‹ La Vie parisienneChapitre 135 sur 662 · EDMOND ABOUT · texte numérisé non relu

EDMOND ABOUT

CORRESPONDANCE

Mon cher Marcelin,

J'ai lu la lettre de votre abonné, je me déclare complètement convaincu par lui; il m'a prouvé do la façon la plus victorie. se que la province existe, — el même qu'elle déteint.

Mais à vous, et à vos lecteurs, je, liens à expliquer quelle a élé ma pensée lorsque j'ai écrit cette phrase malencontreuse qui a soulevé tant d'orages, car j ai, de mon côté, r'-çu une letire des plus sangla' t'S. Il s'y agit, en effet, d'un meurtre assez habituel en province, je dois en convenir.

Voici l'autographe

« Monsieur Christophe,

« Vous dites que la province n'existe plus! Amère dérision ! Voilà ce qui vient de m'arriver :

» J'habite une ville importante, souî-préfecture, tribunal de première instance, tribunal de commerce, collège, musée, etc. J'ai voulu ces jours ci, malgré un pied de neige, rendre sa visite à Mme la Mairesse.

— » Madame n'y est pas , me répond la bonne, elle est en campagne. »

— » Comment? à la campagne par un temps pareil! »

— » Tiens, on tuait le cochon ; fallait bien que Madame y scyc. »

— » En efftt \ » — c'est la locution de l'endroit — le fond de la langue — et jamais je ne l'ai appliquée avec plus d'à-propos.

n Voilà, monsieur, comme il n'y a plus de province ! » C'est mal de venir ainsi retourner le poignard dans le cœur d'une pauvre Parisienne exilée qui pleure tous les jours son bitume.

» Votre servante infortunée, » cauoline. »

Pardon, chère madame et infortunée Caroline, vous ne m'avez pas compris. Je n'ai nullement voulu dire qu'il n'y a plus de provinciales en province, mais au contraire qu'il y a à Paris autant, et même plus, de provinciales que dans les départements, et qu'en province on trouve autant de Parisiennes qu'à Paris. J'ai simplement protesté contre cette vieille rengaine littéraire qui veut toujours représenter les Parisiennes comme des poupées, et les provinciales seules comme des modèles de toutes les vertus domestiques ; tandis qu'à Paris, on trouve, comme partout, de bonnes et vraies mères de famille qui apprennent le latin pour faire répéter leurs leçons à leurs enfants, qui font des confitures, et vont au marché — tout comme à Sainte-Foy-la-Gaillarde.

A vous, Christophe.

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