LE PALAIS DES TUILERIES. — VUE PRISE DU PARTERRE
(Collection G. Hartmann.)
passé ; il lui plaît d'elîacer jusqu'au souvenir des défaites autrefois subies. Le roi d'Espagne vient de lui restituer lépée de François I*'. A Pavie, semble-t-il, plus rien n'a été perdu, ni la bataille ni l'honneur.
Dès la fin d'avril sont arrivées à Paris cent caisses, riche et cruelle rançon imposée aux vaincus. Denon s'empresse à les ouvrir, et voici, exposés dans un salon du musée Napoléon, des chefs-d'œuvre de Rembrandt dont s'étonnent quelque peu les élèves de David, des toiles de Van Dyck, et le truculent souper, dit Le roi boit, signé de Jordaens.
Potsdam s'est dépouillé de quelques marbres antiques; les arsenaux devienne livrent leurs armures historiques.
Une éclaircie s'est faite dans ce ciel tout d'orage et de tempête où l'aigle de Napoléon ne se lasse pas de planer; on a parlé d'union et de paix. Le ^5 juin, le Niémen a porté, dans un étroit radeau, la fortune de deux Césars, le Tsar et Napoléon ; avec eux les destinées du monde. « Ils se sont embrassés >, et ce baiser a retenti au loin, cela devient le refrain d'un vaudeville que répète Paris.
Le 27 juillet, l'Empereur rentre à Saint- Cloud. Paris illumine, le monde officiel va complimenter le maître, adorer, et se prosterner. Fontanes, grand maître de l'Université, harangue, à l'heure même où Mme Dufrénoy publie ses élégies amou-
reuses, pleines de lui, car l'amour, dit-on, est un grand maître.
L'événement littéraire de Tannée est l'apparition de la Corinne de Mme de Staël. Chateaubriand vient de rentrer après son voyage d'Orient. Ces splendeurs impériales ne sont pas pour éblouir un homme qui ne fut jamais ébloui (jue de lui-môme. Napoléon a daigné tailler sa plume d'aigle pour censurer, en son Moniteur, sous un anonyme bientôt dénoncé, ce livre de Corinne qui, décidément, ne saurait lui agréer, car le héros est un Anglais, et cet Anglais est sympathique. Au môme jour Chateaubriand, lui aussi, prend sa plume, et voici ce qu'il écrit dans le Mercure :
< Lorsque, dans le silence de l'abjection, « l'on n'enlend plus retentir que la chaîne de « l'esclave et la voix du délateur, lorsque tout « tremble devant le tvran et i\\\\\ est aussi « dangereux d'encourir sa faveur que de mé- « riter sa disgrâce, l'historien paraît chargé « de la vengeance des peuples. C'est en vain 1 que Néron prospère, Tacite est déjà né dans « Tempire ; il croît inconnu auprès des cent dres de Germanicus, et déjà l'intègre Provi- « dence a livré à un enfant obscur la gloire « du maître du monde. »
Un seul homme a l'audace de Chateaubriand, un pauvre homme, un humble, cideyant directeur du Théâtre sans prétention. Le
maître l'a dépouillé, car, d'un trait de plume, en cette année 1807, il a décidé la disparition de dix-sept théAlr<^s, sur les vin.i^t-sept dont s'amusait Paris, et confondu dans le massacre Tentreprisedu malheureux I*révost. Aussi ce dernier s'en va-t-il jiar les rues disant: « Cet homme (il parle di» Napoléon) m'a hien trompé. Nous verrons où \r conduira le grand iy)up d'Ktat qu'il vient de faire. -
Napoléon piMMnct C('|>eii(lMiit Touvciture du Théâtre des Varié lés que 1807 achève, et il l'ordonne la reconstruction de l'Odéon, depuis incendie de I7ÎM) ahandonné dans ses ruines.
œuvre nouvelle qui soit viable ; elle s'attarde en des reprises. Mais le Thé;Ure de l'Impératrice, proche de l'Opéra, voit le succès de Picard, dont les Ricocln'ts si bien ricochent que l'auteur en est porté juscpie sur un fauteuil de la ci-devaut Académie iraneaise, maintenant Classe de littérature à l'Institut de France.
A Feyd«\iu.en février, le. /o.s/7>/i d'Alexandre Duval et Méhul paraît pour la première fois, les limdez-rons Ao/ny/^'o/x^d'Iloflinann et Nicolo, ])rovoqu(mt des rir(*s qui trouveront encore à la tin du siècle de lidèles échos.
Le maître légifèie, supprimant l'inqjortun
(Golleclioh G. Uarlinami.)
Dans les flagorneries dont le conquérant est l'objet, les théâtres ont leur partie, complaisamment. Le Vaudeville, jusqu'à satiété, joue la Colonne de Ilosbach. L'0[)éra fait triompher Napoléon dans son Triomphe de Trajan, et le succès, mérité moins par les vers d'Esménard et la musique de Lesueur que par les six chevaux blancs de Franconi qui promènent à travers la scène le char du triomphateur, ne compte pas de nombreux ***-ûdemains. La Vestale, le 15 décembre, commence une carrière de plus durables applaudissements; et Spontini, que le beau drame de Jouy a très heureusement inspiré, trouve dans Mme Branchu une digne interprète.
La Comédie- Française ne révèle aucune
Tribunal, promulguant le Code de commerce, organisant la Cour des comptes, et aussi les porteurs d'eau parisiens.
L'Empereur, en inaugurant ce qu'il veut bien apiieler, sans ironie, les Travaux du Cori>s législatif,- — après l'énumération complaisante de^ cinq mille soixanle-dix-neuf officiers, des cent vingt-trois mille soldats faits prisonniers, — poursuivant d'une voix sourde, saccadée, mal timbré»e, mais que l'on écoute, — car la voix de cet homme est un oracle et le verbe du destin, — daigne enfin conclure ainsi ^^ Français, je suis content; vous êtes un bon et grand peuple. »