‹ La Vie parisienneChapitre 104 sur 662 · UN SAVANT, UN PHOQUE · texte numérisé non relu

UN SAVANT, UN PHOQUE

(lin banc de sable à l'embouchure de la Somme entre Saint-Valéry et le Crotoy —

A l'aube.)

ie savant. — Charmant phoque, mon mignon, ne t'enfuis pas, je t'aime ; écoule : viens à Paris, sois l'ornement d'un de nos parcs, et nos délices. Quelles eaux pures te plairait-il d'habiler? Celles du Bois de Boulcne, du Jardin d'acclimatation, ou des Tuileries? Nous avons bien encore le lac de Vincennes, mais, entre nous, c'est un peu populaire. Allons; choisis, adorable phoque.

le PHOQUE ■ — Mais, illustre savant, tu oublies, il me semble, que j'ai l'babiiude de l'eau salée.

le savant. — Bah ! bah ! lu t'accoutumeras a. 1 eau douce. Je te jure sur la tète de M. Costa que beaucoup de tes pareils s'en trouvent fort bien. Et quelle chère, mon fils! Des huîtres d'Ostende, des homards de l'Océan, des écrevisses de la Meuse à discrétion, et les plus douces louanges du monde, comme digestif : j'entends d'ici vanter la vivacité de ton intelligence, la noblesse de ton caractère, ta modestie, ta candeur, tes verlus. Les agréments de ta figure et l'élégance de toute ta personne raviront les plus jolies femmes de Pans, ut de leurs lèvres roses tomberont ces mots doucement murmurés: « Oh! l'amour de phoque! » Allons, n'hésite plus, viens.

le phoque. — Faisons bien nos conditions. Je n'entends pas rester toujours dans mon eau ; on est amphibie ou on ne l'est pas. Tu me mèneras dans le monde : chez les marquises, chez les agent de change chez les banquiers. J'aurai une loge d'avant-scène aux Italiens où je recevrai ma famille et mes amis ; j'assisterai à la première représentation de tous les ballets, et tu m'obtiendras l'entrée des coulisses. ,

le savant. — Petit phoque, petit phoque, nous avons des idées

libertines. . '

le phoque. — Eh ! eh !... De plus je compte suivre les débats de l'Adresse au Corps législatif et. ne pas manquer une seule réception à l'Académie française; tu me loueras une stalle au Conservatoire, et un fauteuil aux Entretiens de la rue de la Paix.

ie savant. — Ah ! voilà qui est plus sérieux... Allons, c est entenuu.

le phoque. — Tu me présenteras aux hommes sérieux: à M. Thiers, à M. Berryer, à M. Guizot.

le savant. — Soit.

le phoque. — A M. Disdéri.

le savant. — Ambitieux!

le phoque. — Nous serons de toutes les courses de Chantilly et de tous les steeple-chases de la Marche.

le savant. — Accordé. .

le phoque. — Tu m'abonneras à la Revue Germanique, au Tintamarre, au Journal des Débats...

le savant. — Et au Hanneton, si c'est ta fantaisie... Et maintenant, visns.

le phoque. — Attends. Tu m'accueilleras dans ta famille ; je dînerai chez toi une fois par semaine ; j'aurai la place d'honneur, à droite de madame. Le soir tu m'expliqueras la navigation aérienne, tu me joueras du piano, et nous prendrons le thé ensemble.

le savant. — Ce sera délicieux... Mais, viens, phoque de mon

cœur. . : '' .

LE PHOQUE. — Eh bien ! attrape-moi. (il fait une culbute et plonge dans

la mer.)

LE SAVANT, levant les yeux au ciel. L'ingrat!

s Henri Este.

(il voir la lettre adressée récemment par M. Babinct à M. Chevalier sur l'introduction des phoques dans les eaux des parcs et des jardins, a titre d'animaux d'agrément.

LA SEMAINE

On annonce pour vendredi (pour hier) la première représentation fans remise de la Maschera, ce nouveau ballet que l'Opéra monte pour les débuts de Mlle Bosrhetti. L'Empereur, dit-on, assisterait à cette représentation.

Mme Vandenheuvel-Duprez vient d'obtenir un congé de six mois pour remettre sa santé altérée par ses fatigues à l'Opéra.

— Bomanville vient d'être réengagé pour trois ans, à l'Odéon.

— Ou assure que jusqu'à la fin delà saison, la direction des Italiens donnera chaque lundi un brillant concert à ce théâtre.

On vient d'y représenter Sémiramide. N'en déplaise aux amateurs qui exaltent ce chef-d'œuvre rossinien, j'en trouve la musique trop au-dessus des oreilles humaines pour être compile et amusante. MMUes Carlolla et Barbara Marchisio , secondées pir Agné;i, Pagans et AnMnuce.i , ont redoublé de zèle pour s'élever à la hauteur de celte musique divine.

• Vains efforts pourdesimplesmor:els!..

— Les jeunes cousines de Brohan, ( petites-filles de Suzanne), dont je parlais récemment , viennent d'être engagées au Gymnase.

Ce lliéàtre préparerait, dit-on, pour l'êlê, un don Qu cho te A4 Victorien Sardou, quese chargerait d'interpréter Lesucur. Ce dernier "a" refusé le rôle qu'il devait remplir dans YAlni des femmes de Dumas fils, actuellement en répétitions assidues. C'est un jeune comique, Francès, qui en est chargé.

— Le soir de la première représentation aux Variétés de la Fiancée du co*pi de garde, le public a tellement égayé la pièce qu'il n'a pas même voulu entendre le nom des auteurs. Il estde fait que ce n'est pas là une parodie et que, en dépit des efforts des acteurs et de tout l'escadron gracieux et volant des Variétés, cette pièce n'a eu qu'un soit justement mérité.

En revanche la Sœur de Jocrisie fait toujours plaisir, et Hiltemans, le Jocrisse actuel, se fait remarquer par la finesse même de sa bêtise.

— La Porte-Saint-Martin fait relâche. On espère y voir prochainement la Faustine. On dit merveille de la mise en scène et surtout de cascades et effets d'eaux à reflets changeants.

— L'Ambigu a enfin donné le nouveau drame de Victor Séjour, Us Fils de Charles-Quint. C'est encore une pièce soi-disant historique, mais vraiment intéressante du reste. Beauvallet me semble exagérer beaucoup son personnage (presqu'aulant qu'il force sa voix). J'en dirai autant de Taillade qui a comme toujours un jeu saccadé et épilentique. Le côté des femmes est mieux garni et l'on ne peut que louanger Mme Eudoxie Laurent et M"03 Ciro, Rousseil et Marie Lambert.

— L'Empereur et l'Impératrice ont assisté à la dixième représentation de la Maisoi du Baigneur.

— Nous sommes en pleine saison de concerts, Le lundi, c'est chez l'Impératrice; mais ce ne seia pas le seul jour invariablement adopté.

Tous les samedis, c'est, à l'Hôtel de ville dont la musique est très- recherchée.

Çe n'est pas Pt?T-ne(

gué-riTct h Vciacfevlll

— Le samedi également, il y a concert dans les salons du ministre de l'intérieur.

Le lundi on fait delà musique chez Rossioi; mais le programme sacrifie un peu trop à la divinité du lieu. Lundi dernier, Meyerbeer était invi'é et les lettres d'invitation portaient c;tfe raenlioi : « On ne parlera pas de l'Africaine, t

— C'est le vendredi que reçoit M. le comte de Nieuwerkerque. Ses soirées continueront jusqu'au vendredi 18 mars.

— Le premier sermon du carême a été prêché dimanche aux Tuileries par Mgr Landriot, évêquo de La Rochelle,

Voici les noms des principaux orateurs de cette année : le R. P. Félix, à Noire-Dame; le R. P. Fretté, à la Madeleine; le R. P. Lcfebvre, à Saint- Philippe du Iïoti'e; l'abbé Viard, à Notre-Dame de Loretle; l'abbé Leclerc, à

Ssint - Eustache"!; l'abbé Jaqud, à Saint-Germain-l'Auxerrois.

— La grande nouvelle de la semaine a été le banquet effert, dans le palais de l'Industrie, par les ai-iionuaires de l'Isthme de Suez a leur habile directeur F. ài Lesseps. Il n'est bruit surtout que. du discours prononcé, en celte circonstance, par le prince Napoléon qui avait daigné accepter la présidence de ce banquet.

Ce discours est toute une spirituelle réfutation des prétentions de Nnha-Paeha.

Malheureusement les organisateurs d:i banquet avaient trop compté sur la chaleur des actionnaires et des souscripteurs; un calorifère n'eût pas nui à l'enthousiasme dans la vaste salle i ù le froid pénétrant eût pu paralyser tout élan.

— M'"ela princesse Apraxin continue ses succès au théâtre des jeunes artistes de la rue de la Tour d'Auvergne.

Elle jouait récemment Horace et Lydie; vo.ci que dans une autre séance elle interprétait successivement Phèdre et le Gamin de Paris.

Quel talent multiple pour mie princesse!

— La trop célèbre Thérésa se serait, affirme-t-on, désislé de l'action en dommages et intérêts qu'elle avait intentée à M. ^Vjllemot. C'est ce qu'elle avait de mieux àjaire.

— Jules Janin vient de poser sa candidature à l'Académie en y; envoyant la lettre d'avis [indispensable. 11 va commencer sa tournée de visites.

— On lit dans le Times :

«Un Suisse désirerait donner des; leçons de [ français. Il parle le français très-correctement et avec le plus pur accent suisse. »

— Nadar vient de faire paraître le second numéro de I'aéronaute, moniteur di la société générale de navigation aérienne. Ce numéro avait été relardé par le désastreux accident du Géant.

— La liberté des théâtres nous amènera en juillet un théâtre anglais à Paris. Ch. Mathens en serait un des premiers acteurs, et ce théâtre serait construit sur des terrains qui longent la rue Scribe, entre le boulevard et le nouvel Opéra.

On parle également d'un théâtre dont les représentations auraient lieu de 1 à ti heures, à air libre [et où^I'ou pourrait fumer à toutes les places, sans compter un troisième théâtre à bâtir à Passy, privé de ce divertissement depuis la destruciion du Ranelagh. Pascal D. .

cju'alle jolie satyèr» « n''1Jt'<'u<î

Le Propriétaire-gérant, MARCELIN.

Paris. — Imp. VALLÉE. 15, rue Breda.

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