‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècleChapitre 346 sur 441 · I.E PRBM- I1K.NT. — Il n'i'St · texte numérisé non relu

I.E PRBM- I1K.NT. — Il n'i'St

presque pas de supplice que vous n'aye2 alors inventé.

Souvent vous l'obligiez, avec ses mains débites, à tenir un lourd marteau, le bros allongé. Quand son liras faiblissait, vous

lui ■rractùei

le marlcuu et le frappiez cruellement avec le manche sur le dos «le la main ou ù la figuro.

Huissier, faites passer le marteau— et aussi les aquarelles qui représentent les bles-

sures avec teintes et couleurs.

Toutes, elles sont atroces.

Nous avons parlé du marteau : mentionnons e couteau :

Le président. — Vous lui reloviez les jupes, ne voulant pas les percer, et avec un couteau vous le piquiez sur les fesses, sur les jambes. Les médecins ont constate Icb traces do plus de vingt coups de couteau sur les fesses; quarante au moins sur la cuisse gauche.

Grégoire. — Ah! but I une (..•ire fois peut-être je l'ai piqué, sans faire exprès.

A ce moment, et devant ce cynisme, les assistants ne contiennent plus leur indignation. Les

murmures et les gestes démontrent que ce misérable fait horreur à tous ceux qui lecou- Icnt, Quelques personnes, oubliant qu'elles n'ont pas le droit de parler dans celte encein le, invectivent l'accusé.

Les cris de t canaille !

scélérat !

Lotis xiii bandit! .

Matur «'rlgeV place des Vo»k-*« t.'umrrieniéa Sl. sUCC'épar l>. ru », achevé- f.ir OtHini. — llt'apré* une pliolographie.J lient l'OUr

HKNIll IV

Sl. lue ériges sur I. terre-pl.ln du t'utit-Neuf. Modèle* par Jean l .»»r, d'après l'uuvrr de Jeun da .-.m, détruite en 1*91.

{D'après une photographia.)

un peu, on se jetterait sur tî ré gnire et on le lyncheru i t . Cela ne dure, h vrai dire, que quelques secondes, mais le président n'ordonne à l'huissier

de fa i r e fa ire silence

qu "a prés avoir laissé déborder le flux de celle légitime colère, partagée par les juges dans leur for intérieur. On

ne se trouve, en effet, pas ici en présence d'un crime pour lequel pourraient plaider certaines circonstances atténuantes, mais ces faits qui doivent révolter toul le monde ont un tel caractère de lâcheté qu'ils ne sauraient exciter que ht plus profonde animosité contre leur auteur. Grégoire et sa complice ne se dissimulent, dés cet instant, plus que s'ils ont été impitoyables pour le petit Pierre, la justice le sera pour eux. .Mais bientôt l'accusé, qui a pour système de défense d'atténuer lui-même ses actes odieux, reprend son assurauce et, iixaut les jeux sur la cour, attend la suite de l'interrogatoire.

Il est évident pour tous que la conscience ne dit absolument rien & cel être profondément avili. Sa physionomie ne trahit aucun remords.

Quelle il me, si perverse nuellc, ne se sen tirait remuée au récit de ces lortu res r (irégoirc,

, . ° . LOCII XIV

lui , reste

i m p a s s i- su'u* *y f1"* *" ) *loi'"' « leur, AiàtoiM, arch.lede. —

Oie. photographie )

Ho-.O. M uip- (D'aprvi une

ETIENNE MAIIC.EI.

M.ilui érigée iwjio <le I llôelde-\ loi.»<: et Manoirt*) t , s-ulp'rur»

H *prt a un* pholegmptiic.)

Le i n k -i i i i.v t — Durant l'hiver, voire poêle étant au rouge, il voua est arrivé de tenir la main de l'enfant sur la font». Toute l>rùléc, vous la retourniez. Un lambeau de cliair mémo *e détachait. (Murmures)

i liiKi, i ■ Encore une distraction. (Nouveaux murmures.)

Le MiÉtinSNT. — Et quaud vous le teniez au-dessus du poêle, en appuyant ses pieds sur la fonte roupie, o3l-ro encore une distraction 1

6k EGO IRE . —

Bien sûr.

Lis rnÉsiuBNT, (i la fitlr Drihaye. — ■ Et vous, lille Dcshaye, que faisiez-vous pendant ce temps la?

La fille Ueshayk. — Je n'étais pas là. Grégoire, furirur. — Pas la t Qu'est-ce que lu dis i Tu étais là comme moi, menteuse I

La bolle à ferrailles :

Le président — Une outre invention. Vous mettiez dans une boite de la lourde ferraille ; vous l'attachiez après la boite, lui disant de tirer fort — et quaud l'enfant butait, tombait, vous l'assommiez de coups. ..

Grégoire. — Un jeu t

Ce n'est pas loul — et tout cela raèuie n'est rien. Sait-on les soins que recevait le petit Pierre î l'as une fois en six mois il n'était lavé. Son urine

nvait pourri la botte qui lui servait de niche: ses excréments c m puantissaietit le réduit où il était relégué. Il s'en barbouillait luimême le visage, s'y roulant, s'y vnulrant, comme une béte vouée à l'ordure.

Plus fort que cela. C'est la que le génie de Grégoire va éclater:

qu'on vn le voir vraiment terrifiant savourer su cruauté Nous approchons, ■! h reste, de l'agonie de l'innocent Le 9 décembre

ETIENNE (lOLET

Slalur i-rit-re j.Uc- Mauberl. (>i in, ht, tculpleur, BlxjMBkXj anhlieclc — tlCapua une photographia )

.Monument érigr ru de HitoIï. t l'Oratoir*. Chjm,, Kulplrar. Sciu.im, u-cltilcxU. — (l»'ap. une photographie;

dernier, Grégoire emmenait son lils à la fête, sur lu place d'Italie.

A peine s'il pouvait marcher, le pauvre enfant!

Les autres, les tout petits comme lui.

gambadaient autour de leur pére, ou

«'accrochaient aux jupes des mamans C'était de la joie qui entrait par les veux de Petit Pierre.

Or, comme le faible enfant se traînait péniblement, ne pouvant marcher, son père lui cassait une canne sur la figure, lui crevant presque les veux Le soir, l'enfant ne voyait même plus pour boire un verre d'eau; en proie à la Oèvre, sauvé de l'excès du mal par le délire, il appelait son • Toutou chéri > et il chantait, de sa petite voix tremblante, une chanson sans air et sans suite — a fendre l'ilme

Les détails de la mort du martyr ont de quoi inspirer le dramaturge le plus exigeant en l'art d'émouvoir. Une mise en scène comme il ne s'en vit jamais.

Le Ci décembre, deux jours après la fêle de la place d'Italie, un conciliabule avait lieu entre Grégoire et la fille Deshayc. La grand'mère j disait son mot — ou, pourlemoins, laissait faire. Que ceux qui ont pensé ou écrit sur l'étrangeté de ce procès ré il é dussent au mobile réel qui inspirait l'amant et la maitresse et qu'ils jugent si la moindre parcelle de a névrose • ou • d'aliénation mentale > peut excuser Grégoire.

Le président, d In reuvr Grégoire. — Enfin, quand vous ueanam> rALtisr

VOUS êtes réuni» en Statue erigveiquarcS'-Uermain-dai-t'r*... conciliabule, vou-,, Bahma», iculptcnr.

votre tils, et la lillû (l»'apri* une photographia, i

PARIS DE i800 A 1900.

ALAIN CIIAIlTIKft

SUlur rrigrr rue il« Tm .|u«»ille.

M • h , iculplror.

\l>*jprt-* nnr pholn^rttplitr.

Dettliavc. |>onr déeider du sort de l'enfant . à quelle pensée oltéisfjei-vous?

Vbuvk ('i«É-

muhe. — Voila.

C'était un vendredi. Le lundi d'après, le mon gieur d'Elheul, l'oncle, venait la voir Ça lu gênait, cette enfant. Elle était comme une lionne à l'idée qu'il so fâchel'ail. Il fut donc entendu qu'au se débarrusscrail du petit.

Maisjo croyais, moi, qu'on le porterait dnns un hospice...

Non. le dimanche sui-

vant, on ne le conduisait pas à l'hospice, el voici ce qui se passait. Sur le lit des ainaiils, Grégoire el la fille Deshayc étendaient le corps meurtri, tuméfié, sanguinolent du martyr. Ils le revêtaient d'une chemise sale, sans marque, d'un dessus de lit déchiré, avec guipure, et d'un jupon do lu grund'mère. Qui l'emmaillotait ainsi .'

Lu phimbknt. — C'était vous, flll»' Desliaye? Kii.i.k DCSNAXK — Non, m. s doiuts tremblaient. Grégoire — (l'est faux : elle l'a cousu avec moi. Oui, cousu vivant dans son linceul! ... Il était neuf heures du soir. L'niiiutil et la maîtresse avaient résolu de gagner un endroit écarté, très

loin de chez eux, du côté de la nie Vaneau.

Pour arriver la, il fallait encore traverser une féle, la féle des liohclins. Et l'enfant porté par son pére de murmurer doucement:

• Oh! papn.

restons là; croûte musique. ► Un peu

plus loin, quand il se voyait seul, dans la nuit, «ans lumière.

hahélhal *oxcev. *an9 musique.

. . , il appelai! eu-

Dwkuuu, «nlpuur. fOW son chien

(L»*pr*» unt pliui«yr»|.hl.-.j "oir, feoll Seul

i ; <m, >>l- VILLON

lalue érigiv iquari Monge.

Ei< iu 10, tculpteur.

(D'jpr£« uni' plioluvrèphir. >

nmi, • Toutou ! • Hue Vaneau s'ouvrait un passage obscur. Le ciel était couvert et une pluie abondante tombait. Dans ce passage formant couloir s'engouffrait le vent, un vent lugubre d'hiver. Le concierge venait de faire sa ronde, une lanterne ù la main. Le lieu était vraiment bien choisi, ainsi livré à la tempête, enfoncé dans la nuit.

D'un réverbère dressé le Ion;:

de l'hôtel appartenant aux époux IfONffê — nom qui dépeint — sortait cependant une faible lumière se projetant en une lueur tremblotante eteu un triangle ftottanl sur le mur d'en face. C'c-I là. le long de ce mur, que le paquet de linge et de chair était déposé...

Comme un voleur, le père s'enfuyait, suivi par la marâtre.

Quelques instants plus lard, entendant les < ris que poussait l'enfant, un locataire de l'hôtel, M Fapaud, osait sortir par l'abominable lemps qu'il faisait. Fouetté par la pluie, caressé par le courant d'air, le paquet était là, sous ses pieds. Il le ramassait Son cœur d'étrange r battait en reconnaissant un enfant.

Vile du lail, du pain! Il

était si faillie,

le pclil moribond, qu'il ne pouvait rien avaler. El, conduit le lendemain à l'hospice des Enfants-Malades, à Sèvres, il y mourait •l'une broncho - pneunmnie, conséquence de son abandon nu froid glacial et à l'humidité

SLIIÙENT UOOILLoT

Mjlue «-figé* » l'InlerwcUon âtt htukrvd* Voltntre M Rlclurd-Lroolr. — A.

kulptrur. — n «prêt une plioktrripW.

PARIS SOUS LA TROISlf.MR REPUBLIQUE.

de la nuit, sans parler de ses nombreuses pluies, dont quelques-unes étaient mortelles.

Les obsèques d'Alphonse Daudet.

21 décembre)

k n'eA pas Tout Paris, c'est Paris qui a fait hier A

Alphonse Daudet de magnifiques funérailles On a eu l'impression saisissante, tout le long du parcours, qu'un peuple ému saluait le cercueil oii dort l'écrivain qui toucha loua les rieurs et embellit toutes les imaginalions. Kt la foule se pressait derrière le ebar funèbre . attendrie, s'entretenant à voix basse des nobles qualités d'un poète qui su t toujours demeurer simplement un b o m me i'.e que Paris compte de hnlahlIH es dans le monde des lettres, des arts, de la politique, avait tenu à rendre ce dernier hommage au grand écrivain et à apporter ù sa famille ses témoignages de < ondolèance*.

I ne chapelle ardente avait été érigée dans la cour de l'hôtel de la rue de l'Université, tout a côté du grand escalier; c'est là qu'à dix heures, hier matin, a été placée la dépouille mortelle. Des fleurs, des couronnes recouvrent l< catafalque, qu'entourent des lampadaires et des cierges allumes

Tandis que les registres se couvrent de signatures, dans l'escalier, dans l'antichambre se pressent de nombreux invites venus pour présenter leurs compliments de condoléances à Mme AL-

LA Lu il PILLE» AUX ro Ll K K- ■ Efl < • K H K

Cllclir Km im\. »c — iMoni'- ititutrt.t

phonse Daudet et à ses deui fils qui se tiennent avec les autres membres dans le grand salon.

A midi, a lieu la levée du corps; une compagnie du I0P de ligne a rendu les honneurs militaires.

Le char funèbre, un char à fleurs et trois brancards, disparaissaient sous les couronnes, parmi lcquclles nous remarquons celles de ht Société des

gens de lettres, de la Société des auteurs cl couiposileurs dramatiques, de In îjbtf l'avoir, du Gil Hlas, de /<i lient f ilt s Revue», de la direetion du Vaudeville el du lïvmnasc,

du Ihénlrc île l'Odéon.dc la Société des Parisiens du Gard, de In municipalité de N imes.

avec l'inscription : A Alphonse linnifet. Slntf$, ni ville natale:

de l'Association générale des étudiants, qui s'était lait représenter par une délégation sous la conduite de M 'l issier, son président. Ci- Ions encore les ronronnes de la Ville de Paris, de Is Comédie- Kraneoisc, de l'éditeur l'asquelle, dont la librairie était fermée en signe de deuil La couronne du Journal, en violettes de Parme, était portée par quatre garçons de bureau, venant immédiatement après le premier char

Les cordons du poêle étaient tenus par MM Emile Zola, Jules Lemallre, Léon Hcnnique, LMouard Drumonl. Paul llervieu. Jules Kbner.

Le cortège se met en marche pour se rendre à l'église Saintc-f'.lotilde.

Le deuil est conduit par les deux fils du défunt, MM. Léon et Lucien Daudet, donnant le bras à M Georges Hugo. Derrière eux. viennent .MM Ernest Daudet, Léon A Dard et les autres membres

l'ARIS DE 1800 A 1900.

T II t A T II K I» F. I. ' 0 I" Ê R A . — MïMldor.

DtVor du 3" acte. — ^ D'après la maquette originale. — (Bibliothèque de l'Opéra.)

de In famille; puis le commandant Serpette, re- dans le cortège, notamment relies du Conseil présentant le Président de la République, municipnl de Paris, de la Société des gens de

De nombreuses délégations prennent pince lettres, du Cercle de ln critique, de la Société des

ittmAor. — MATtrns Ktuidor, — mqck Ltt MaUret Cfcmffwr». h ans sacii*

l>',i|irHU nm<|U«lti' du conlumr. I)' iprè* I» maquette In costumr. h .|r<S I» m*qu«IU du cottame.

(RthliolM<[u«d*rOpér«.) tRihliothique del'Opt'n.) (Bili|iolhN|ut dt l'Opéra.)

THKATHE i>E t'opÊHA, — l.ex Maîtres Chanteurs dr tfwrtmterg. Dtcor du 3* arto. — D'après la maquette originale. — (Hildiotlieque de l'Opéra.)

auteurs et compositeurs dramatiques, de l'Assn- Une foule immense se presse recueillie sur tout dation des étudiants. le parcours du cortège.

Lu Maîtres Chanteurs Les Mallrt* Chaateuts Les Maîtres Chanteur*

m. gresse, râle do roi, m: h . eva k<*ciii.ingek

D'après une pltototjr.ipriie. (l'aprc'-a la maquette du coilume. [>'e|>iva la nni<|ii.(U- ilu coalumr.

(Bibliothèque de l'Opéra) iBibliolhiq>w tle l'Opéra) (Bibliothèque de l'Opéra.)

l'A III . S lil I811O A 1900.

Page 1