NAPOLÉON 1*' EX
Portrait en pied peint pcr Garnieb. — (Collection du Prince Roland Bonaparte.) (Ce porirait est généralement consii'éré comme l'un des plus ressemblanta.)
Basse-du-Rempart, elle continua d'y tenir salon. La haine de Napoléon Vy poursuivit; elle fut exilée comme l'auteur de V Allemagne.
Deux salons réunissent surtout les illustrations du commencement de ce siècle : celui du baron Gérard et celui de la comtesse Merlin. Dans le premier se rencontrent les poètes, savants, artistes; dans le second, les compositeurs. Le peintre de la bataille d'Austerlitz préside, chaque mercredi, son cénacle des talents, et ceux qui n'y viennent point sont représentés par leurs portraits : Ducis,Talma, Ganova, Humboldt, l'empereur lui-môme, entouré do toutes les intelligences qu'il protège.
La comtesse Merlin, belle, spirituelle, grande dame et grande cantatrice, rassemble autour d'elle toutes les femmes élégantes du monde aristocratique et principalement celles qui s'associent à son culte pour la musique.
Cette époque est surtout celle des ducs et comtes créés par l'Empire. Leurs gros traitements, leurs énormes majorats, quand leurs femmes ne sont pas parcimonieuses, aident au relèvement du commerce et partant de l'industrie. Celle-ci, en ce qui concerne spécialement Paris, se distingue dans la création des chefs-d'a3uvre de l'ameublement. La renaissance de l'art antique s'y affirme sans souffrir d'exception. Lits de repos, candélabres, autels, trépieds, tout est grec. Les costumes s'harmonisent avec ce style. Les femmes en taille haute paraissent des nymphes dans leurs robes de mousseline claire et légère.
L'austérité à laquelle vise la mode n'est au fond qu'apparente. Un écrivain du temps, Pierre Jouhaud, nous apprend que les années 1809 et 1810 se signalèrent par d'épouvantables désastres financiers. Et il en donne la raison : « Il n'existe, dit-il, en général, aucune proportion entre la dépense et le revenu des particuliers. Bientôt on s'aperçoit du désordre de ses affaires; on veut cependant soutenir sa maison sur le même ton; de là, ces entreprises hardies, ces spéculations téméraires qui doivent le plus souvent, selon les chances du hasard, engloutir ou décupler les fortunes. On voit, ici encore, une autre cause de la ruine de tant de maisons dans la rivalité ridicule qui existe entre des hommes jadis égaux et se trouvant maintenant, d'après l'ordre des choses, dans des situations tout à fait différentes. On reçoit toujours, on veut lutter de luxe, de magnificence, et le simple particulier qui, réduit aux seules ressources de sa fortune, rivalise avec l'homme en place qui est secondé par le gouvernement, doit nécessairement se ruiner. »
Un autre contemporain, J. B. Salgues, nous montre que la vanité, l'envie du plaisir ont corrompu même cette bourgeoisie jadis si honnête, si laborieuse. « Il n'est pas une petite bourgeoise qui ne préfère un piano à un métier à broder, qui ne veuille danser comme une artiste à l'Académie impériale de musique, chanter comme Mme Festa, dormir comme une duchesse, se parer comme la femme d'un banquier. Quelle marchande oserait aujourd'hui se montrer dans sa petite société sans un cachemire, paraître au spectacle sans diamants ! One serait-ce que cent louis ou 1 ,000 fr. pour sa toilette! Hélas I 100,000 francs de dot ne sont plus rien aujourd'hui, un voile, un schall suffisent pour en épuiser le produit! »
Ouant à la vie mondaine extérieure, elle a, sous l'Empire, repris tout son éclat d'avant la Révolution. Fringants équipage^, voitures armoriées, uniformes rutilants d'or, robes élégantes, brillants cavaliers, tous et toutes à l'anglomanie, recommencent à se montrer au Bois de Boulogne, plus fréquenté que jamais, .lusqu'à l'année du divorce et même pendant les deux années qui suivent, les magasins de tailleurs et de modistes ne désemplissent pas : surtout Courtois et Ternaux, qui vendent les schalls de Cachemire les plus beaux et les plus chers, sont le rendez-vous des élégantes, de même qu'on ne commande ses chapeaux que chez Le Roi, ses fleurs que chez Nattier, sa parfumerie que chez Teissier.Les hommes vont jouer à la paume chez Charrier. En carrick.en spencer fait par Walter,ils se promènent pour se faire voir et ne sauraient se passer de déjeuner chez Tortoni,où ils se rendent en hockey, quelciuefois suivis de leur jockey ; l'après-midi, ils font un tour au Bois, une halte aux Bains chinois, dînent chez Hardy au Champagne et finissent la soirée au bal, au théAtre, au café Foi. On dort la matinée, on n'existe pas avant midi. « Les réunions commencent, dit Nougaret dans les Aventures parisiennes de IS08,ùi l'heure où l'on allait autrefois se coucher. Quand les gens du grand monde se mettent à table, à Paris pour dîner, on goûte dans la bourgeoisie, on soupe dans les pensions de jeunes demoiselles qui ont succédé aux couvents, et on ne se couche que dans les hôpitaux. »
Des principes et des idées de 89, de la simplicité voulue et promise par les déclarations républicaines qui n'entrèrent du reste jamais dans les mœurs parisiennes, il n'y a plus trace que dans quelques quartiers dont les noms seuls rappellent l'époque jacobine : Contrat social et Hrutus dans le troisième arrondissement, Bon conseil dans le cinquième. Amis de-
DEUXIÈME ÉPOQUE
la Pairie dans le sixième, DroUt de rHomme dans le sepUème, Indivisibilité dans le huitième, Fidélité et Fraternité dans le neuvième, Unité dans le dixième ; tous ces noms euxmêmes sonnent .singulièrement aux oreilles des bourgeois parisiens qui n'en comprennent déjà plus la signification.