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MODES ET TRAVESTISSEMENTS

J'arrive un peu tard pour faire le compte rendu des splendeurs du carnaval. Je ne pouvais mieux faire puisque cette revue de modes n'est que mensuelle. Cependant, en dépit du retard, il y a évidemment utilité encore à donner quelques délails de costumes quand il nous reste la mi-carême en perspective.

Un des plus brillants bals costumés a été, on le sait, celui du

duc de M Parmi les costumes

de femmes les plus remarqués à

l'hôtel de la Présidence, je cite celui de la belle Mme F en Louii XIV

enfant.

Ce Louis XIV était si royalement gracieux que les plus jolies danseuses — Mm° de M,., entre autres — briguèrent le plaisir de danser avec le jeune prince.

Le cliapeau de feutre blanc relevé qu'il portait était galonné d'or et orné d'une large plume blanche. Ce chapeau couronnait une splendide chevelure noire à longues boucles (un petit anachronisme par coquetterie).

Sa jupe courte de satin blanc à larges plis élait enrichie tout autour d'une guirlande d'épis d'or. La veste, en satin blanc galonné d'or, sur laquelle se rabattait un large col de dentelle, la veste s'ouvrait sur une Une chemise bouffante terminée à la taille par une petite oie. Nombre de petits rubans — rappelant, cette oie — se répétaient à l'épaule où ils formaient épaulettes. La manche à crevées était prolongée par un gros bouillon et une large manchette en dentelle. Le pantalon très-bouffant, avec rabat de dentelle; le soulier de satin blanc brodé or et à talon rouge.

Si iïite.

TOILETTE Dl SOIR D'après un modelé de la gra»de Maison de blanc.

Seuls, les talons rouges et le grand ruban bleu porlé en sautoir sous la veste, tranchaient en couleur sur ce costume entièrement or et blanc. La petite épée à poignée d'or était portée très en travers dans son fourreau de satin blanc.

Toute œuvre d'art doit être signée; on devine d'avance que ce ravissant costume a été créé par Gagelin qui depuis longtemps est passé maître en ces sortes de choses. C'est aussi Gagelin qui a imaginé la splendide Aurore tant admirée le lundi gras dans un autre bal non moins brillant.

Cette Aurore portait pour robe cinq ou six voiles de crêpes et de tulle gris ou bleu, et superposés de façon à figurer les profondeurs du ciel au matin avec sa couleur bleu vague et ses légers nuages.

Ces voiles étaient inégalement semés d'étoiles de toutes grandeurs. Les lointaines, — entrevues dans la profondeur de quatre ou cinq jupes; les plus rapprochées, réunies ou isolées. L'un des côtés de la jupe, blanchi par la naissante aurore, était sans étoiles.

COSTUME LOUIS XIV, EXÉCUTÉ PAR GAGELIN porté par M"'c F... au bal de M. le duc de M...

Sur le corsage apparaissait un léger croissant d'argent. Sur les épaules luisaient des étoiles de diamants. Lutin, pour coiffure, le front de cette divinité de la nuit élait couronné de c l'étoile du matin».

Oublions pour quelques semaines ces magiques costumes, trop vite évanouis, et laissons Gagelin se recueillir pour ses créations de la micarême.

Alexandrine ne songe déjà plus qu'aux chapeaux de printemps. Ses innovations du jour semblent autant d'avant-coureurs du hlas et de la pervenche.

Son chapeau créole, en crêpe maïs, donnerait envie aux plus jolies blondes d'être brunes. H est traversé par un tulle maïs formant des deux bonis, plissé au haut de la passe et plissé sur le bavolet. Chacun de ces plissés est alterné par une dentelle noire.' Un bouquet de naissant feuillage, aux tons rougis et aux boulons à peine formés, orne le côté droit de la passe ; un ruban maïs en diadème à l'intérieur reproduit ce bouquet.

Le chapeau écossais, vert et bleu , est aussi une véritable œuvre de

goût. La passe est estompée par un crêpe où les deux couleurs se coiir fondent. Le fond, en taffetas écossais, se rabat gracieusement par le haut comme les coins d'un col mousquetaire. L'intérieur, en tulle et crêpe, est orné d'un bouquet de petites graines bleues au feuillage bruni.

Le 'chapeau printanier est en crêpe blanc à passe plissée. Le fond est enrichi d'une blonde dont l'un des bouts Hotte sur le bavolet et l'autre sur la passe. Une plume verte, comme la nature au printemps, remonte du côté gauche de la passe et se retourne coquettement sur le fond. L'intérieur en tulle est formé de trois boules blanches, de ces boules de léger duvet, que les enfants s'amusent à voir s'évanouir sous leur souffle. Des brides blanches algériennes, complètent ce chxpeau, qui exprime vraiment le réveil de la nature.

Des féeriques salons d'Alexandrine passons aux merveilleux salons do la grande Maison de blanc.

Là encore tout est séduction : les dentelles les plus riches, les parures les plus ingénieuses. Des bonnets et des coiffures d'appartement à rendre jolies les moins prétentieuses... à l'être. Des fichus do différents styles pour les épaules nues ; bref, une lingerie de luxe, des fantaisies, un flocon de blondes de velours et de ruban, un goût, une originalité dans l'arrangement de toutes choses, dont les Parisiennes elles-mêmes n'auraient pas l'idée.

Le salon des trousseaux est aussi merveilleux dons son genre. J'y ai vu des matinées de batiste vraiment princières, et, le croirait-on? des robes de chambre en velours ou en cachemires comme en imaginaient seules jusqu'ici nos grandes couturières.

Enfin, la grande Maison de blanc a de vaporeux rayons de robes de bal où le tulle et la gaze rivalisent de fraîcheur et d'ornement. Je cite entre autres :

La robe tissée d'argent en longues rayures (mise à la mode cet hiver par l'Impératrice), la robe de gaze étoilée d'argent ou d'or, la robe semée d'étoiles ou de fleurs en velours de toutes les nuances.

Une de nos lectrices me demande par lettre l'adresse de M. Plisser^ cet artiste en fleurs, auquel ont recours maintes jolies femmes; elle ;-.jo«;.!s qu'elle désirerait connaître quelques-unes de ses dernières créations.

Ma réponse aux deux questions sera facile.

Le coquet boudoir lumineux où l'on se choisit une coiffure de haï, est situé rue du Bac, en face le Petit- Saint-Thomas ,

Plisson est le fournisseur do la cour d'Espagne, et à ce titre on reconnaît sa porto sur laquelle un éeusson brille.

Ses créations nouvelles sont :

Un pouf de racines de corail avec fleurs de nymphéa et longues herbes marines, et second petit pouf à la nuque. Un pouf de dalhias nature arrangés avec une grande originalité. Une coiffure de roses de Bengale à demi effeuillées avec leurs traînes de nouvelles roses et de boutons. De charmantes coiffures de fantaisie, où les plumes et le velours sont trèsheureusement employés.

J'ai vu chez Plisson une collection de papillons de nacre aussi variée que chez un naturaliste. Le mérite de ces papillons est la légèreté et la transparence. C'est à s'y méprendre.

On annonce déjà pour la mi-carême trois bals costumés d'enfants qui doivent être des plus splendides.

Ceci fera sourire sans doute les bébés curieux qui s'aviseront d'épeler ces lignes. Au rebours de la morale, ils seront récompensés de leur curiosité.

Mœe Desrez — ancienne maison Pauline Royer, rue de Rivoli — s'occupe déjà des costumes, qui ne le céderont pas en richesse à ceux des belles dames. Je cite (c'est peut être une indiscrétion) une eireamenne, une fiancée du roi de Garbe, une pompadour, une matinée de prinemps et un bouquet de roses de mai, qui obtiendront certainement de grands succès dans le monde.

Avant de terminer cet article, je dois, à titre de chroniqueur bien renseignée, dire un mot sur les nouvelles compositions tant en vogue de M. Séguy, dont Vélégant salon de parfumerie est établi, on le sait, rue de la Paix, au-dessus de chez Siraudin.

Son blanc nymphéa onctueux en trois nuances— mat, rosé et teinté —

est très- adoucissant; il assouplit la peau, la préserve des gerçures et donne au visage un éclat et une fraîcheur remarquables.

Comme complément de cette première préparation on emploie le blanc mjmphéa en poudre. Enfin, le même blanc en liquide — toujours aux trois nuances — est composé pour les épaules et les bras.

Je reviendrai prochainement sur les autres compositions de M. Séguy, car mon plus grand désir est certainement de contribuer autant que je le puis à la beauté de mes lectrices.

V*" de ***.

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