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LE COMTE DE SAULLES A L'AMBIGU

Avant de parler rie Frederick Lemaître, qui est à lui seul toute la pièce, essayons de donner une analvse sommaire du drame de M. Plouvier dont les principales scènes sont reproduites à la page précédente.

Il était uns fois un mari, une femme et un amant — la trilogie consacrée pour tout drame intime du théâtre de l'Ambigu. A eux trois, ils ont fait un enfant. Le mari étant mort, l'amant a épousé la veuve, et l'enfant, devenu homme, se met à délester son bea1 -père , qui avait négligé d'être son parrain — pour ne pas cumuler sans doute. Tout le monde sait parfaitement à quoi s'en tenir sur ce chapitre-là, excepté le jeune homme qui a encore tous ses che eux, c'est-à-dire ses illusions II y a cependant du substitut dans ce jeune avocat. Il hait donc son beau-père et refuse les présents d'Artaxerces sous la forme d'une dot qui lui permettrait d'épouser la jeune Marine, fille et petitefille de la raison sociale, Chaumont-Lacarrière. Celte haine de l'enfant empoisonne le bonheur de papa et de maman. Rien n'était plus facile, direz-vous, que d'en finir en lui disant tout bonnement c^ qui en est dès le premier acte, mais alors plus de drame, plu- de Frédérick- Lemaître, dont tout le rôle pivote sur cette situation d'un père qui se voit haï par son fils et n'ose lui avouer la vérité, de peur de le forcer à rougir de sa mère. — La pièce pourrait s appeler : Faute de s entendre. — Le fils finit e fin par comprendre ; il accepte la dot, épouse l'héritière des Chaunwnt. — Lacarrière et Frédérick les bénit, comme lui seul sait bénir. Ajoutez à cela un m 'telot, vrai mrkftsh, retour de Terre- Neuve (Boutin), qui éclaire le jeune homme, sans le savoir ni le vouloir, et un jeune médecin (Castellano) qui porte des lunettes bleues et fait semblant de 'priser pour arriver à attraper des clients que ses trente ans et ses yeux fendus effaroucheraient.

Tout cela n'est pas bien fort. Mais que Frédérick est beau! Qu il est grand, qu'il est puissant! plus puissant peut-être qu'nd il se tait que quand il parie. Lorsque son fils l'accable de sa haine et de son mépris, il souffre le martyre, son coeur est ptès d'éclater dans sa poitriae, mais en même temps comme il aime et admire; jusque dans ses colères, ce fils qui le méconnaît, et accepte, comme une justi e et une expiation, ses reproches et ses injures. Et lorsque son fils sort et le laisse à son désespoir, il ne trouve à dire que ces mots :

« Il est beau, mon fils; il est grand, il est fier ! »

Rien ne peut rendre le geste de Frédérick en disant ces mots ; on sent que malgré sa douleur immense, il est fier lui-même d'avoir un tel fils !

Jamais peut-être il n'a été plus admirable; jamais il n'a été aussi complet et aussi soutenu que. dans cette création. Je ne sais si la présence de son fils lui imposait et le maintenait, mais il semblait vouloir lui donner une leçon. Plus de cascades, plus d'excentricités : il joue avec tout le fini du Théâtre-Français et toute la passion du drame. Il un bout à l'autre de son rôle il est digne, noble et pathétique; c'est bien là un grand seigneur de la vieille roche et un amiral qui a gagné ses épaulettes et ses croix à la pointe de son épée. Cependant l'uniforme ne lui va pas bien et lorsqu'il est en grand costume, son chapeau à plumes sur la tête, il nous a rapp-lé, malgré nous, Vautrin , mais cela n'a duré qu'un instant eùe grand seigneur a reparu bien vite. Il n'à pu s'empêcher non plus de recourir à son effet habituel d'arracher sa cravate et de montrer son gilet .te fiant lie, mais cette fois-ci c'était bien situation : M. Tardieu a démontré, dans le procès Armand, qu'en certaines circonstances un lien autour du col, quelque lâche qu'il fût, pouvait amener la suffocation.

Et le public, comme il l'applaudissait et rappelait frénétiquement à chaque acte à chaque scène! Dès qu'il paraissait, un sdence religieux se taisait dans la salie, comme lorsqu'aulrefois M. Tuiers montait à la tiibune, et l'on semblait lui dire : « Va. vieux lion, rugis aussi bas que tu voudras, nous ne perdrons pas une note de tes rugiss- ments ! »

Oueile soirée ! quel acteur ! quel public !

Son fils a su se faire applaudir à côté de lui; c'est le plus grand éloge qu'on

puisse lui faire. ,

Malgré sot on cherchait, auprès de Frederick Mme Dorval ; il n y avait que

Mlle Lemerle! Faites des chapeaux, Mlle Lemeile.

CHRISTOPHE

C ft« ES'SES As SORTI Eh |

•wwgj REVISION DE LA CARTE DE TENDRE c&J^r

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11 vous est arrivé peut-être d'avoir ri

En lisant les anciens romans de Seudéri ;

En suivant du regard, sans les pouvoir comprendre,

Les sinuosités des trot; fleuves de Tendre.

Et vous vous demandiez comment il se faisait

Qu'à tous ces jeux d'esprit jadis on se plaisait.

Ali! c'est qu'il est bien loin.ee siècledes marquises,

Où l'amour s'entourait de cent choses exquises;

Où, si l'on raflinait un peu le sentiment,

Le cœur y retrouvait son compte, assurément.

Si l'on voulait réfrfi e aujourd'hui cette carte,

Si l'amour existant nous donnait une charte,

Au lieu de ces pays, billets-doux, pet ts-soins,

Au li u de francs plo sirs qui coûtaient beaucoup

L'on feraiteum lieud'un royaumefrivole (moins,

Couler et déborder le fleuve du Pactole;

Les arbres porteraient dans les bosquets ombreux

En guise de rameaux, des billet; gravés, bleus.

L'amour a pris patente et s'est mis en boutique;

En gros comineen détail, h toutvendre il s'applique;

Et, la passion mo te, il reste le marché.

Le plaisir, dans la buiie, est chaque nuit couché,

Et lorsque Roméo quiUe sa Juliette,

Elle ne lui dît plus ; — « Ce n'es, pas l'alouette

» Qui chante, o doux ami! mais c'est le rossignol

r> Caché dans Us massifs du jasmin espagnol. . . »

Non! la main étendue elle murmure : — a Paie,

» Trois baisers ;c!nq centsfraucs, plusleporte-nion-

La langue de l'amour et celle des voleur» (noie.»

Ont leur argot à port, et d'égales valeurs.

Le coquin vous dérobe une assez ronde somme.

La courtisane veut plus encore, ô jeune homme! Avec les revenus elle prend chaque jour Un peu de ta croyance en Dieu, comme en l'amour. Et tu vas tout jeter dans ce gouffre de fange Sans jamais recevoir le bonheur échange, Et sachant que souvent la porte du boudoir S'ouvre au garçon coiffeur, lorsque lu pars le ?oir. De quoi vous servent doi.c votre haute naissance, Votre mâle beauté, toute cette puissance De l'ardente jeunesse et d ■ la volupté, Si pour vou le ploi ir à toute heu e est et Hé ! Quand vous parlez tendreté, on vous répo d facture] C'est l'argent à la main qu'on défait la ceinture Des filles de Bréda dout le corp; à l'encan Aurait été jadis fl.Hri par le carcan. (claves Pour èlre, aux yeux de tous, non maîtres, niais > s- Vous n'avez pasbeso n de vos doux yeux de Slaves, D'avoir sur votr joue un ardent duvet blond, Tant de noLle fierté, ni tant de grâce au front; Fussiez -vous laids, hideux, et tout rongés d'ulcères. Leur am.mrs u'e.i seront ni plus ni moins sincères, Si vous pouvez so'.der avec de lourds bijouv. Lhs semblants de plaisir qu ; l'on prend avec vous. Vous ne savez dune pas ce que valent les âmes, Dan* quel foyer divin s'ulimente.it leurs flammes, Pour vous jeter ain i, sans peur et sans mépris, Dans les bras dévorants de ces fol es houris. Encor, si leur esprit brillant de fanta sie Rappelait aujourd'hui le siècle dAspasie; Si chacune était belle et faisait de bons mots ; Si leur vice empruntait le charme de Lenclos ;

Mais noo. rien ! leur esprit est une outre vidée

Queue remplit jamais le douv vin de l'idée.

A table, leur gaTté se borne à rire hau ,

A railler quelquefois les femmes comme il faut ;

A crier, d'une voix par l'orgie enrouée,

Des chansons dont frémit la pud ur bafouée.

Et pour accomragier ce brillint bacchanal,

A briser au dessert les verres de cristal.

On dit que tout progresse! et cependmt, je pense

Que l'amour s'amoindrit et tombe en décadence ;

1,,? matérinl sine a tué dans les cœurs

Ce qui les faisaient grand;, géaéreux et vainqueurs.

La femme, lente, nent a perdu son empire;

Contre elle, chaquj jour, tout se dress-e et conspire :

Le cigare, le. sp irt, la bourse et les chevaux.

Après de lourds plaisirs, d'inutiles travaux !

Les hommes d'aujourd'hui, s..ns respecter personne.

Veulent dans les bou loirs faire le V onsonne

Et repo er leurs pieds, non plus sur les chenets.

Mais sur la ch. aminée aux magots japonais.

N'aimant plus à causer, et ne sachant rien dire,

Ils veulent auprès d'eux qu lqu'un qui veuille lire.

Chanter, me n : au bisoin improviser pour eux

Des po=es de pl istique et des pas has irdeux;

Et la fjmme, la vraie et noble et cluste femme.

Sur ses tré,ors enfouis doit refermer son âme.

Et dire, en regardant les pastels da Lalour :

Prenons le deuil du dieu qui s'appelait l'Amour.

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