‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 8 sur 455 · DE LA SEINE · texte numérisé non relu

DE LA SEINE

Vignelle de Trud lion.

,i;rand lirrilai^o. .l'ai accni loiilcs les connaissances humaines. On iiTappelIp le siècle de la |)hilosophie : je (lis[)aiais, cl los lompètos rentrent avec nioi dans la nuit des temps. Ton règne commence sous un jour serein. Tu dois valoir mieux (|ue moi. .renipoite. il est vrai, beaucoup de bénédictions, mais j'eiitend> aussi des gémissements. Plus heureux, il sullit (|ue lu saclies conserver ce (jue lu reeois pour (|ue des bénédictions sans mélange le suivent jusqu'à ton heure dernière. .Ne trompe pas l'espérance des sages... Non, ajoute l'orateur, celte espérance ne sera pas trompée : le l'cpos, la liberté, les sciences, les lumières, les beaux-arts, toutes les idées libérales prospéreront sous la République. Le siècle qui commence sera le grand sircie. »

Ce siècle nouveau paraît à Lucien d'autant plus beau que l'Ame de Bonaparte semble devoir tout entier l'emplir. L'astre de son frère monte à l'horizon, fixant tous les regards. Vers cette étoile, comme vers le signe d'un nouveau Messie, les peuples sont en marche.

Lorsque s'ouvre le xix* siècle, à la date

PHISE DE l'hOTEL HABITÉ PAR BONAPARTE EN 1800, RUE DE LA VICTOIRE.

((2es frises décorent acluellemont le grand salon du prince Koland Bonaparte.)

d'avènement que lui impose la volonté de Bonaparte méprisant le calendrier, Tattentat du 18 Brumaire n'est vieux que de quelques semaines, mais il est déjà oublié et de la plupart de ceux mômes qui le combattirent. Paris était resté indifférent. Que lui fait une Constitution de plus ou de moins? Ce changement de régime, on le soulignera d'une fête civique, la fête de la Concorde.

Bonaparte, à Paris, habite le petit hôtel de la rue Chantereine, qui a été débaptisée pour lui en rue de la Victoire; les badauds assiègent sa demeure, l'attendent à sa porte, raccompagnent dans ses sorties jusqu'au jour où ils le conduiront aux Tuileries.

Bonaparte est Tidole, et autour de lui l'amour de tous fait bonne garde. 11 a fait plus que s'attacher le peuple, il la séduit, et cette séduction est TelTet de sa volonté savante. En possession du pouvoir par un coup d'aventure, il tâche à se légitimer; sa science des hommes est assez profonde pour qu'il y parvienne.

Il peut tout, même le bien. Il peut réparer d'anciennes injustices, récompenser des services oubliés, honorer des vertus, rechercher des talents : il le fait. Il met de l'ordre dans une administration dont Sieyès — a qui il fait donner en signe de gratitude le domaine de

Crosne — a étudié tous les organes depuis dix ans. Paris reçoit de lui, avec son organisation municipale et ses deux préfets, un régime qui ne variera plus. Les assemblées sont reconstituées. Cinquante jours ont sufû à la partie initiale de cette tâche gigantesque.

La loi de Saint-Cloud a fixé au premier ventôse la réouverture du Corps législatif. Bonaparte est prêt. Il est impatient de voir fonctionner la machine gouvernementale. Il avance la réunion des Chambres et il décide que les Assemblées commenceront leurs travaux le il nivôse, c'est-à-dire le !•' janvier

Il semble avoir le don d'ubiquité ; on le voit partout. Il se fait ouvrir les prisons, annonçant qu'il n'y enfermera plus ni otages ni émigrés ; il s'arrête aux établissements d'éducation et y introduit des réformes ; il entre dans les casernes; il va voir ses « vieux camarades » aux Invalides, et ses « jeunes amis > à l'École polytechnique. Le même jour, il préside une réunion de ministres et visite un hôpital, assiste à une séance de l'Institut et se montre au spectacle. Il touche a l'universalilé des connaissances et favorise tous les progrès. Cependant, au point de vue littéraire, l'année 1800, dominée par les préoccupations politi-

PBI8B DE l'hOTBL OB BOMAPAITB, fiMti OB LA VICTOIEB, EN 1800. (Saloii ûm priaet Roland Doatpirlt.)

PAIUS SOUS LE CONSULAT

ques, est stérile. D'ailleurs, pour dire sa gloire, pour la faire parler à son gré, le premier consul préfère la presse; mais il n*a gardé que treize journaux à Paris. Le théâtre est la distraction la plus courue des Parisiens; il le favorise, mais en le surveillant par la censure qu'il rétablit. Le retour du numéraire, la reprise des transactions, la consolidation de la rente, le frein opposé à l'agiotage, ont rendu à la capitale son activité pittoresque. Toutes les classes se ruent au plaisir; les salons se rouvrent aux fêtes; les restaurants à la mode roi^or-ent de consom-

Reynière est dieu

maleurs; Grimod de la parce qu'il prêche la bonne chère; les violons un peu partout s'accordent : à Tivoli, à Prascati ; et l'Opéra, qui reprend au Carnaval la série de ses bals masqués, y voit la foule accourir, plus que jamais empressée.

Distraire le badaud, l'amuser, l'éblouir, est dans le programme de Honaparle II n'a point biffé d'un trait de plume toutes les fêtes de la Révolution ; il en a gardé deux, cadre indispensable des apothéoses qu'il médite. Il veut que la fête du i4 juillet 1800 soit donnée avec grandeur et célébrée avec une joie toute civique. Et pour en rehausser l'éclat, il y fera figurer tout poudreux, venus de la Ligurie à marches forcées, les vainqueurs de Marengo.

Deux mois après, la fête de vendémiaire a lieu avec une pompe incomparable, mais qu'elle est éloignée de rappeler les moissons du dix août! Plie ne consacre que la grandeur militaire. Les cendres de Turenne sont transportées au Champ de Mars, et Carnot prononce l'éloge de l'illustre guerrier. Un monument est élevé, sur la place des Victoires, à la mémoire de Desaix et de Kléber. Garât dit la vie de ces héros.

La proscription menace ceux des représentants restés fidèles à leur serment de défendre la Constitution; ils sont accusés d'attentats imaginaires sans que le peuple songe à les disculper. Fouché, ministre de la police, s'est mis à la recherche de con-

spirateurs, en conspirant. Il nen trouve point à son gré : il en fait. Il jette le lilet policier, un soir, aux abords de l'Opéra et ramène avec quelques agents provocateurs des innocents dont il sera fort embarrassé, l'ne circonstance le tire d'afl'aire : une machine infernale a fait explosion rue Saint-Nicaise, au moment où le premier consul se rtîudait au théâtre. C'est miracle qu'il ait échappé à la mort. Les conjurt's, Pouché doit les connaître : ils sont en partie en prison; l'occasion est bonne de se défaire ainsi des innoc<Mits ([uil a sur les bras, il se garde de la man(juer. La vie du premier consul est un bien si

r I K C E A L L E G O m y U E D A 1' n E s UNE GRAVURE DU TEMPS.

(Collection du prince Roland Bonaparte.)

Celle pièce se rapproche de celle qui fut vendue en 1893 avec la remarquablu collection L. \i. Elle est probablement de l'rud'hon.

précieux que nul ne reproche à Pouché, dans son zèle à la défendre, les quelques méprises graves qu'il a pu commettre.

i< Je ne veux pas faire le général ", avait dit Bonaparte en prenant le pouvoir. Mais il savait trop combien'généreusement Paris paye la gloire qu'on lui apporte pour ne pas lui donner à tresser des lauriers nouveaux. 11 se prépare donc aux tragiques éventualités. Les recrues sont appelées, et les volontaires, et les vétérans, il récompensera les services éclatants par des fusils et des sabres d'honneur, comme celui qu'il décerne à La Tour d'Auvergne; par des baguettes d'argent pour les tambours, il fait coudre sur les bras des bons pointeurs des grenades d'or. Celui des départements qui aura payé en germinal la plus

frim: m: l'h()ti:l hauiti: pau BONAPAnjE, nuE de la victoihe, en 1800. (Salon (lu prince Roland Bonaparic.)

L'Iioleî (le a rue <'liaiil«reine, n» .•'» (devenue nie de In Vidoire en IT'.tTi. fut bâli par «.ondoriel, acliclé ensuite par lalma et revendu k Bonaparte pendant la campagne d Italie pmir li^O.uoi" livres. C'est de là quil partit pour faire le Is hrutnnire. I. hôtel a étr démoli sou8 le second Knipiio. Les frises njiroduiles it i ornaient la piè< e ap{>elée « Salon vt-rl -.

forte part de ses contrilmtions sera proclamé comme ayant bien mérité de la patrie : son nom sera donné à la plus belle place de

MÉDAILLE FnAPl'KE A l'oCCASION DE LA TRANSLATION DES CENDRES DE TURENNE AUX INVALIDES ES 1800.

(CoUeclion du Musée des méd&illei de rHôlel de la Monnaie.)

Paris. La place Royale deviendra ainsi la place des Vosges.

Singulière contradiction I Gepcupleparisien,

<|iii acclame la liberté au nom de la France, se donne et lui donne un maître; il sima- .irine asseoir la Hépublique et fait le lit de TFmpire. Il est belli(}ueux avec fracas, il court aux revues du quintidi et du décadi; dans les rues, il suit le panache éclatant des princes de la victoire. Les noms de batailles sonnent souvent à ses oreilles charmées: il n"a de joie qu'à voir frémir auvent de messidor les étendards ennemis déchiquetés et san^Hanls.

Or, c'est comme une conspiration des esprits et des cœurs : on n'invoque que la paix. Bonaparte lui-même en fait la promesse à ses soldats : * Le résultat de tous nos elTorts sera gloire sans nuage et paix solide. » Et (iarat, dans son discours sur Desaix et Kléber, exprime l'espoir d'un souverain qui inspirerait au Continent une diplomatie dont le but serait de concevoir, de préparei'. d'exécuter un nouveau plan de relations pour toutes les nations, un plan d'après lequel « les puissances n'auraient plus à négocier pour de petits intérêts d Etat, et auraient toujours à négocier pour les grands intérêts du genre humain ».

Noble préoccupation du siècle commençant, qui sera aussi le problème du siècle à son déclin! Bonaparte entretenait ces rêves par des victoires. Dans les fêtes en son honneur, chez Cambacérès, la muse badine de Boufllers, interprétée par le neveu de Garât, célébrait les vainqueurs, et Garât lui-même, républicain de la veille, applaudissait.

Ne lui en faisons point un crime; le Paris de i800 est bien à son image: frondeur enchaîné par l'admiration, sceptique subjugué, badaud que la fanfare des régiments prend aux entrailles; et, en dehors de la frivolité, n'ayant qu'une seule idée : saluer l'arbitre de la paix dans l'idole qu'il n'aime tant que parce que les lauriers de la gloire ombragent l'énigme de son front.

Georges Moxtorgueil.

PARIS SOUS LE CONSULAT

I E PONT no Y AL EN 18 00, PAU L. noif, LV.

Peinluro sur verre (Musée C.irnavald).

Le pont Royal, dont les dessins sont de Mansarl, et dont rexéculion e>t due au dominicain I r,in(,ois Moniain, fut substitué au pont Barbier ou Sainlf-Anne (datant de ir»it')et appelé aussi pont Rouge, Celui-ci élait jadis en bois. Il avait remplacé le Bac existant vis-à-vis de la rue qui prit ce nom. Le pont Rougo fut emporté par les eaux le l'O février li.Si. Les fondations du pont Royal a< tuel furent jetées le 25 octobre 168'». Louvois élait alors surintendant des bâtiments. Ce pont fui restauré en 1800-1801.

LES ECHOS DE PAIUS

Le mariage de Murât.

(20 janvier)

MURAT avait été envové à Paris et chargé de présenter au Directoire les premiers driipeaux pris par l'armée française en Italie, au combat de Degoet à la bataille de Mondovi. Ce fut dans ce voyage qu'il fit la connaissance de Mme Tallien et de la femme de son général ; mais déjà il connaissait la jolie Caroline Ronaparte qu'il avait vue à Rome chez son frère Joseph, lorsque celui-ci y remplissait les fonctions d'ambassadeur de la République. Il parait même que Cnroline ne lui avait pas alors été indiiïérente. et qu'il s'était trouvé le rival heureux du fils de la princesse Santa Croce qui la recherchait beaucoup. Mme Tallien et Mme Bonaparte accueillirent avec bonté le }»remier aide de camp, et comme elles jouissaient d'un grand crédit auprès du Directoire, elles demandèrent et obtinrent f)0ur lui le grade de général de brigade.

Mme IJonaparte en cherchant à captiver l'esprit de Murât, en concourant à son avancement, avait surtout en vue de se faire im partisan de plus à opposer aux frères et à la famille de Bonaparte, et elle en avait grand besoin. Leur haine jalouse ne laissait échapper aucune occasion de se manifester ; la bonne Joséphine, à laquelle on ne peut reprocher que d'avoir été peut-être un peu trop femme, était poursuivie de funestes pressentiments; entraînée par la facilité de son caractère, elle ne vit pas que la coquetterie qui lui donnait des défenseurs donnait en même temps des armes contre elle à ses implacables ennemis.

Dans cet état de choses, Joséphine, bien convain-

cue qu'elle s'était attaché Murât j»ar les liens de l'amitié et de la reconnaissance, souhaita ardemment de le voir uni à Bonaparte par une alliance de famille, et favorisa de tousses v(r;ux et de toute son inlluence son union avec ('aroline. I^lle ne pouvait pas ignorer <\uc déjà à Milan, il y avait eu entre Caroline et Murât un coiinneneement d'intimité qui rendait leur mariage tout à l'ait désirable, et ce fut elle qui en lit à Murât la première proposition.

Murât hésita, et, dans son hésitation, alla consulter M. Coilot, qui était dt» lion conseil en toutes «•hoses, et (jue rintimité de ses relations avec Bonaparte avait initié dans tous les secrets de sa famille M. Coilot conseilla à Murât d'aller sans perdre de temps l'aire au premier consul la demande ofrieielle de la main de sa sœur. .Murât vint donc au Luxend>ourg et présenta sa demande à Bonaparte. Le premier consul reçut plus en souvc^rain <ju'en frère d'armes la demande de Murât, l'accueillit avec une grjtvitè sévère, dit qu'il y penserait, et no fit pas tout de suite à Murât une réponse positive.

La demande de Murât fut. comme on peut le croire, le sujet de la ronversation du soir dans le salon du Luxembourg. .Mme Bonaparte mit en usage tout ce qu'elle avait d'amabilité et de movens de persuasion, pour obtenir le consentement du premier consul. Ilortcnse, Eugène et moi, nous nous unîmes à elle. « Murât, nous dit-il, est le ï fils d'un aubergiste! Dans le rang élevé où m'ont « placé la fortune et la gloire, je ne puis pas mêler « son sang à mon sang!... D'ailleurs, rien ne « presse, je verrai jdus tard. >

Nous fîmes valoir l'amour réciproque des deux jeunes gens, nous ne manquâmes pas de lui faire observer combien Murât était dévoué à sa per-

sonne: de lui rappeler son brillant courage, sa l)elle conduite en Egypte : « Oui, dit-il avec feu, «j'en conviens,Muratétnitsuperbe<'iAhoukir!... » Nous ne laissAmes pas échapper ce moment de bonnes dispositions, nous redoublAmes nos instances, et enfin il consentit.

Quand, le soir, nous fOmes seuls dans son cabinet : « Eh bien. Bourrienne. me dit-il, vous dc- « vez être content; moi, je le suis aussi : toute € réflexion faite, Murât convient à ma sœur; et « puis on ne dira pas que je suis fier, que je € cherche de grandes alliances. Si javais donné

de sa femme, il avait trouvé une preuve de ce que les rapports indiscrets que Ton avait faits sur l'intimité de Murât avec elle étaient calomnieux.

I.c mariage de Murât et de Caroline fut célébré au Luxembourg, mais avec modestie: le premier consul ne pensait pas encore que ses affaires de famille fussent des affaires d'Etat. Mais avant la célébration nous eûmes à jouer une petite comédie dans laquelle je ne pus me dispenser d'accepter un rôle, et qu'il est bon que je raconte ici.

Au moment du mariage de Murât, Bonaparte n'avait pas beaucoup d'argent, il ne donna donc à

I,A l'LACK DE l.A CONCORDK, VUE HT JARDIN DES TTILERIES, EN 1800

(D'après un tableau du Musée Carnavalet.)

I.a place delà Concorde reçut en 1800 ce nom substitut^ h celui de place do la Révolution qui, en 1705, avait remplacé la d«*nnminalinn de place Louis XV. Celle-ci avait été dessinée en 1763 par l'architecte (iabriel et inaugurée en 177(».

« ma sœur à un noble, tous vos jacobins auraient « crié àlacontre-révolution. D'ailleurs, je suis bien t aise que mafemme se soit intéressée k ce mariage, t vous en devinez bien la raison. Puisque c'est * décidé, je vais hâter l'afl'aire, nous n'avons pas « de temps A perdre: si je vais en Italie, je veux « emmener Mui\it avec nous: il faut que j'y frappe « un coup décisif. A demain. »

Lelendemain,àseptheures.quandj'entraidansla chambre du premier consul, je le vis encore plus sfitisfaitque la veillede la résolution qu'il avait prise; je m'aperçus aisément que, malgré toute sa finesse, il ne devinaitpaslevraimotif qui avait engagé Joséphine ù s'intéresser aussi vivement au mariage de Murât et de Caroline. Même dans la satisfaction de HoFiaparte, je crus voir que dans l'empressement

sa sœur que trente mille francs de dot. Sentant toutefois la nécessité de lui faire un cadeau de noces, et n'ayant pas de quoi en acheter un convenable, il prit un collier de diamants h sa femme et le donna à la future. Joséphine ne fut nullement contente de cette soustraction etmit sa tète en campagne pour aviser au moyen de remplacer son collier.

Joséphine savait que le célèbre bijoutier Toncier avait chez lui une magnifique collection de perles lines, qui avaient, disait-il, appartenu à la reine Marie-Antoinette: elle se les fit apporter et jugea qu'il y avait de quoi lui faire une très belle parure. Mais pour en faire l'acquisition il fallait deux cent cinquante mille francs, et comment les avoir ? Mme Bonaparte eut recours à Berthier, qui était

PARIS SOUS LE CONSULAT

alors ministre de la guerre. Berthier, tout en se rongeant les ongles selon sa coutume, se prêta à terminer promptement une liquidation do créances pour les hôpitaux d'Italie, et. comme les fournisseurs liquidés avaient dans ce lemps-là beaucoup de reconnaissance pour leurs protecteurs, les perles passèrent des magasins de Foncier dans l'écrin de Mme Bonaparte.

La parure de perles ainsi acquise, il v eut une autre petite difficulté ù la(|uelle Mme nonaj)arte n'avait pas d'abord songé. Comment faire usage d'un collier acheté en cachette «le son mari ? Cela était d'autant plus difficile (|ue le j>remier consul savait bien (jue sa femme n'avait pns d'argent, et comme il était, que l'on me passe le tonne, un [)0u tatillon, il connaissait ou croyait connaître tous les bijoux de Joséphine. Les perles resteront donc pendant plus de quinze jours dans l'écrin «le Mme Bonaparte sans qu'elle osAt s'en servir. (Juol supplice pour une femme! Enfin, un beau jour, n'y pouvant plus tenir, Joséphine me dit : « Bour- « rienne,il jademain une grande réunion, je veux

• absolument mettre mes perles; mais, vous le « connaissez, il grondera s'il s'a[>erçoit dequehjue « chose; je vous en prie, Bourrienne, ne vous éloi- « gnez pas de moi ; s'il me deman«le d'où viennent « mes perles, je lui répon«lrai sans hésiter (jue je

• les ai depuis longtemps. •

Tout se passa comme Joséphine l'avait craint et espéré. Bonaparte, en voyant les perles, ne manqua pas de dire à Mme Bonaparte; « Rh bien î qu'est-ce « que tu as donc là? Comme te voilù belle aujour- « d'hui! Ou'est-ce que c'est donc «jue ces perles? Il

• me semble que je ne les connais f)as? — VA\. mon « Dieu si, tu les as vues dix fois ; c'est le collier (jue « m'a donné la Bépublique cisaljdne, que j'ai mis « dans mes cheveux. — Il me semble pourtant... « — Tiens, demande A Bourrienne, il te le dira — « Kh bien, Bourrienne, que dites-vous de «ela? vous « rappelez-vous? — Oui, général, je me rappelle « très bien les avoir déjà vues. » Je ne mentais [)as, car Mme Bonaparte mêles avait déjà montrées, et la*vérité est, d'ailleurs, que Joséphine avait reçu un collier de perles de la Bépublique cisalpine; mais elles étaient incomparablement moins belles que celles de Foncier.

Mme Bonaparte joua son rôle avec une dextérité charmante, je ne me tirais pas mal non plus du rôle de compère dont je m'étais chargé dans cette petite comédie, et Bonaparte ne se douta de rien.

Mémoires de Bourrienne.

(Édilion Henri d'Aliibras.)

Une soirée à Frascati.

IE Fruxcati de Paris est la cour d'un hôtel agréablement décoré, plantée d'arbres, et -i de la longueur d'environ 25 mètres sur i2de largeur (I). C'est dans ce délicieux jardin en miniature que les heureux habitants do Paris se rendent tous les soirs, pour prendre des glaros et respi-

(1) Il étAit situé au coin du boulevard ot de la rue de la Loi (maintenant rue de Richelieu).

rer le frais; mais peu de monde prend des glaces, et l'air qu'on y ros[)ire est brillant. Là s'accumulent, se pressent, so heurtent incessamment des flots de

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