‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 50 sur 455 · COURONNEMENT DE NAPOLÉON T · texte numérisé non relu

COURONNEMENT DE NAPOLÉON T

(Musée de Versailles.)

septembre, le recul de Ney à Dennewitz; en octobre, l'issue de la journée de Leipzig.

L'année 1814 est encore plus douloureuse. La plupart des commerçants suspendent leurs payements ou ferment leurs magasins. Il n'y a plus que les boulangers, bouchers et épiciers qui vendent. A la Bourse, la rente tombe à 50 fr.

Napoléon ne se dissimule pas que le Paris bourgeois, marchand, aristocratique a déserté sa cause. « Dans la situation où je suis, dit-il à Bourrienne, il n'y a plus pour moi que la canaille des faubourgs. » Elle lui prouve sa fidélité non seulement en supportant patiemment la faim (sur 66 mille ouvriers, il y en avait 35 mille sans ouvrage), mais en envoyant ses enfants, — des volontaires de seize ans,

de 1814 est des plus joyeux. Les masques sont légion, et on les applaudit à outrance. Toutes les salles de danse sont combles. Au Vaux-llall, au Tarare, au cirque de la rue Saint-Honoré, l'alTluence est inouïe. Tous les théâtres font le maximum. Le 27 février, l'Impératrice régente reçoit dans la salle du trône, entourée des ministres et des graods de TEmpire, les drapeaux ennemis que l'oa ira déposer en pompe aux Invalides.

Illusion d'une heure! Les alliés sont en marche sur Paris. Le 29 mars, Marie-Louise s'enfuit à Blois avec le roi de Rome, et son départ, dit Méneval, ressemble à un convoi funèbre. Deux jours après, le roi Joseph abandonne à son tour la capitale.

Alors, Paris court aux barrières. Iléias! la résistance est impuissante. Le 31 mars, Marmont capitule, et le l**^ avril, le Sénat proclame la déchéance de Napoléon.

L'entrée des alliés dans la capitale dessina très nettement les deux courants qui n'avaient cessé de traverser Paris dès le commencement du siècle. Sur le passage des royalistes, dans les quartiers ouvriers, fenêtres et boutiques closes, visages mornes, accueil silencieux. C'est le peuple. Son patriotisme est humilié par la présence de Télranger. Aux approches des Tuileries, au contraire, démonstrations bruyantes. Beaucoup de femmes du grand monde, massées sur les boulevards depuis la rue Montmartre jusqu'aux Champs- Elysées, agitent des mouchoirs blancs. Les hommes, — on n'en voit ijue de bien mis, — arborent la cocarde blanche. Des duchesses se juchent sur la croupe des chevaux deCosaques pour mieux voir et applaudir.

Napoléon avait, aux yeux des prolétaires de Paris, toujours représenté la Révolution. Pour eux, le 18 brumaire, l'Empire, les guerres étaient légitimés par la lutte contre la réaction. Maintenant que celle-ci triomphait, elle allait sans doute faire revivre les privilèges abolis le 4 août 1789 A moins que la fortune ne redevînt propice à celui qu'elle avait si merveilleusement secondé depuis Toulon! Le peuple de Paris avait cet espoir, cette conviction. Il attendait, après les adieux de Fontainebleau, avec confiance, le retour de l'îled'Elbe.

A ces vœux des faubourgs ouvriers, Saint- Antoine, Saint-Marceau, répliquaient les ovations faites aux Bourbons par le faubourg Saint-Germain, par le Paris qui voulait la paix et qui acceptait comme sincères les promesses de délivrance et de liberté écrites dans la charte constitutionnelle du 4 juin.

Paix, liberté! Que de fois, au cours des quinze années qui viennent de s'écouler sous Napoléon, ces mots ont été prononcés dans les discours officiels par les mêmes orateurs qu'on entendra les répéter sous la Restauration, dont la durée sera tout juste aussi éphémère que celle du Consulat et de l'Empire!

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