‹ La Vie parisienneChapitre 128 sur 662 · FAUSTINE A LA PORTE-SAINT-MARTIN · texte numérisé non relu

FAUSTINE A LA PORTE-SAINT-MARTIN

En allant à la Porte-Saint-Martin voir Faustine, je n'espérais certes pas passer une soirée des plus gaies; mais j'avais la prétention bien légitime d'y trouver un certain intérêt au point de vue littéraire. On parlait partout de F.auztine comme d'une étude des plus réussies et des plus consciencieuses. Je venais justement de relire l'ouvrage d'Ampère, sur l'ancienne Rome, et je me sentais admirablement disposé à me laisser transporter au temps des Césars et à vivre de leur vie. Eu tout cas, je m'attendais à un drame fortement épicé dont l'héroïne, la lubrique mère de Commode, dépasserait Marguerite de Bourgogne et Lucrèce Borgia. — Pas du tout : on nous a servi une Faustine à l'eau de rose, qui ne se décide à prendre un amant brun que parce qu'elle a un mari blond et malade, et qui s'empresse de le planter là, lorsqu'elle apprend que son blond époux se porte bien, tandis que l'amant brun est fortement avarié. C'est une étude comparée sur le tempérament des bruns et des blonds. — Faustine, d'après M. Bouilhet, n'aime que les hommes d'une bonne constitution, et en cela il reste dans la vérité de l'histoire, car la fille d'Antonin avait un faible marqué pour les gladiateurs. — Elle se lue enfin, — toute bonne tragédie, même en prose, ne peut finir que par un suicide, — sans doute de remords de s'être trompée sur le tempérament des bruns.

Ce dernier tableau est cependant la seule scène vraiment dramatique de toute la pièce ; les huit premiers tableaux ne sont que des espèces de prologues fort ennuyeux, pour en arriver à ce dénouement.

Quant à l'intérêt, au point de vue d'une étude antique, il est complètement nul. Je n'ai rien appris de nouveau, par la pièce de

M. Bouilhet, que ne m'eussent déjà appris les tragédies du Théâtre- Français.

C'est pourtant de la prose ; mais je ne m'en suis pas aperçu lout d'abord. On dirait que la pièce, écrite dans l'origine en vers, sans doute pour l'Odéon, a été, pour l'adapter à la Porte-Saint-Martin, remise en prose en remplaçant la fin des vers par des synonymes ne rimant pas, mais en conservant les césures, les épithètes et les chtvilles. C'est ainsi que Faustine dit en parlant d'elle-même : ma blancrïe main. On dirait qu'on a procédé comme feu d'Arlincourt qui, dit-on. écrivait d'abord ses romans, comme tout le monde, en langue vulgaire, puis les refaisait à l'envers; exemple :

« Non jamais, sur le mont sauvaye, ne se souilla le solitaire d'aucun crime. » 11 y a cependant dans Faustine quelques phrases qui ne sentent pas l'Odéon :

« Allons, mes négresses, coiffez-moi avec vos sala pattes. »

Et plus loin':

« On en sera bientôt réduit à se faire coiffer par des singes. »

Malgré ces phrases ultra- romantique s, rien n'est plus fatigant, pour ne pas dire plus, que ce style sonore et cadencé, comme un hexamètre.

Le seul passage qui puisse mériter le nom d'étude dans toute la pièce de la Porte-Saint-Martin, est la scène du souper, dans le triclinium du traitant Crispinus, — une copie du festin de Trimalcion, — et le mobilier de l'officine de Daphné, la magicienne ; mais tout l'honneur en revient à peu près au décorateur et au metteur en scène. Comme décoration, on a copié la salle à manger de la maison de Diomède à Pompéi. Nous avons vu mieux que cela au palais de cristal de Sydenham, et nous pouvons en voir autant tous les jours avenue Montaigne. >

A la fin du quatrième acte, il y a un fort joli ballet de p>ylles, dont la danse est fort gracieuse, si ce n'est des plus historiques. C'est tout bonnement une danse espagnole, jaleo ou zapateado, avec des serpents en caoutchouc qu'elles agitent sur leurs têtes en guise de castagnettes.

Au fond, en guise de feuxdu Bengale, quelques chandelles romaines pour compléter la couleur locale.

Par exemple, les costumes sont splendides et font le plus grand honneur aux éludes du costumier. Mlle Agar est une très-belle Faustine et porte le pepium d'une façon qui prouve de sa part une étude approfondie de la statuaire. Le premier costume de Marc-Aurèle, tout blanc, rappelle celui du Père Lacordaire et est bien en situation avec les paroles que l'auteur met dans sa bouche, qui sont traduites presque mot à moi des réflexions et des maximes que nous a laissées cet empereur-philosophe.

Quant à la magicienne Daphné, la terrible Locuste, a le profil d'une piqueusede bottines.

En fait de médailles romaines, Laurent et Vannoy ne sont que des monacos.

Cassius, le général égyptien, se basane le visage, et pour compléter son costume, il porte aux jambes un maillot de soie d'une teinte violacée qui eût fait le bonheur de ce pauvre Eugène Delacroix; mais lorsqu'au dernier acte il revient en haillons, presque mourant, il se blanchit la figure comme Debureau et porte celte fois un maillot de coton rose tendre.

Ces malheurs n'avaient point abattu sa lierté, Mais ils avaient singulièrement modifié la couleur de ses mollets.

CHRISTOPHE

CROOUIS SUR i M STI.M:. — (Théâtre de la Povte-Saint-Martin)

Le bruu Cassius. u blond Marc-Aurèle.

LE PARFAIT CUISINIER DRAMATIQUE. - Yi : COMMENT ON FAISAIT UNE PIÈCE POUR LE CIRQDE

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Pour eettefois, qu'on nouspermette de quitta la plume et de ne point j^^? .0^^)^^,3£^^, SÏwS i^M^OT^B'hl^n^^âMW^Ilu^^^î^^ .ujShui au theàti-e. du Chàtelet (ancien Urqu», car .1 a répudié ]»squ à son nom . ) Notre craj on » ulse enarg <•«* n U Kt la bonne cantmière jouflue qui ne pouvait être

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Hélas ! qu'est dtvenu ce brave homme d'Empereur que le Cirque nous'.montrait, prenant autant de prises'que de villes!

Par-ci. par-là, il remportait bien une victoire d'A-usterlitz ou de Marengo, mais sa grande affaire, pendant les cinq actes, était bien plutôt Je déguster le bouillon,

— ou de regarder cuire les pommes de lerre de la Grande- Armée.

h.t le combat du drapeau ! Résistance d'autant plus glorieuse que l'issue de la lutte n'était jamais incertaine. ,

Et la brave cantinière, tout cœur et tout poigne.

Et le gardien du sérail qui ne manquait pas de tomber aux pied j d'une jol e houzarde, aide de camp préféié de Murât.

Et l'attitude ramcante de la perfide Albion, sous les malédictions des quatrièmes loges.

les d de

aluns du fond la cour !

Et le grrrrrand introducteui des ambassadeurs !

Ft au premier son des tambours français dans la coulisse, &vpc quel ensemble l'armée anglo-prusso austro-russe reprenait ses positons habituelles!

Le tout terminé au milieu des flammes de Bengale, par ladércute la plus complète des mannequins ennemis de la France.

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