‹ La Vie parisienneChapitre 170 sur 662 · THEATRES - I. LE CAPITAINE FANTOME · texte numérisé non relu

THEATRES - I. LE CAPITAINE FANTOME

Encore une chute à la Porte-Saint-Martin; c'est mieux qu'une veste, c'est une redingote à la propriétaire.

La Compagnie nantaise n'est pas heureuse pour ses débuts, car le même soir on ne faisait pas meilleur accueil au Chàtelet h la Jeunesse du roiHenri. Si à la Porte-Saint Mertin on s'est montré parlementaire, cela n'a tenu qu'à la présence de Mélingue qui reste toujours l'idole des galeries supérieures et surtout à Vannoy qui est admirable dans son rôle de Coutard. C'est du reste le seule rôle bien dessiné ; les autres sont à peine esquissés ou ne sont qu'épisodiques. 11 a eu les seuls bonheurs de la soirée et, lor qu'à la fin le rideau s'est relevé pour annoncer les auteurs, le parterre a crié : "Vannoy! Vannoy ! et ce n est qu'en prenant la parole d'autorité que Mélingue a pu proclamer MM. Anicet Bourgeois et Paul Féval. 11 était alors près de deux heures du matin, et depuis sept heures du soir le public était à son poste!

Mmc Doche, dont la réappartitiôn était l'événement de la soirée, n'a pis eu occasion, dans son rôle de mélodrame, do déployer cette distinction de toilettes qui est son principal mérite; il ne s'agissait ici que de lutter de poumons avec Mélingue, < t, pour ma part,. je la lélicile d'avoir échoué.

La pièce est donc tombéeet c'était justice. J'admets parfaitement la convention sciinique sans laquelle le théâtre serait impossible, mais elle a des bornes : il est des invraisemblances telles que, quel'e quo soit la bonne volonté du public, il est bien obligé de protester contre la violence tentée contre son bon sens. Los déguisements surtout sont une ficelle dramatique dont il ne tant user qu'avec beaucoup de ménagements et avec une grande habileté; c'est à l'auteur à savoir les rendre vraisemblables sinon possibles. Le pubbe ne demande pas mieux que de se faire illusion et devient facilement le complice de l'auteur à la condition que celui-ci se donne la peine de le tromper et ne veuille pas lui faire avaler des couleuvres toutes crues ; c'est une question de sauce. Dans le Bossu c'est un Français qui trompe des Français ; il lui suffit de se passer un oreiller sous son justaucorps et le public l'accepte volontiers ainsi. Mais dans le Capitaine fantôme ce sont quatre dragons, dont un Alsacien et un Gascon, ne sachant ni lire ni écrire, qui, en Espagne, pendant la guerre de 1809, trouvent moyen de se déguiser tour à tour en guérilas, on moines mendiants, en alcades, en corrégidors, que sais-je, le tout sans éveiller un seul soupçon ! Quelques-unes de ces scènes de travestissement auraient été à peine supportées aux Bouffes. C'est vraiment par trop compter sur la complaisance du public ! Le capitaine Fantôme tue à lui seul je ne sais combien de brigands, démolit des cheminéss d'un revers de son sabre, et avec ses quatre dragons taille en pièces des corps d'armée out en tiers. Et quel cheval que le sien! Soixante lieues pour aller et autant pour revenir en quelques heures et sans débrider en pleine canicule ! Il a raison de dire qu'il se connaît en chevau.\; Black Bess la jument de Jack Scheppard, qui galopa, dit-on, d'une traite de Londres à York n'était rien en comparaison. Je sais bien que rien n'est impossible à Mélingue à la Porte-Saint-Martin, mais encore faut-il y mettte un peu de pudeur.

Je ne dirai rien de l'intrigue; aussi bien n'y ai je pas compris grand' chose, et il me serait impossible de la raconter. L'action principale, c'est-à-dire la transformation du capitiine César de Cabanil en fantôme, ne commence qu'au cinquième acte ou tableau, — tout le reste n'est qu'un long prologue — et de nouveaux personnages paraissent en scène. — 11 était alors onze heures et demie ! — A partir de là ce n'est plus une œuvre littéraire, c'est un mélodrame de l'ancien Cirque avec ses bons petits combats où les Français sont toujours vainqueurs et ne perdent jamais un seul homme.

Le dinoûment se passe sur un lac ou plutôt sur un fleuve débordé.

Un fleuve débordé en pleine Castille, la veille de la bataille de Ta-

lavera, au mois de juillet! Qu'en dites-vous? — Mélingue et ses quatre dragons attaquent à la nage et prennent à l'abordage le vaisseau de Yinfdme ravisseur et délivrent l'infortunée Lilia?. Vivo Mélingue! "Vive le 8° dragons !

On espérait à chaque tableau le ballet de rigueur, cacliucha ou gallegada, avec les brunes gitanas, les majos en guêtres de cuir jaune et l'accompagnement de castagnettes et de tambourins; mais la Compagnie nantaise commence son petit commerce : elle n'a sans doute qu'un seul corps de ballet et il était employé au Ghàtelet à danser la pavane. En revanche, la mer du Naufrage de la Méduse et le vaisseau àa Fils de la nuit étaient disponibles et on les a employés à la Porte-

Saint-Martin. La prochaine fois nous y verrons probablement les trucs à'Vladin, et à la Gaîté on trouvera moyen d'utiliser le Triclinium de Fausiine.

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