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CHEZ LA DUCHESSE DE BISACCIA

19 avril 1884.

Le nom de La Rochefoucauld est synonyme de fastueuse hospitalité. Et cela, depuis des siècles, c’est-à-dire depuis qu’il brille d’un éclat si vif entre les plus purs et les plus illustres de l’aristocratie française.

Lorsque Charles-Quint vint en France, en 1639, il fut reçu dans le château de Verteuil, par un La Rochefoucauld. Et le grand empereur déclara plus tard n avoir jamais entré en grande maison qui mieux sentit sa grande vertu , honnêteté et seigneur erie que celle-là.

Ce s nobles traditions se sont perpétuées dans la famille ; mais, de tous les descendants le duc de Bisaccia, l’ancien ambassadeur près du gouvernement britannique, l’ancien président des chevau-légers, aujourd’hui l’une des figures les plus originales du Palais-Bourbon, est celui qui s’y montre le plus dévotieusement fidèle.

Quelques-unes de ses fêtes sont restées célèbres, celle, entre autres, qu'il donna, pendant son ambassade, en 1874, au profit des -œuvres françaises de Londres, et qui groupa, dans une même pensée charitable, ce choix unique de dames patronnesses : madame la' comtesse de Chambord, LL. AA. RR. la princesse de Galles et la duchesse de Teck, la comtesse de Paris, la

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duchesse de Chartres et la duchesse d’Alençon, les princesses Blanche et Marguerite d’Orléans (princesse Czartoryska), les princesses de Broglie et Malcom-Khan, les duchesses de Magenta, de Bisaccia, de Saldanha, de Bedford, de Marlborough, de Buccleugh, de Roxburgfye, de Luynes, de la Trémoille, Decazes, la comtesse de Bylandt, les baronnes de Bulow et de Rothschild, etc., etc. Et aussi cette splendide fête japonaise dont le Figaro, l’an dernier, a décrit les inoubliables merveilles.

La bienfaisance est généralement de moitié dans ces élégantes manifestations. Le duc tient à justifier l’éloge que Suard faisait d’un de ses • ancêtres, « lequel mettait son honneur à ne faire usage du crédit de la fortune, de l’autorité même que donne la vertu, que pour faire le bien, l’encourager et le défendre ». Quant à la duchesse, elle interprète à un point de vue tout chrétien la devise des La Rochefoucauld : O est mon plaisir ! qui, dans l’espèce, pourrait se traduire par cette autre devise latine : Transiit benefaciendo !

La fête de cette nuit n’avait ni la royale splendeur de la fête de Londres, ni la piquante originalité de la fête japonaise. C’était une fête ordinaire, un ordinaire qui, je vous le jure, n’a rien de commun avec ce qu’on appelle, dans un certain monde, la fortune du pot.

Le décor est merveilleux en lui-même. Tout le Paris aristocratique connaît ce logis seigneurial situé 47, rue de Varennes, entre cour et jardin :

cour immense bordée par les appartements particuliers du duc et du comte de La Rochefoucauld, les écuries, les communs, etc. ; jardin somptueux, vaste comme un parc, avec son immense tapis de gazon anglais, où les lilas émiettent leurs fleurs, où neigent, en avril, les plumes des tourterelles.

Cette nuit, la porte de l’escalier d’honneur est condamnée. Le flot des arrivants pénètre, à gauche, dans le vestibule, tout tendu de vieilles tapisseries, et suit la longue enfilade des salons : le salon Louis XV, d’abord, orné de tableaux anciens et d’une aquarelle de Lami représentant un rendez-vous de chasse à Rambouillet; ensuite, • le salon Rouge, où le buste du comte Sosthène de La Rochefoucauld, père du duc de Bisaccia, sourit sur la cheminée, au milieu des fleurs ; puis les salles de bal, dont l’une, ouvrant sur le jardin, est revêtue de boiseries contemporaines de l’hôtel — fin du dix-septième siècle — en chêne sculpté chargé de dorures, comme on n’en trouve plus que dans l’île Saint-Louis, à l’hôtel Lambert, ou, rue de Bretonvilliers, à l’hôtel du duc de Richelieu ; deux médaillons en tapisserie des Gobelins, signés Cozette, représentent Louis XV et Marie Leckzinska — deux purs chefs-d’œuvre. Cette salle communique avec le buffet, où l’on soupe assis, à des petites tables disposées parmi la verdure, et sur les panneaux duquel le duc a eu 1 idée originale de faire fixer des hottes de trois mètres de haut, remplies de fleurs qui retombent en gerbes sur la tête des invités.

Dans la seconde salle se trouve l’orchestre que.

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pour gagner de la place, on a juché sur des colonnes, entre ciel et terre. On passe dessous, comme sous un arc triomphal, pour monter aux autres étages par l’escalier d’honneur.

Superbe, cet escalier, mais bien moins pittoresque que celui par où l’on arrive à la serre. Celui-là défie toute description : fait de fragments de roches, bordé des deux côtés par des blocs de granit couverts de mousse, sur lesquels une eau jaillie d’une source invisible retombe éternellement en fraîches cascades, c’est comme une forêt montante où s’épanouit, dans une chaleur douce, toute la flore des pays enchantés, où les palmiers qui semblent naître de chaque anfractuosité projettent vers le ciel, à de vertigineuses hauteurs, leurs longues lances de vert sombre, parmi les reflets clairs des lumières semées dans le feuillage. Il tourne, tourne, l’escalier, et, dans son évolution grandiose, aboutit enfin à la serre — le clou de ce fantastique décor — qui, par sa situation et ses proportions babyloniennes, fait songer aux jardins suspendus de Sémiramis. Une illumination radieuse y donne l’illusion du soleil tropical, et la végétation luxuriante qui s’y étale celle des eldorados transocéaniques. Et c’est miracle de voir, dans les étroits sentiers aux bordures fleuries, qui se croisent et s’entre-croisent, circuler les groupes extasiés, resplendir les épaules nues, étinceler les perles et les diamants, la soie se mêler aux floraisons verdoyantes, et tous ces étincellements se confondre en une sorte de kaléidoscope vaporeux où il n’y a plus ni

femmes, ni fleurs, ni satins, ni verdures, plus rien que Ja grande symphonie des couleurs et l’âpre griserie des parfums !

Fuyons ce paradis troublant, arrachons-nous à ce rêve d'opium, pour nous réfugier dans une petite pièce où le repos est exquis sur les grands canapés rouges, et d’où l’on distingue, comme dans un lointain indécis, les arbres sombres du jardin, que la pluie d’hier n’a pas permis d’illuminer, et les plantes aux reflets vifs de la serre.

En face — qu’on me pardonne cette indiscrétion — est une petite chapelle, avec un autel très simple et des peintures murales d’une adorable naïveté. C’est là que la duchesse, dont la piété sincère impose le respect comme sa bienfaisance impose l’admiration, vient prier pour les siens et aussi pour ses pauvres.

Et tandis que, dans ce coin paisible et recueilli, je m’isole de la bourdonnante cohue, par l’escalier d’honneur, les fringants cavaliers et les belles dames redescendent de la serre vers les salons de bal, entre les vieux Gobelins qui font la haie et les armes de la maison qui content des siècles de gloire. Et les bruits de l’orchestre arrivent affaiblis, à mon oreille, dans le froufroutement des étoffes et le murmure vague des galants propos*

Nommerai-je les innombrables privilégiés qui, de six heures du soir à quatre heures du matin, ont dansé, causé, soupé, puis redansé, recausé, resoupé, et qui, vaillants au plaisir, n’ont capitulé qu’avec l’aurore? Cette nomenclature nous mènerait trop loin. La duchesse avait envoyé

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deux mille invitations, et il n’y a pas eu dix lettres d’excuse. Je renvoie donc les curieux à F Armorial de France et au Livre d’Or des lettres et des arts. Caria noblesse intellectuelle a, comme chez le roi chevalier, à la cour duquel leurs ancêtres ont joué les Mécènes, ses grandes entrées chez les Bisaccia.

GUYOT-MONTPAYROUX

19 avril 1884.

Par ce temps où l’égalité sociale — cette chimère érigée en immortel principe — ouvre carrière à tous les appétits et déchaîne, de bas en haut, toutes les ambitions, la folie des grandeurs est devenue la folie à la mode. Elle sera la caractéristique de la troisième R. F. Ce malheureux Guyot-Montpayroux en était hanté depuis sept ans. Il en est mort hier.

Lorsqu’il fut interné chez le docteur Luys, il y avait quinze jours, heure par heure, que les électeurs du Puy l’avaient réélu député. Dès le lendemain de ce succès, commença sa ruine mentale ; dès le lendemain, il perdit la notion du réel pour entrer dans le rêve californien. Un jour, il s’en vint chez Détroyat et, sans crier gare :

— Mon cher, lui dit-il, je viens d’être appelé chez le prince de Hohenlohe. L’Europe désire impatiemment la fin de la crise française, et c’est

sur moi qu’elle a jeté les yeux. Le Maréchal va quitter la Présidence, je lui succède, et Bismarck consent au rachat de l’Alsace et de la Lorraine. Par exemple, je garderai pour moi le château de Strasbourg, c’est bien le moins après tout le mal que je me suis donné!

Et comme Détroyat restait bouche béante :

— Ce n’est pas tout, continua-t-il, je rachète tous les chemins de fer de France, et je les donne à mon pays !... C’est de la politique cela !... Enfoncé le Bismarck !

— Certes, fit Détroyat, qui sentait la folie étreindre ce pauvre cerveau, l’idée est belle... Mais les chemins de fer, mais l’Alsace et la Lorraine, avec quel argent les rachèterez-vous ?

— Rien de plus simple... J’ouvre une souscription universelle...

— Parfait ! Et à quel capital ?

— A cinq cent milliards ! C’est comme si je les tenais... Du reste, j’offre dans quelques jours, au Grand-Hôtel, un banquet où je convie les quarante premiers capitalistes du monde... Vous y viendrez, et nous causerons !

Au Courrier de France, dont Guyot-Montpayroux était le directeur, on commençait à concevoir de vives inquiétudes. Le 20 octobre, il informa ses collaborateurs qu’il venait de réunir des capitaux considérables, une cinquantaine de millions, grâce auxquels le journal pourrait paraître avec seize ou vingt pages de texte. En attendant, il répandait les gratifications autour de lui, avec les prodigalités d’un nabab : cinquante mille francs à

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l’un, cent mille francs à l’autre. Un Pactole idéal coulait à travers les bureaux de rédaction. Mais l’heure vint où Montpayroux ne se contenta plus de ces largesses intimes ; il y voulut convier le public et rédigea, pour paraître en tête du Courrier de France , une note d’ou il résultait que cet organe disposait d’un capital d’un milliard de francs. Grâce à la vigilance de son secrétaire, M. Georges Hecq, la note ne fut pas publiée; elle parut seulement dans quatre numéros qu’on imprima tout exprès pour Guyot-Montpayroux, et qu’on porta rue Lafayette, 1 1, à son domicile.

A quelques jours de là, le pauvre fou se rendait chez M. Thiers, pour s’entendre avec ce bon vieillard au sujet du rachat de l’Alsace et de la Lorraine, et l’assurer des excellentes dispositions de M. de Bismarck, et le soir, se trouvant chez mademoiselle T..., il jetait dans le feu ses perles et ses diamants, sûr qu’il était, lui dit-il, de pouvoir bientôt lui donner en échange les mines de Golgonde !

Dès ce moment, il était mûr pour la maison de santé. C’est à Détroyat que fut confiée la triste mission de l’y conduire.

Mission difficile autant que triste. Notre confrère se dit qu’il n’y réussirait qu’en flattant la double manie de Guyot-Montpayroux : la souscription universelle et le rachat des provinces perdues. Et, en compagnie du docteur Voisin, il se rendit rue Lafayette.

— Mon ami, dit-il au malade, en lui présentant le docteur, voici M. Johnson, un Américain

richissime que votre souscription a séduit et qui vient pour souscrire...

— Pour quelle somme ? fit vivement Guyot- Montpayroux.

— Pour dix milliards ! répondit le faux yankee.

— Peuh! C’est alors pour votre compte personnel, car si vous veniez souscrire pour le gouvernement américain, je ne trouverais pas cette somme suffisante.

— Maintenant, interrompit Détroyat, il s’agit de vous entendre avec Bismarck. Il n’y a pas de temps à perdre. Allons-y.

— Pardon! c’est à lui de venir, objecta le malade.

— M. de Bismarck n’a pas cru devoir entrer dans Paris. Il vous attend hors des murs, dans une maison neutre.

— Alors, partons.

Une heure après, on arrivait chez le docteur Luys. Mais pour que le fou consentît à rester, il ne fallait pas éveiller sa méfiance. Détroyat eut une inspiration :

— Cher ami, dit-il à Guyot-Montpayroux, Bismarck est là qui vous attend. Mais avant de le voir, il convient d’établir en forme officielle que ce n’est pas vous qui venez à lui, mais lui qui vient à vous. Chargez-nous donc de bien déterminer vos situations respectives.

— C’est fort juste. Seulement, il faut que vous soyez en règle : vous allez en ambassadeurs près du prince ; je dois vous signer un décret de nomination.

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Il signa le décret. Détroyat et le docteur Voisin le prirent et, quittant la maison funeste, aux odeurs de tombe, ils rentrèrent à Paris le cœur navré.

Demeuré seul, Montpayroux rédigeait la proclamation suivante :

« Je suis le Père Eternel.

» Au commencement, j’ai créé le ciel et la terre et j’ai envoyé mes fils dans chacune des planètes. Et, ayant ensuite regardé mon ouvrage, j’ai distingué une planète entre toutes les autres. Cette planète c’était la Terre, et, sur la Terre, j’ai distingué un petit coin de pays : l’Auvergne, que j’ai doté de toutes les richesses, de toutes les splendeurs, et, dans ce pays, j’ai créé une famille, la plus noble, la plus riche, la plus intelligente, afin qu’elle me représente sur la Terre et qu’elle règne un jour sur le monde. Cette famille, c’est la famille Guyot-Montpayroux. »

C’était fini. En mettant sa signature au bas de ce document insensé, Guyot-Montpayroux avait signé, sans retour, son abdication mentale.

Dans la période de lutte où s’est écoulée sa courte carrière politique, sa valeur et son caractère ont été diversement appréciés. On a dit justement et on peut le redire sans offenser sa mémoire, qu’il fut un déséquilibré par excellence, à qui rien ne manquait, excepté le lest, et que, pour avoir voulu monter trop vite, il s’est perdu dans l’espace.

Je retrouve dans mes notes un croquis de Guyot-Montpayroux, contemporain de l’époque

où M. Thiers avait fait de lui son amuseur favori.

« C’est un homme charmant, qui a des talents divers. Il a été bouffon chez M. Thiers, il a joué de la flûte devant l’Empire. En ce moment, il fait la parade devant la porte de la jeune République, chez laquelle il s’est arrêté de force. Il se promène dans la campagne sous le nom bucolique de Guyot, et on le rencontre dans les salons sous le pseudonyme de marquis de Montpayroux. On daigne le recevoir dans le monde, comme on reçoit un chanteur de gaudrioles qui se met derrière le piano, fait un nombre déterminé de grimaces, dégoise une vingtaine de couplets grivois, touche son cachet et va t’en ville. Il est bon à tout, aimable sur le trapèze du journalisme, gracieux sous les paillettes de l’industriel, distingué dans le maillot du gentleman. C’est un personnage de la comédie contemporaine, un rôle à tiroirs. Voulez-vous un Agamemnon, le voici. Préférezvous Scapin, le voilà. Cherchez-vous Léotard, il vous tombe aussitôt sur la tête. Réclamez-vous un clown, crac, il passe à travers vos jambes. C’est enchanteur. »

Portrait ou charge, ces lignes donnent bien l’idée de l’homme « ondoyant et divers » dont parle le philsophe et dont Montpayroux fut le type accompli.

Il a toujours protesté contre cette qualification de « joueur de flûte de l’Empire ». Cependant, il n’a pu nier qu’il eût été secrétaire général de l’Exposition de 1867; et je ne sache pas qu’il se soit jamais défendu d’avoir, alors qu’il était dé-

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puté de l’opposition, accepté les avances impériales. On trouve même dans les journaux du temps le récit d’une conversation assez... compromettante qu’il eut avec l’Empereur en présence de M. Pinard.

— Eh bien ! M. Guyot-Montpayroux, lui demanda Sa Majesté, êtes-vous toujours aussi féroce contre quelques-uns de mes amis ?

— Toujours, Sire... mon mandat l’exige.

— Vous accoutumez-vous à votre nouvelle vie ?

— A merveille. Depuis l’âge de dix ans, je m’étais promis que je serais député dès que sonnerait l’heure légale.

— A dix ans !... C’est de la précocité.

— Si je n’ai pas tenté l’épreuve en 1863, c’est que j’étais trop jeune.

Alors, M. Pinard intervenant :

— Avez-vous décidé l’âge où vous vouliez être ministre ?

— Oh! tout de suite, si l’Empereur daignait me le demander!

L’Empereur ne daigna pas... et Guyot-Montpayroux, après le 4 septembre, eut le bénéfice d’avoir refusé ce qu’on ne lui avait pas offert.

Ses démêlés avec le préfet de la Haute-Loire, à propos du service militaire qu’il subordonnait un peu trop à ses visées politiques et à ses rêves ambitieux, sont restés célèbres. Le 20 janvier 1871, le directeur de la Sûreté générale télégraphia de Bordeaux audit préfet :

« Mon cher Lefort, on m’envoie une corres-

pondance adressée au journal le Drapeau , où je lis ceci :

« Guyot-Montpayroux est ici depuis deux » jours, courant les salons et les cercles, animant » tout de sa verve un peu gasconne, prêchant le » refus sur l’impôt, etc., etc., »

o Décidément, prenez les mesures nécessaires pour que ce personnage soit incorporé dans les mobilisés. S’il refuse, traitez-le en réfractaire. Salut cordial. — Ranc. »

Conformément à ces instructions, le préfet Lefort coffre notre réfractaire. Jules Simon, qui n’était pas fâché de faire pièce à l’administration gambettiste, ordonne de le mettre en liberté. Mais le prisonnier se cramponne à ses barreaux. On est à la veille des élections, et l’auréole de martyr est encore la meilleure réclame électorale. Il fallut jeter dehors ce forcené de la paille humide. Et le préfet, télégraphiant cette tragicomédie au ministre de l’intérieur, terminait sa dépêche par ces mots :

« .... Guyot vient de tenter une manœuvre de la dernière heure. Il vient de lancer une affiche et une brochure d’une violence épileptique contre Gambetta, Crémieux et moi. Je vous connais trop pour craindre que vous laissiez compromettre le gouvernement en votre personne par ce fou furieux. . .»

Fou furieux! Vous voyez que M. Thiers n’a pas eu l’étrenne de cette imprécation historique. C’est même à croire qu’en la proférant, il ne fut que l’écho de son Benjamin, ravi de renvoyer la balle à son persécuteur.

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La guerre terminée, Gambetta n’eut pas d’adversaire plus âpre que Guyot-Montpayroux, et plus irréconciliable. Jusqu’au jour où, M. Thiers étant mort, cette hostilité n’avait plus de raison d’être et pouvait même tourner en duperie.

Gambetta fut clément... comme Auguste, et Cinna-Montpayroux, aux élections du 14 octobre, passa, dans l’arrondissement du Puy, sous le pavillon — qui couvrit de si bizarres marchandises — des 363.

Ce fut sa dernière variation.

Quelques jours après, l’instrument était brisé, et la dépêche du préfet Lefort prenait un caractère tristement prophétique :

Guyot-Montpayroux était fou furieux !

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