‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 51 sur 455 · II. — LA SOCIÉTÉ DE PAUIS · texte numérisé non relu

II. — LA SOCIÉTÉ DE PAUIS

La vie mondaine, sous le premier Empire, présente un caractère particulier : la société n'a pas de foyer unique.

Napoléon est le centre du groupe militaire. Deux fois par semaine, lorsque la guerre ne l'appelle pas hors de la capitale, il reçoit aux Tuileries. C'est la période d'avant le divorce. Joséphine avec sa bonne grâce, ses élégances,

ses mièvreries de créole, son parfum d'ancien régime, son pouvoir de séduction qui agit sur tous ces soldats parvenus et qui a subjugué le Corse lui-même, gagne au Consulat d'abord, puis à l'Empire, bien des cœurs. Bonaparte, au contraire, est bruscjuc, peu aimable; il ne sait s'attacher invinciblement que ses vieux grognards : gauche avec les femmes, quand il ne les traite pas grossièrement, il ne parvient à s'en faire que des ennemies, témoin Mme de Ré m usa t.

L'Empereur est, d'ailleurs, très regardant sur les dépenses de la maison impériale : il n'a pas oublié le temps où sa mère, ses sœurs, sesfrères, lui-même, étaientforcémentchiches de leur peu d'écus; il épluche les comptes de trop près; Joséphine seule s'entend à faire un usage impérial des 26 iiu 000 francs de la liste civile. La bonne étoile du César une fois partie, ce n'est pas l'indolente archiduchesse qui retiendra aux Tuileries l'entourage féminin de la première impératrice, ou qui fera revivre à Saint-Cloud les délices de l'rianon et les fêtes de Versailles auxquelles présida sa grand'tante Marie-Antoinette.

Aussi n'y a-t-il plus de grandes soirées. Le faubourg Saint-Germain se borne aux petites, qui sont amusantes, nous dit la comtesse Potocka. On n'y est pas plus de douze personnes, et l'on y joue aux proverbes, quand on ne s'égaye point à voir les petits chiens aller à l'assaut d'une forteresse renfermant un pâté.

A côté de ces salons de l'ancien régime, s'ouvrent, mais aussi discrètement, ceux de l'aristocratie financière. Le plus en renom est celui de la marquise de Montesson, veuve morganatique du duc d'Orléans. Là, règne ce suprême bon ton, dont tout le monde parle, même les caricaturistes, et que si peu de gens connaissent. On y trouve les nouvelles venues dans la haute société. Mme Récamier en est la reine, comme elle est le modèle le plus parfait de la beauté, de la grâce et de l'esprit. La position de son mari, un des plus grands banquiers de Paris, l'élève encore au-dessus de toutes celles qui l'environnent; mais en 1806, M. Récamier sombre dans une crise de la Bourse. Il lui aurait suffi, pour éviter la banqueroute, que Napoléon autorisât la Banque de France à lui prêter un million. L'Empereur ne le voulut pas. Peut-être Mme Récamier l'avait-elle blessé par l'amitié qu'elle témoignait à Mme de Staël, peut-être avait-il contre elle d'autres rancunes. Mme Récamier perdit tout dans le désastre, sauf la sympathie du public et la fidélité de ses amis. Retirée en 1808 dans sa modeste maison de la rue

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