèlre à la (Conciergerie, où l'arrêt de la cour de Justice criminelle, confirmé par celle de cassation, leur a été signilié. Tous ont demandé des confesseurs, (ieorges s'est mis aux pieds du sien et a longtemps écouté ses exhortations. A onze heures et demie les condamnés sont montés dans les charrettes (jui les attendaient pour les conduire à la place de (Jréve. A onze heures cinquante-cinq minutes la tète de (ieorges est tombée la première. Deux d'entre les condamnés ont demandé à faire des révélations et ont subi leur jugement aussitôt après. Coster dit Saint- Victor a été exécuté le dernier. »
Le scr'ond alinéa ne contenait que ces quelques lignes ;
" Ce matin, les lettres de grâce émanées delà cicinence impériale en faveur de ... (suivaient les n<uns des huit condamnés à mort dont la peine avait été commuée), ont été envoyées par S. Exe. le grand juge au greffe de la cour de justice criminelle pour j être entérinées. »
Emile Makco i»e Saint-Hilaiue.
{Sonvcntrs intimes du temps de l'Empire.)