SONT RESTÉES JUSQU'A LA FIN
Bossini ne peut souffrir M. X..., professeur de chant, qui cependant fait de très-bons élèves, et le traite habituellement de ganache et d'àne bâté. Un jour^ un ami du professeur présente au maestro une jeune cantatrice, en le priant de dire soo avis sur son talent. Après l'avoir entendue, Rossini loue sans restriction, comme c'était justice, et sa voix et sa méthode.
— s Vous voilà pris, dit l'ami, c'est une élève de X...»
— « Quant je vous le disais, repartit Rossini, qu'on ne prend jamais sans vert, il n'y a que les huîtres pour produire des perles. »
Dans un salon, quelqu'un disait l'autre soir :
« Cette pauvre Mme *** ! la vo là veuve ! »
i Qui est donc mort? » dit un imbécile quia beaucoup d'esprit.
M. Théophile Gautier dans son compte rendu de Faustine, dit : «... Dèsles premiers mots, à l'aspect de ces toges blanches largement dra- « pées, à la sonorité de ces beaux noms en us , nous sentîmes une satisfaction » profonde, un délicieux bien-être intellectuel. Nous étions heureux d'échapper » pour toute une soirée aux vulgarités modernes. L'antiquité exerçait sur nous » sa séduction classique, et nous nous abandonnions à ce charme irrésistible. » Notre vieux sang latin, malgré ses anciennes ébullitions romantiques, en cou- » rait plus tapide dans nos veines... » Qui est donc mort à l'Académie?
J'ai toujours éprouvé une profonde pitié pour une classe de livres, dont la critique ne s'occupe jamais, et que le public ne lit pas. Je veux parler des livres qui ne se publient point. Avez-vous remarqué, sur la dernière page des in-octavos et des m-dotize, une collection de titres, précédés de ce mot en vedette :
Sous presse ?
De ces livres annoncés, la plupart n'existeront jamais. Il y en a qui, cités ainsi depuis une éternité, sont déjà, avant leur naissance, oubliés dé leur père et de leur édiicur. Pauvres volumes! ne méritent-ils pas un souvenir ? Je les aime, parce qu'ils sont peut-être les seuls qui n'ont ennuyé personne.
Quinze ans, Victor Hugo n'à-l-il pas annoncé le Qaiquengrogne? Pendant tro:s mois, j'ai vu, sur toutes les couvertures, et jamais ailleurs, v.n nouveau roman de Dumas fris, intiti.lé : la Première. Tous les j-urs, mes yeux sont frappés d une vue semblable. C'est un nouveau roman de Lamartine, un je ne sais quel nom de femme eu A. C'est un dictionnaire des vices, de Stahl. C'est un théâtre de 1 Arioste, de deBelloy. Ce sont tics contes de Neffïzer; c'est un volume de de Wailly. J'attinds (sans impatience, il est vrai) la suite des Mémoires de Sanson. Et je me sens tout navré, quand je songe que tout cela ne paraîtra pas. Pourquoi jeter hors du camp ces vedettes qui n'y rentreront jamais? •
Ces livres resteront ainsi, semblables aux cheveux que m'a donnés ma maîtresse et que j'enduis dans un méiaillon, souvenirs éternels d'un amour qui n'a pas vécu. Si j'avais plus d'espace, je ne sais pourquoi, mais j'aimerais à analyser la Q aquengroyne de Victor Hugo.
Au théâtre, c'est bien pis. Sans parier de l'Africaine, dont ma nourrice entretint mon berceau, j aime à rêver à la Messalins, d'Alexandre Dumas. Je me prends pa.fois de belle passion pour la Salammbô, de Flaubert. Et j'applaudis de tout cœur à la musique de Lara. Car je ne l'entendrai jamais.
On annonce une nouvelle curieuse. Sur tous les murs de Paris sont, en grosses lettres, affichés ces trois mots :