‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècleChapitre 97 sur 441 · LE GRAND MIX DE PARIS EN · texte numérisé non relu

LE GRAND MIX DE PARIS EN

Sairil-Cliristoplio, monté par lludsun

(tiuUtrfita Autrui!- I.QHychami<i,)

L n'y A rien de fantastique dans la pièce de MM. Marot cl Hugalet, quoi qu'en dise l'affiche qui trompe l'innocent public. Mais certainement la fée Cuignon a jelé un sort sur ce petit (héàlre qui, du reste, ne paraît pas se mellre en peine pour le rniijiirer.

Je ne saurais pour un k empire vous raconter le*

Poupées parisienne* en leur entier, à moins de tu'éearter de ma sincérité habituelle. Je ne me souviens pas du deuxième acte, pendant lequel Morphée me lit la grâce de me loucher du bout de son aile, el je suis parti à minuit avant le quatrième el dernier acte, — un chef-d'u'uvre peutêtre. Le hasard esl si grand!

Le* Poupées parisiennes, e'esl comme qui dirait les Cocotte* de Paris, les Jolies Fille* de Paris et autres svnouj nies. Iles provinciaux venus de Motiléli-

mar, el qui s'appellent Grispolard et Chauffournier, deux noms bien méridionaux, i-lierclient à faire leurs farces dans le monde galant. 1b v sont suivis par le bel Alfred, pendre de Cliauffournier. et par Mme Cliauffournier elle-même, qui se lil remarquer jadis dans le corps de ballet du Châtclcl par la hardiesse de ses ronds de jambe. Après une scène et un quadrille échevelé dans le salon de la belle Cardenia, la reine des poupées parisiennes, scène qui rappelle le second acte du Princr de MM. Meilhac et Halévv, comme une image d'h'pinal rappelle une aquarelle de Gavarni. j'ai pensé qu'il était inutile d'assister au rembarquement de Grispotard et de Cliauffournier pour le département de la hrome, et j'ai bouclé nies malles avant eux.

La troii|>e du IhénTre Tailbout compte peu d'étoiles et beaucoup de nébuleuses: cependant Mine Toudou/e ne manque pas de verve et tient agréablement l'emploi créé par Mme Mncé- Monlrouge. Nous avons trouvé là Mme Tassilly qui a eu du succès nu Chateau-dï.au et dans les opérettes, e( dont j'ai plus d'une fuis loué la gaieté Tranche el communic&tive.

Or, le public du théâtre Toitbout n'est ni patient ni galant.

Il a recommencé ce soir le joli train de Loup, y es-tuf L'entrée de chaque acteur était saluée par «les lazzis et des huées Le malheureux Grispotard portait sous son gilet à coeur un plastron qui fu va il obstinément le côté gauche de sa poitrine pour se réfugier soua son bras droit; frappé de cette insistance, un spectateur ne cessait de crier :

< Grispotard, redresse ton plastron ! > Et de rire, De plaisanterie en quolibet et d'apostrophe en clameur, la chose a fini par tourner au vilain.

Le pauvre Tassillv, qui n'est pas acroulumè a pareille fêle et qui semblait mal à l'aise depuis le commencement du tumulte, a fini par perdre connaissance et a glissé de tout son long sur le plancher heureusement recouvert d'un lapis. Le spectacle a été interrompu; tout le monde avait perdu lu tète, le rideau ne baissait pas, et l'aiitiable Mlle Qiierelte criait au chef d'orchestre : « Sonne/ «lotie, nom d'un chien! • C'est ainsi que nous avons été jetés en plein roman comique, rires et larmes mêlés.

Après «leux annonces dont la rédaction burlesque s'expliquait par le trouble général. MmeTassilly a pu entrer en scène au milieu d'applaudissements sympathiques, mais le sabbat a recom-

mencé. Il faut dire que les claqueurs oui leur responsabilité dans ces incidents plus regrettables qu'amusants. Ils se sont permis d'apostropher les spectateurs qui se reliraient fatigués, el de saluer leur départ par des applaiidissemenls mêlés d'itiveclives. Il y a là une question d'ordre qui incombe à la direction du théâtre Tailbout.

Ce petit scandale nous fournit le mol de la lin.

ISACGCRATION DU

l)cnin «m Uvi»

NOUVEL OM:RA. — ARRIVEE M) LOHH MAIRE, r huMMt de gouochi*, ptr Kdoujinl Pktap-UI. Mune* du I unemliourg

— « Si va ne fait pas pitié! disait un marchand de contremarques; ces gens comme il faut, ça se permet d'interrompre le spectacle! Ce sonl paa nos voyous de là-haut qui se conduiraient comme ça! ifs tiennent ici polir s'intttuift! »

Je suis parti là-dessus, n'ayant pas perdu ma soirée. Viti".

{Ut Mille et une .Vuili du Ihràlre.)

Les Attaques nocturnes.

I)i K»TIX,WMJ. On lui toit iletjuurnuur plein Utpotktt. Ensuite, Le Soleil et Maii>.

bi'nrm, wjwKflrtntifl montre — Quatre heures ' Je me suis attarde chez les Moiitllaquin Dans

LE VIEI X PARIS. — HUE l>E LA VERRERIE.

Dessin d'après photographie. — (Coll. Ch. Simotid.)

U rue de 1* Verrerie m été bAtie en partie dan* de» dépendance, de I I.ÙUl dei ÉhMl de Sainl l aron.

nette saison, il fait nuit A quatre heures et demie. Et pas de voitures. D'ailleurs les voitures ont des cochers et les gazettes des tribunaux sont remplies d'histoires de cochers qui... Oui, mais à pied, j'ai peur. Cinq quarts d'heure de marche avant de gagner Levallois-Perrel, dans une ville et dans un quartier... où mt me en plein jour... HaotH ... {Prenant tour <i tour dans m poches les journatu- dont il parle. ; Je lisais encore ce matin dans le Gauloit, non. dans l'Estafette, à moins que ce soit dans f Événement, ou dans la Liberté, non c'est dans/d Pairie, je lisais qu'en plein jour, deux gradins... (Ici i entrent le Soleil et M \ us couverts de manteaux.) Ah ! mon Dieu, qu'est-ce que je vois là?

. Le Soleil — Ah! quelqu'un !(.t liant à Dapolin) Pardon, monsieur, pourriezvous me dire l'heure qu'il est?

Dri-oTix, (i genoux, présentant sa montre — La voilà, monsieur, la voilà. C'est la troisième du mois. Je finirai par acheter un fonds d'horlogerie.

Le Soleil. — Qu'est-ce que c'est que ça ?

DuroTlK — Ma montre; grâce!

Le Soleil - Votre montre, grâce?

Di i'otix. — Ne me faites pas de mal!

Le Soleil — Ah çà ! dites donc, est-ce que vous nous prenez pour des filous ?

Dr potin . — Vous n'en seriez pas?

Mars — Filou vous-même, entendez-vous ?

Dr potin — Pardon, messieurs, mais tous les journaux sont tellement remplis d'attaques nocturnes. .

Mahs. — Nous sommes en plein jour.

Di'potix. — Ça ne fait rien, monsieur, nom avons des attaques nocturnes A toute heure.

Mars. — Comment, dans un pavsoù l'on vient encore d'inventer des lanternes pour les agents de l'autorité?

Ditpotix. - C'est vrai, monsieur, on Tait ce qu'on peut.

Air: Un homme pour faire un tableau.

Mais en éclairant connu il faut Un bandit et ceux qui l'escortent.

Ces lanternes ont le défaut

De faire voir ceux qui les portent.

De ces lanternes, les lueurs Se répandent et (ont de suite.

Elles èelaireiil les voleurs.

Dont elle< as«un nt la fuite.

(Parle.) Enfin, messieurs, tout ce qu'on dit. tout ce qu'on raconte, ferait croire que Paris n'est habité que par des filous et des brigands.

Le Soleil. — Laissez-moi donc tranquille Certainement je ne crois pas que les hommes soient meilleurs que par le passé, non. ni plus humains, ni plus spirituels : mais, que diable! ils sont ce qu'ils ont toujours été Seulement, autrefois, les journaux ne faisaient pas tant do réclame aux voleurs.

Dci-OTiN. — Ah! c'est ce que je dis, monsieur.

LE VIEl'X PARIS. — FAÇADE DE L*EuLI«E SAINT-MEHM .

(Collection Chartes Simond.)

.Saint M. ni ou Mirry abréviation do Médérir , n'était d aliord qu'une p> titr ch.tpelle dédiée à saint l'ierre. UocBfi, évéque de l'arl* i*o SS*. | r. mJ i à 11 Iran-dation de* re»te« d<' saint M m , mort en 700 et inhumé dans celte cliaj>elle t lundi leniblin-iit augmentée en lulfi, elle fut démolie et r&ootlruilc telle qu'elle eai«te encore entre le» années I.1.U et lijli Aux journée» de juin 18Ji, le* insurgé* Rétablirent dan» celte église «i y furent assiégé», ce qui eau.a des dé-At* MU**» *u monument.

LE VIEIX PARIS.

Place Daupiiine. n- 17, lî», il .1 8.1. Pliotographié cl redessine par L. Parent. (Collection L Smond.)

te* maisons dr la place Dauphlnr dirent construite* par N. Petit, *ur l'ordre du préaident de IWUr, en |t;n9. Au n* iit habitait l'orfèvre Jo^je, immortalisé piir Molière.

le vieux paris. — l'église saint- AMunotsE (vue île la rue Lacharriôrc).

Photographié ot redessiné par L. Parent. (Collection L. Simond.) L'élise Saint-Ambroise date de 16.'.». L'édifice fut agrandi et restauré au début de ce tiècle. Il fut reédiflé par l'architecte Ballu de 1863 k 188».

LE VIEUX PAHIS. — Ht E KTI EKNe-MAHCBL, X* SS.

Photographié et redessine par L. l'aient.

Collection Charles Simond ;

L* NMM l'K luR-laM*P«n rit un donjon qui date du commencement du quinzième mm le et dont la construction eut pour objet de mettre le dur de Bourgogne à l'abri des veop-ancee de ur lai

Valcntine de Milan. Cette tour faisait partie du vaste holrl de Bourrons, qui ' U Pa«ion. le.

de Beargogae.

sans souci et U troupe dite de fhotel

LE VIEUX PAHIS. — DDE FONTAINE - Al' - ROI

n0' 18. KO et 52, au coin de l'avenue Pannentier. Photographié et redessine par L. Parent. (Collection Charles Simond.)

C'est dans la rue I onlaine-au-Rol que furent tirés Ici dernier* coup» de fusil de l'Insurrection communaliite de 1871.

154 PARIS

ai h : La première du printemps.

Quand aujourd'hui comme autrefois,

On signale un acte barbare,

Vite la presse s'en empare,

Et la presse a eent mille voix.

S'il s'agit d'un bandit farouche.

Vous saurez dès demain matin

S'il dort bien, comment il se mouche.

S'il est gris, noir, blond ou chiUain, S'il est gros, maigre, grand, petit.

S'il est né de parents honnêtes ; Bref on remplira les ga/eltcs De ce qu'il fait, de ce qu'il dit.

Les reporters sont uno bande, Dont on paye cher les travaux.

Car les récits qu'on leur demande Font la fortune des journaux.

Kl pour les remplir constamment, IU» tous les crimes qu'ils y mettent.

Je ne dis pas qu'ils en commettent.

Mais ils eu inventent souvent.

Kl moi, l'une de leurs victimes.

Je crois, je le dis en deux mois.

Qu'on diminuerait bien les crimes Kn diminuant les journaux.

Car aujuurd'bui comme autrefois.

S'il s'agit d'un crime barbare, Vite la presse s'en empare, Kt la presse a cent mille voix.

LE VIEfX PARIS. — ni'E l'HANÇOIS-MInOX.

Dessin d'après photographie. — (Coll Ch. Simond )

La rue 1 rativoin-Mirou doit m>d nom à un tnagUtr.it, homme éf bien, qui lut lieutenant civil de l&9<> 4 ItiOO cl prevtt la marchanda de 1«<H à li.oe II contribua largement de »e» deniers à i'embrllixcment de l'un» et surtout île I ll.'.lel de ville pour lequel il donna plu» de 11,000 livre». Il lit ré,, .te: les pout», quai» et port», remettre m état plusteur» fontaines, I4tir 1.» porte de la Tournelle. etc. Sa mort laissa de Ire. sincères regret». I.a rue rraiivon-Mimn ne lut ainsi d< n.iniméo que de notre temps. Ellr ueiisl.it pa> encre ce nom en ISJO.Un j trouve le maj-nilique hôtel de Iteauva.*.

le vn:t:x paris. — hce i>u henai«i>.

Dessin d'après photographie - (Coll. Ch Simond.)

|j rue du Renard, qui faisait «oui la Keslauratiou partie de deux arrondissements, le 5* et le 7', avait pour tenants et aboutissants d'une part la rue Saint Denis et la rue .le» [•Mix-l'ortes, .l'autre part la plai e llau.lojer et le marché Saint-Jean.

Le SOLBII.. — Vous y voilà, vous y êtes !

Mars. — Vous y êtes en plein !

Dppotih. — Donc, messieurs, vous croyez que je peux retourner chez moi. a pied?

Mars. — A moins que vous ne préfériezy retourner en voiture.

DUFOTIN. — Kn voiture! oh non! ii causedes cochers!

CLAI «VILLE.

(j>* Menut l'taitirt de l'annre.)

Les funérailles de M. Thiers.

La curiosité seule m'avait fait quitter Londres ; aucun souvenir d'affection naturelle ne s'éveillait en moi pour M. Thiers Kn qualité de négociant anglais, je me rappelais même qu'a une époque cet homme d'Ktal, alors premier ministre, avait failli déclarer la guerre à mon pays à cause des affaires d'Kgypte.et je n'avais pas oublié que M. Thiers s'était montré protectionniste. Mais, depuis la lin de l'Empire, il s'était révélé sous un nuire jour, et il avait conquis les suffrages de la Cité et de toute l'Angleterre.

Quand je déclarai la résolution de venir à l'aris, la partie féminine de ma maison me soumit île graves objections : • J'allais me mettre dans quelque bagarre, dans quelque • riot », etc • Je passai outre, et je me félicite de n'avoir pus cédé à des peurs que l'histoire du passé rendait fort légitimes. .Nous n'avions pas, d'ailleurs,

grande confiance, à Londres, dans la sagesse française.

Je suis arrivé a Paris vendredi dans la soirée. La pluie a commencé ù tomber à torrents, et je me demandais ce que, sous un tel déluge, allait devenir la manifestation. Samedi matin, l'état du

ciel n'était pas meilleur, l'eau coulait à flots dans les rues. Après avoir été prendre mes lettres et lire mes journaux chez Galignani, je me mis en route ; le temps s'élevant un peu, je me dirigeai vers la place Saint-Georges où est situé l'hôtel du défunt. Les boutiques n'étaient en général qu'à demi ouvertes, quelques-unes fermées; et des groupes d'hommes et de femmes, décorés d'immortelles, marchaient dans la même direction que moi. Je trouvai, en approchant de l'église Notre-Datne-de-Lorelte, les rues interdites

par des troupes à pied, à cheval, et par de nombreux sergents de ville. Je vois passer des brancards chargés de couronnes de fleurs, véritables œuvres d'art, d'une grandeur étonnante.

Je reviens sur les boulevards, a onze heures ; les trottoirs, les fenêtres, les toits, les sommets

des larges cheminées sont couverts de monde ; partout de l'ordre, du silence, des visages émus; pas une seule scène discordante. C'est très digne. La pluie a cessé.

A deux heures, le cortège débouche sur le boulevard, ton» les fronts se découvrent, et le silence devient tel dans celte immense foule que l'on n'entend que le bruit des pas des chevaux de la cavalerie, la marche cadencée de l'infanterie et les sons d'une musique lugubre qui précèdent le char funèbre.

Kiifln il parait ; à sa vue l'émotion redouble. Il est manifeste qu'il y a la prés de moi bien des hommes qui r «'tiennent leurs larmes. Le cercueil disparaît sous un amoncellement de bouquets, de couronnes disposés avec le goiU français.

U est splcndide. A gauche, à droite, derrière, des citoyens députés par les villeset les corporations s'avancent chargés encore d'autres couronnes suspendues ou portées sur des drapeaux tricolores.

Puis vient l'imposant cortège; le sénat, les députés, les dépulalions des corporations, de la jeunesse des écoles, • le printemps de la France», puis la foule, la foule qui ne finit plus. Si un cri de : f Vive la République! > s'élève, un sénateur, un député, fait un signe; aussitôt l'acclamation tombe et les assistants murmurent : « Silence! » Cependant il y a eu un moment d'indicible

Page 1