‹ La Vie parisienneChapitre 105 sur 662 · SARDOU · texte numérisé non relu

SARDOU

C'est une lettre du siècle dernier, dont on a bien voulu me permettre de prendre copie pour tel emploi qui me plairait. Il ne se peut pas que vous ne soyez intéressé comme moi, par ce récit de gentilhomme écrit au courant de la plume, naïf, malgré ses grâces surannées, et toujours élégant, en dépit de ses incorrections familières. La lettre sortie d'un petit coffret d'ébène, où elle dormait oubliée, exhale comme un vieux parfum de musc qui fait doucement rêver aux jours depuis longtemps envolés, et à ces amours éternels, et à ces beaux yeux fermés, et à tout ce qui était charmant, gracieux, coquet, galant, et qui n'est plus, hélas!...

» Du signataire, personnage bien inconnu, voilà tout ce qui reste... l'aventure d'une journée ! Ne vous prend-il pas envie, ainsi qu'à moi, de faire que ce vivant d'autrefois ne soit plus aujourd'hui tout à fait mort, et que pour un instant, il semble revenir en esprit et nous conter avec toute l'émotion d'un homme à peine remis de l'aventure, cette fâcheuse petite histoire d'il y a cent quarante-cinq ans; ce qui ne la fait pas beaucoup plus vieille après tout, que si elle était d'hier au soir ? Lisez et dites-moi si ce n'est pas véritablement œuvre d'art que ce pastel d'une ingénue si vigoureusement esquissé. Et puis M. de Marivaux... qui s'attendait à trouver là M. de Marivaux?... Mais je m'arrête. Pardonnez cette manie d'écrivain qui ne saurait s'abstemr de bavarder, même quand il veut garder le silence, et permettez-moi de vous serrer amicalement la main en cédant la place et la parole à M. le chevalier de Beaupuy, que j'ai l'honneur de vous présenter »

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