PARIS RTVE DROITE EN
D'après un document de l'époque. — (Collection Charles Simond.)
et des décorations du Crand Frédéric, et des drapeaux conquis dans la dernière campagne S. Exe. M. le gouverneur a signé après le prince archichancelier.
LL. AA. SS. les princes archichancelier et ar~ chitrésorier de l'Empire se sont levés au bruit d'une symphonie militaire, ont descendu les degrés du trône, et se sont avancés vers la porte de l'église à la tète des ministres et des grands officiers de l'Empire et de la Légion d'honneur. En sortant de l'hôtel des Invalides, le prince archichancelier a invité le cortège à se séparer, l'objet de sa mission étant rempli. Une salve d'artillerie a annoncé la fin de la cérémonie.
Journal de l'Empire (1807),
depuis quelque temps, entre autres celle du lion, dont on voit au cabinet d'histoire naturelle la dépouille très bien conservée.
On a donné, comme on sait, à l'une des lionnes qui restent à la ménagerie, un chien braque avec lequel elle sympathise parfaitement, et dont les jeux et les caresses amusent son ennui : un essai semblable vient d'être fait tout récemment à l'égard d'un des aigles de la grande volière : cet aigle était malade d'ennui et ne mangeait plus. On imagina de lui livrer un jeune et tendre volatile qui, en lui offrant un simulacre de chasse, lui procurât un moment de plfiisir, et surtout un repas agréable. Un joli petit coq anglais fut la victime dévouée à son appétit glouton ; il lui fut
PARIS SOUS LE PREMIER EMPIRE
livré. On s'attendait à voir l'aigle fondre sur cette faible proie et la dévorer, mais, au grand étonnement de tout le monde, le roi des oiseaux s'approcha du petit coq, le regarda attentivement, entr*ouvrit son aile comme pour le caresser, se promena avec lui dans sa cage spacieuse, et parut le conserver pour en faire sa compagnie. Depuis ce temps, l'aigle recouvra l'appétit. Ces épreuves donnent lieu de croire qu'une longue captivité et le besoin de société peuvent adoucir le naturel des animaux les plus voraces ; et l'exemple des tigres de la ménagerie, qu'on voit se coucher, se lever, s'approcher, s'éloigner, en un mot obéir aux commandements de celui qui les soigne, semble
Le théâtre des Variétés au boulevard Montmartre.
LE 24 juin 1807, le théâtre des Variétés s'ouvrit sur le boulevard Montmartre avec un tel éclat qu'on n'a pas vu depuis une pareille inauguration. Brunet, de comédien qu'il était, signifia que, s'il n'entrait point comme directeur, il quitterait le théâtre; on craignit de perdre un homme duquel dépendait le salut de l'entreprise, et Brunet, avant mis des fonds dans l'affaire, fut reçu comme cinquième administrateur. Une pièce de circonstance avait été commandée aux auteurs en vogue : MM. Désaugiers, Moreau et François
PARIS KN i807.
Plan reconstmit d'après les documents de l'époque.
(Collection Charles Simond.)
encore appuyer cette assertion. Il y a quelques mois qu'une des femelles du grand-duc (oiseau de la famille des hiboux) ayant pondu, au Muséum d'histoire naturelle, deux œufs non fécondés, on imagina de leur substituer deux œufs de poule. La femelle du grand-duc les a couvés avec beaucoup d'assiduité, et l'un des œufs ayant produit un poulet, elle lui a prodigué tous les soins maternels. Pendant six semaines, le petit poulet n'a pas eu de protectrice plus empressée.
Elle le défendait avec ardeur contre tous ceux qui tentaient de s'en approcher. Enfin, il y a quelques jours que la tendresse maternelle a cédé à la force du naturel. Dans un moment d'appétit, l'oiseau de proie a saisi son élève, l'a tué et dévoré.
Journal de VEmpire {1807),
composent le Panorama de Momu$; cette revue offrait une série de couplets tous plus piquants les uns que les autres ; c'était un feu roulant d'esprit ; c'était la boutique d'un artificier. Tous les acteurs paraissaient dans l'ouvrage : il serait difficile de trouver aujourd'hui une réunion d'artistes aussi remarquables, un ensemble aussi parfait... Dés cinq heures du soir, Paris assiégeait les portes du théâtre; on se pressait... on se foulait, on se battait pour tâcher d'entrer; il y eut beaucoup d'appelés et peu d'élus. Une salle charmante et commode, une société brillante et choisie, une pièce étincelante, des acteurs ivres de gaité, un succès pyramidal... des bravos !... des bis!... un ouvrage joué presque deux fois dans la soirée, telle fut l'ouverture d'un théâtre qui pendant longtemps jouit d'une vogue sans égde 1...
Braiibh. (kiiioire du fetiU Màtm de Paru,)
PARIS DK 1800 A 1900.
La Vestale de Spontini.
D'K(:LATANTssiiocè.s,notamniont In suhlinio partition inlituliM^ : Ossinn oh les lin nies, (wnieni ]»laré Lcsueur au pn'iiiirr ran^^ (ic nos compositeurs (irainati<iuos. Pour se livrer avec plus de
M™« BRANCHU, DE L ACADÉMIE KOVALE DE MIJSIOIE.
Rôle de la « Vcslalc » dans ropéra du niènio nom do .Ioly et Si'ontim.
(Collection Hance. — nibliotliè<|ue do la Ville de Paris.)
Alcxandrine^flariiline Cliev.ilier, feinnit' du dans«-iir nram-hti, laide, n)ais délicieuse cantatrice.
élève de liarnt, dri>iila en iHOl à lOpéra. Keiciianl, ({ui l'entendit à cette époque, lui promit àr
grands succès. Klle justifia ce^ prévi^tions. Son piincipal triomphe fut la V>sltitv. .Mme Hram iiu
est morte en i85u.
ralnic à ses iin[)ortants travaux, il était allé se fixer àPassv. (juehjues amis venaient de temps en temps égayer sa solitude. Spontini était un des [dus assidus. Vn matin, le maestro italien vient demander à déjeuner à Lesueur; mais ce n'est pas tout, il a à lui communiquer une œuvre considérable qu'il destine à l'Académie imjjériale de musique. La Vestale^ tel est le titre de l'opéra nouveau. Lesueur est impatient de connaître cet ouvrage ; Spontini se rend à ses désirs, et exécute
de son mieux la partition tout entière : puis, jetant sur son ami un regard pénétrant : t Eh bien, maître, dit-il. (|uel est votre avis ?— Mon ami. recevez mes félicitations, votre ouvrage est fortement conçu: il renferme des beautés de premier ordre, des chants larges et expressifs, des mélodies inspirées, des cho'urs admirables. Je n'v trouve qu'un scid défaut. — Le«piel?
V s'écria Spontini, le cœur
7S palpitant. — Votre opéra
^^ st beaucoup trop long. »
^V^^^ m Lesueur aimait les parti-
W-^v^IjJ tions courtes et substan-
tielles, et le public, à celte é|»oque. partageait son o[»inion. (Ml n'avail pas encore inventé ces u'uvres colossales et interminables qui fati^juen» évralcmenl l'esprit et les oreilles des spectateurs. Lesueur potu'suivit ainsi : « Des moditications, des coupures me paraissent indispensables; réduits à de justes proportions, la musique et le drame offriront un véritable intérêt, et la pièce doit vous faire honneur. — Maître! s'écria S[)ontini, seriez-vous assez bon pour revoir mon travail ? Votre génie viendrat-il au secours de mon inexpérience? — Je m'occupe en ce moment d'un nouvel opéra, la Mort d'Adam, qui doit ctre monté prochainement à l'Académie impériale de musicpie. Il me serait donc iinjiossible de vous satisfaire; mais je vais vous adresser à Persuis. chef des cho'urs ù l'Opéra (l'est un de mes élèves les plus distingués; il joint i\ un tioiU exquis une profonde connaissance «le la scène. \ Otre [)artition ne sortira de ses mains que |>arfaitement revue et corrigée. »
Spontini jiccuillit avec empressement cette oflVe bienveillante 11 alla trouver Persuis La Vestale ïu{ bientôt mise en état de paraître sur la scène, et elle lut reçue sans la moindre ojqiosition; mais un obstacle sérieux s'opposait à sa représentation immédiate. On répétait activement la Mort dAdam de Lesueur; il fallait attendre; ce (\u[ ne se conciliait pas du tout avec le caractère impatient du maestro italien.
S[)ontini connaissait l'Impératrice, qui. dans plusieurs occasions, lui avait témoigné un vif intérêt. 11 profita de ses bonnes dispositions pour
LE VIEUX PARIS
Rotonde de rancicnnc Halle au blè et Colonne astrologique de Marie de Méilicis, rue de Viarmes, vis-àvis de la rue de Paris.
demander (jue la Vestale passnt avant la }fort d'AdfDn. Losueur y consentirait sans doute. L'Impératrice fit appeler ce dorniiM', et aux premiers mots que Sa Majesté prononça, il n'iiésita point à donner son adhésion à l'arranirrnient proposé. 11 fit suspendre immédiatement les ré[)étitioris de son ouvrage, pour qu'on s'occupât exclusivement de l'œuvre de Spontini. La Vr^ldlc lit son apparition le 15 décembre 1807 et fut accueillie avec enthousiasme.
L'exécution en était excellente.
Lainez, La.vs. Dérivis père, remplissaient les rôles de Licinius. de Cinna, du f:rand prêtre; Mraes Branchu et Maillard représentaient Julia et la grande Vestale.
La Vestale était à l'étude depuis plus d'un an. ot dès les premières répétitions on comptait sur nn grand succès. L'Empereur en fut instruit et voulut entendre les principaux morceaux de cet opéra.
Sa musique les exécuta le 14 février 1807 aux Tuileries. Napoléon témoigna hautement sa satisfaction à Spontini du plaisir que cette partition lui faisait éprouver, et prédit à la Vestale un magnifique avenir.
« Votre ouvrage, dit-il à Spontini, abonde en motifs nouveaux; la déclamation en est vraie et s'accorde avec le sentiment musical : il y a de très beaux airs, des duos d'un effet sûr, un finale en-
traînant ; la c Marche du supplice » me paraît admirable. »
L'opinion du public fut parfaitement d'accord avec celle de l'Empereur. La Vestale eut une longue série de représentations, et toujours elle souleva de frénétiques applaudissements.
Marie kt Lkox Escvdikr {Les cantatrices célèbres).
Combat de Ravel et de Forioso.
(U août 1807.)
IL me faudrait la trompette du chantre d'Achille et d'Hector pour annoncer dignement la lutte terrible de ces deux héros de la danse de corde- Forioso avait publiquement jeté le gant à Ravel, dans la salle de son spectacle. Ravel l'avait ramassé. Le jour pris [)Our le combat était mercredi dernier ; le lieu, la salle même de Ravel ; les armes, le balancier et la corde, l'ne foule immense s'était réunie pour assister à ce combat : jamais tragédie nouvelle n'attira plus de monde en hiver; ce qui [)rouve qu'il n'y a point de saison pour la curiosité, et qu'il faut peu de chose pour l'exciter.
Tout s'est passé avec la courtoisie ordinaire aux anciens chevaliers : nos champions ont d'abord disputé à qui commencerait. Ravel, qui était chez lui. voulait faire les honneurs à l'étranger. Forioso, pour ne point demeurer en reste de civilité, s'obstinait à céder le pas à Ravel : il me semblait voir ces campagnardes de la Fausse Aynès, qui, par excès de [)olitesse, s'arrêtent h la porte d'un salon, parce qu'aucune ne veut entrer la première. On prétendait que Forioso, étant l'auteur du défi, devait aussi paraître le premier dans la lice; mais il a persisté dans ses modestes refus; et pour que