I. auteur choyé, adulé du public boule vardier
sans se soucier de la couleur politique d'un autre journal, où il tenait le feuilleton dramatique, et qui avait publié
I un de ses romans les plus lus. affichait incoasi-iemmi-nl son mépris des fruits $tcs, qui ne devenaient des hommes politiques qu'après avoir échoué dans les Lettres.
II s'ensuivit une rupture brutale et une polémique assez vive avàc une haute personnalité du monde radical, qui fuit autorité
dans les affaires d'honneur. L'afTaire Dreyfus a du faire oublier tout cela depuis, si l'on y pensait encore: et nous ne le rappelons nous-mème que parce que le mal que cette affaire a causé à la littérature est demeuré symptoinatique. Klle a compromis et eugagé sans retour apparent ni prochain le porte-drapeau avéré des lettres sur un terrain qui n'était pas le sien; elle l'a englouti dans la politique, dont il signalait jadis l'ccued D'autres l'y ont suivi dans des camps adverses, en faisant redouter de ne donner jamais plus de pendant à Pour la Couronnr De part et d'autre, on s'épuisa dans des luttes stériles, sans profil pour les causes qu'on croyait servir et au détriment de la littérature qui ne se trouva plus chez elle en aucun lieu (excepté à la cité Itnugemont, où la politique encore venait la relancer et la harceler).
Le mot de naturalisme ne signilic pas grand'rhose au fond, car, quand on passe de la Tervr au /fcrp.el qu'on peut, avec son tempérament propre, faire du Feuillet impunément, pour se rapprocher de l'Académie, on prouve qu'à la rigueur, en peinture, on ferait du DubuAV, comme Courbet, au jugement de l'irréductible Monvin. qui jugeait ainsi la Ftmmt au jwrrof/«r/. Le mal du succès n'en gagna pas moins l'auteur du Xabab. ce chef-d'o'uvre où l'œil du moraliste s'est porte vraiment sur des types historiques qui datent et qui marquent, et leur a rendu l'expression et la vie avec la touche tine. délicate et maligue d'un La llru\érc du dix-neuvième siècle, bien place lui-même en cour pour observer et pénétrer ses modèles. Daudet, tenté par les lauriers du naturalisme, qui ne laisse rien à deviner, s égara jusqu'à écrire Saph», dont la musique et le génie de Mlle Calvé ont effacé les scories.
On a beaucoup parlé du roman psychologique, et je sais ce que les dames doivent de bonheur et do plaisir à M. Paul Bourget. « Avez-vous donc été femme, pour nous si bien connaître 1 ■ se
Lt: MAIIUIIL «W.N TMSUMAI9I
I >'*!*• * umv mcieiin» e«Uunpe. — Collacliuu G. Hartmann )
fail dire Sainle-Beuve danB l'épigraphe des Portraits de femmes. — « Non, madame, répond-il, je ne suis pas le devin Tirésias ; je ne suis qu'un simple mortel, qui vous a beaucoup aimées. * S'il faut s'en rapporter à M. Gustave l.anson, M. llourget serait, < depuis Stendhal, le plus grand maître du roman psychologique que nous avons eu. i Cela dépend après tout de ne qu'on entend par t roman psychologique t. car il y a des « états dame » partout, à commencer par Volupté, qui ouvrit la voie dans l'ordre du roman psycho-physiologique,
i c pauvre Ferdinand Fahre. qui s'y connaissait en fait «d'étals dame»
du clergé, et dont le nom a été donné à une rue de Montpellier qui mène au grand séminaire, où il avait porté la soutane cl étudié l'Abbé Tiyrane. mourut en IH98, juste au moment où il allait èlre nommé de l'Académie C'était déjà arrivé à Bfthnc. On n'attendait encore que deux ou trois vacances pour recevoir le grand romancier. « père de tous les fleuves, » comme on l'a dit de l'Océan et d'Homère. La mortcausc de ces surprises regrettables à l'illustre Compagnie qui rroit qu'elle n'a pas besoin de se presser, pane qu'elle est immortelle. Pourtant elle entre dans le mouvement, puisqu'elle a reçu, dans les derniers U-mps, M. Paul llervieu. De même qu'elle a François Coppéc (ce dernier clôturant jusqu'à présent la liste des quatre ou cinq François connus, François Villon, François Rabelais, François Ponsard, François-Vincent Itaspnil), elle avait déjà l'un des trois André (André Cbénicr et André Lemovne) en la personne d'André Theuriet, l'ami de la forêt (pour éviter d'en dire l'enfant), Pierre Loti, qui nous a révélé l'amour sous toutes les latitudes, mais qui est avant tout un grand poêle descriptif dans Pécheur* d'Islande et dans toute sa prose; Anatole France, humoriste un peu compliqué, mais poète exquis au théâtre et a la ville ; Siilly-Prudhommc. que le Vtise brisé doit finir par agacer, autant que Flaubert, quand on lui parlait toujours de Madame Hovary (Soulary aussi a eu son sonnet, trop répercuté dans let Deux Cortètjes). .. M J de Hérédin. le maître orfèvre, parnassien d'hier, un romantique d'avant-hier. comme on l'a appelé: M. Eugène Rostand, imposé par le suffrage universel.
L'Académie tiendra à honneur de se recruter de plus en plus parmi les jeunes (on l'est à tout âge, tant qu'on a du talent), depuis que la Société des liens de Lettres va se recruter chez elle et qu'elle prend même des ministres, qui ne sont pas de l'Académie, il est vrai, mais qui pourront en être. Ce sont des prèlés pour des rendus. Une politesse en vaut une autre. Marcel Prévost attend son tour, Jean Aicard aussi.
Armand Silvestre, Paul Arène, sont partis trop tôt. Jean des Fiyues a son buste dans le jardinet de la ville de Florian, à Sceaux.
Il me serait plus facile de citer des noms que des ouvres, ne les ayant pas toutes lues : Fernand Vandérem. qui a écrit un roman dans le goiH de Voltaire, plein de satire et d'ironie, les Deux Ilires, el dont les personnages se tiennent
i. hôpital i>c VAL-mx.ii \i:r.
Avilit le |*rcemt'iit complet de la rue. — D'aprt* ud<' vieille eiUnipe. (ColIrtlioD H. Hartmann.)
aussi bien debout et vivants que « eux d'un roman naturaliste; Emile Rergeral, peut-être un peu trop le gendre de Théophile Gautier, quand il parle de Molière (dans les familles dynastiques, impériales ou bourgeoises, on n'a que le culte du nom et de l'ancêtre : rien avant, rien après i ; Catulle Mendès, resté parnassien, qui créa un mètre, — un peu négligé dans sa prose journalière ; Georges Modenbach, poète et romancier, le dentellier exquis de Hruges la Morte ; Mme Daniel Lesueur, plus connue comme romancier que comme poète. — disciple d'abord de M. Sully-Prudhomme en poésie des jeunes poètes semblent beaucoup aimer Sully i ; — sa concurrente au Comité de la Société des liens de Lettres, où elles auraient fait lionne ligure toutes deux, si elles ne s'étaient combattues, Mme Henry Gréville, revenue un jour de Russie avee un stock de romans, qui révélèrent un talent nouveau, etc.
Le nom de Georges Ohnet lit fortune a Paris
KM
PARIS DE 1800 A IflOO.
et en province, à la ville et au théâtre, dans le tlan bourgeois.
Clarelie et Daudet se rencontraient ôslus Monsieur le Ministre et A'uma Honnieslan. deux chefsd'œuvre qui gardent leur autonomie.
Sans être précisément un felibre, l'auteur de Tartarin île Taraseon tirait de son « moulin » l'Artésienne, drame local et passionnel, plein du soleil de Provence, — comme le Pain ilu péché, de Théodore Auhanel. joué a Montpellier en provençal. — La littérature française s'enrichit pnr le croisement, et l'idiome de Mistral n'a rien à y perdre 11 faudrait être bien intransigeant pour ne pas pardonner aux félihres de Paris de parler les deux langues. Daudet, l'un de leurs collègues les plus hottoratre*, a rouvert la voie au provincialisme, et étendu par là Son propre domaine, gagné aux deux littératures
Depuis Ceorgc Sand. la langue française, entraînée peut-être à son insu par l'influence des temps nouveaux, n une tendance à se créer des rentres un peu partout où se rencontre un écrivain de talent et île conviction, capable de faire jaillir la lumière du caillou et de la fixer. C'est par antinomie, sans doute, qu'une rue de Paris, prés de la Bourse, porte le nom de Léon Cladcl, qui trouvait notre langue littéraire trop pauvre et la bourrait de querçois, eomme un |iersonnage de Rabelais. Mme Louis Figuier ne trompait pas non plus, mais avec plus de douceur, sur sa province natale, dans sa poétique création de M os de Lmhw M. l'utile Pouvillon. dans un Languedoc (dus rapproché de la Cascognc, applique avec persévérance et sui ■ ès ce travail de décentralisation littéraire à ses propres paysans. Kl qui ne croirait Léon Duvauchel un vrai fils de la Somme ï Ce poète forestier, auteur de la Moubsiè te, s'est localisé en Picardie, dont il extrait l'esprit et le suc dans des romans qui ont une odeur et un accent de terroir très prononcés (le Tourbier, t'Hortilhmie, etc.).
Mien d'autres noms ont marqué dans le roman depuis une trentaine d'années : Paul Alexis, romancier et auteur dramatique, ami de Zola, mort en juillet 18!M ; lluysmans, auteur de la Cathédrale, devenu frère lai à. la Trappe ; Jean Hameau, qui trouve des dénouements vertueux à des situations scabreuses ; Maurice Darrès, l'auteur des Déracinés : Paul Adam, vaillant journaliste et romancier ; Mme Juliette Lamber. esprit philosophique ; Léon Daudet, observateur d'ironie acerbe, qui soutient l'honneur d'un redoutable nom; Ernest Daudet, frère d'Alphonse, historien et romancier, que la défaite politique n'abat ni ne décourage ; Paul Perret, lecteur au Théâtre-Français, etc., etc.
.Nous en omettons qui nous échappent Nos lacunes sont involontaires, nullement systématiques, et nous nous en excusons. Nous voulons surtout dégager l'esprit de la lettre, sans nous astreindre à la rectitude de la ligne, dans les circonvolutions que nous traçons autour d'un sujet aussi complexe.
La perspective manque encore pour apprécier
In littérature dans son ensemble depuis 1870. Le niveau de la presse s'étendit et s'abaissa, comme il arrive toutes les fois qu'un Ilot tumultueux déborde dans la plaine. Une nouvelle langue se forma, nette, claire, précise, a la portée de tous, pour les besoins du journalisme, qui se sentait désormais sans frein cl sans entraves. On n'écrit pas pour le journal comme pour le livre 11 faut que chaque article fasse halle. Une génération d'écrivains sortit, tout armée pour la polémique, île la bataille incessante et du conflit îles partis. Ils sont trois ou quatre, aussi populaires que certains moines prêcheurs du temps île la Ligue. Leur langue est quasiment la même, et ils savent la faire comprendre du public illettré et même lettré. Ils écrivent comme la foule parle, en y ajoutant chacun le tour d'élégance qui leur est particulier. Le nouveau style, qui leur est commun, popularisé, vulgarisé, rachète en énergie pittoresque ce que la politesse, interprète des bonnes mœurs, y a perdu, et l'on s'est mis peu à peu à parler comme ils écrivent MM. Henri Itochefort. Kdouard Drumont. Paul dcCassagnac, Urbain Collier, auront fait époque et révolution dans la langue et dans le langage. Tout le monde les lit le matin dans la rue. en se rendant à ses occupations, et se fait une opinion d'après cet oracles Ils sont devenus à cette heure-là aussi indispensables que le café au lait.
Au contraire de ce qui est arrivé à d'autres, la politique a mené M. Clemenceau à la littérature, en attendant de le reprendre. Ami des grèves, comme Itenan. il a gardé de la poésie bretonne dans ses livres, mais il n'est jamais meilleur que quand il est sarcaslique. Camille Pelletait se sert de sa plume mordante de journaliste pour défendre ses discours et rapports substantiels de tribune MM. Hanc. Henry Marel restent des écrivains politiques, sans cesser d'être littéraires. Kugène Ledrain a ce que Saint-Heuvc appelait la dent du critique : il emporte le morceau avec la joie d'un chien qui a trouvé un bon os.
On croit entendre parler Mme Séverine, quand on la lit. Elle a sa syntaxe à elle, et bien féminine. Elle a trouvé des imitatrices dans l'art d'expérimenter elle-même les enfers sociaux, à la découverte desquels elle s'est vouée Elle s'en esl fait une spécialité, par vocation plus que par métier. Elle se ferait enterrer toute vive pour prouver que les inhumations prématurées ne sont pas une vaine crainte
Le délaissement du livre pour le journal a obligé les poètes et les romanciers à se faire journalistes, par nécessité de vivre et, j'aime à croire, aussi, de produire : ils n'ont pas tous déserté la muse pour la politique, mais ils l'ont contrainte et forcée à se rogner les ailes, dans le cadre étroit où elle doit paraître à heure fixe II ne leur est permis de dépasser les bornes que pour satisfaire une curiosité slupide et malsaine, contre laquelle M. le sénateur Hèrenger a raison de se déchaîner, car elle abêtit l'esprit public. Il y a plus d'un lléau à combattre dans notre pays, et c'est à rougir, non pas de pudeur, mais de honte, que de voir, dans la patrie de Daumier,
les dessins étalés sous les yeux Je tous, à la boutique des marchands de journaux. On dirait vraiment qu'un mauvais génie, ennemi de notre esprit cl de notre race, lient à nous déshonorer et à nous abrutir. C'est un autre genre d'alcoolisme.
La critique dramatique n'a pas cessé d'être
prédations. Il est plus jeune, et il a ravivé lu critique.
Le théâtre remplace de plus en plus lu lecture, et c'est, pour «les gênérutions surmenées et Musées, qui ont d'autres soucis et d'uutres plaisirs, la forme la plus attractive, parce que c'est celle qui donne le moins de fatigue. Il suffît d'avoir les \eux et les oreilles libres au théulre. On n'a pas
K HANOI SOI K SAHCKÏ
Né à Doui.lan en ih\s, décédé le 16 mai l>'*|ir<"> le in«<l«ilJoii MTtilpO fur Itiou'd .1 II'/ .ch. — |r,.lici ii»n «ta J'.trl.
bien tenue dans In presse quotidienne Elle est supérieurement représentée pur des ténors en vue, tels que MM. Jules Lemuitre et Henry l'ouquier. qui donnent avec maestria \'ul littéraire de poitrine Cniulle M cm les y porte trop de pussion personnelle La mort de Sarcev rendait l'emploi diflicileel écrasant pour son successeur au Temps M liiistuve Larroumel s'est efforce de le faire oublier. eL il y est parvenu en donnant une portée plus haute à ses analyses el à ses ap-
méme la peine de tourner la page, ce qu'on ne saurait taire, monté sur sa bicyclette, qui a été, dit-on, si préjudiciable au livre Un est trop presse «l'arriver, de nos jours, et le progrès en toul genre de locomotion détourne de penser Le théâtre nous y ramené par l'action qui se déroule devant nous, saris que nous avons a bouger àe place. L'hisloire du théâtre depuis la troisième hépublique le montrerait comme le plus puissant auxiliaire des idées modernes, qui tournoient dans