VOS DÉFAUTS
On dit que vous êtes frivole, Fantasque, volontaire et folle, Et coquette par dessus tout ; On dit que vous cherchez à plaire, A l'humanité toute entière, Et que vous en venez à bout.
On dit qu'en bijoux, en dentelles, En gants, bonbons et bagatelles, Vous dépensez un argent fou; Qu'en roses pour vos jardinières, En singes, bichons et volières Vous dévoreriez le Pérou.
On dit que votre camériste
Est une industrieuse artiste
qui vous maquille et qui vous peint;
Qui sait bien placer une mouche,
Grandir les yeux, rougir la bouche,
Et mettre de la neige au teint.
On dit qu'elle sue et travaille A vous sangler si bien la taille Qu'on la tienne dans les dix doigts; Et que voire pied s'emprisonne Dans une mule si mignonne Qu'elle étonnerait un chinois.
On dit que votre corselière Conspire avec la couluvière Pour certaine indiscrétion, Et qu'au bal la gent masculine En chœur vous proclame « divine»
— Avec point d'exclamation.
On dit qu'aux heures où l'on cause C'est toujours votre bouche rose Qui dit le mot le plus méchant ; Et que vous avez l'industrie D'éreinter une bonne amie Avec un petit air touchant.
On dit que la Chambre et l'Adresse Vous font horreur, et que la Presse Avec Mousieur de. Girardin Ne parut jamais sur la table, Où, dans un boudoir confortable, Vous déjeunez chaque matin.
Que la conversation roule Toujours chez vous sur une foule De sujets bien peu sérieux; Mais qu'on y drape d'imporlance Tous les chauvins qui sont en France Et les ministres ennuyeux.
On dit que vous ûtes friande,
Un peu bien châtie, un peu gourmande,
Et qu'un doigt de madère vieux,
Avec une truffe en serviette,
Aisément vous monte la tête
Pour écouter un amoureux.
On dit qu'un billet doux vous charme
Et qu'à bien verser une larme
Vous avez exercé vos yeux ;
Qu'il faut voir comme est bien posée
La blanche goutte de rosée
Au bord de vos longs'cils soyeux.
On dit que vous avez, madame,
La voix flûtée à percer l'àme
A certain moment décisif;
Qu'on a vu vos blanches dents mordre,
Et vos bras de marbre se tordre,
Avec un art superlalif.
On dit... mais je ne veux pas croire, Que vous ayez l'âme si noire ; Laissons, laissons parler les sols.
Moi, je vous aime ainsi, Julie, Mais gardez-vous, sur votre vie, De perdre un seul de vos défauts!