RAOUL DE N
AÏ
Encore une supériorité que les Anglais ont sur nousl C'est en parcourant le Field nue j'ai fait cftte dérouverle'. La Grande-Bretasrne a des concours de pécheurs à la ligne... et n'allez pas croire que ce soit une plaisanterie! En dehors du Punch : tout est sérieux île l'autre cote de la Manche. Ceci posé, je traduis la prose de H. Bucklaml,
tils du célèbre naturaliste. ce-
pendant une promenade dans les rues de Knaresborough, je vis collée contre les vitres d'une boutique une affiche annonçant aux passants que l'Associalion des pêcheurs à la ligne de Thirsh Marbras? Vale tiendrait son concours annuel de pèche à la l'gne dans la rivière Swale, le mardi 22 septembre. Selon le règlement, les pêcheurs ne devaient avoir qu'une li^rne amorcée d'un seul hameçon, et ne pouvaient sous aucun prétexte se faire aider soit pour amorcer leur ligne, soit pour an ener à terre leurs captures. Les places devaient être tirées au sort, et personne ne pouvait monter sa ligne avant qu'un coup de pistolet n'en ait donné le signal.
Désireux de prendre part à cette réjouissance tique, où moyennant deux shellings on me remit une entrée, et le lendemain malin je me rendis au chemin de fer où je trouvai réunis une trentaine de joyeux compagnons de pêche, et quelques instants
entrai dans la bou-
le train nous emportait vers Skipton-sur-NVale où devait avoir lieu le concours. .
A peine étions-nous descendus de wagon que la pluie se mit a tomber e' de la bonne manière. Rien de plus comique à voir que les différents costumes aqualiques dont se revêtirent instantanément mes compagnons d'iofortune.
J'avais emporlé tons les ingrédients nécessaires, canne à pêche, plombs à ligne, hameçons, etc., elc. Cependant tout cela n'était rien à côté de l'atlirail de mon voisin M. Houseman qui, lui etson bagage, pesaient plus de 200 kilos, comme nous le vérifiâmes le soir sur les balances du chemin de fer. Pour être juste, il faut cependant retrancher de ce chiffre le poids du poisson qu'il avait pris et qui pesait au moins bois cnces. ,
Au pont de Shkipton, nous nous trouvâmes face a lace avec une armée de pêcheurs venus de Vorh leeds, Thirsh, Ilampswacle, Borobnd<*e, Hainsborough, Tbornton le moore, Shefrield, London, etc. Le rendez-vous général nous fut indiqué par une vieille femme : « Tenez, dit-elle, c'est là où vous voyez cette foule devant l'auberge. » Et cerles c'était une foule ; la pelile auberge ressemblait a une ruche entourée d'abeilles monstrueuses, qui toutes auraient eu des parapluies pour ailes. A l'intérieur de l'auberge on tirait les places au sort : les numéros étaient placés dans un pot à bière. Ayant fini par prendre le mien, je me dirigeai vers la rivière; tout le long de a rive on avait placé, de vingt en vingt mètres, des poteaux blancs numérolés. Bientôt chacun se rendit à la place qui lui été échue, et orsqu'à orze heures le coup de pistolet se fit entendre, vous auriez pu voir une longue ligne de cent trente-cinq pêcheurs s'etendant sur uno longueur de près de trois kilomètres, formant ^ de petites masses noires également espacées, au-dessus desquelles S élevait une pelile colonne de fumée bleuâtre produite par la pipe ou le cigare du concurrent. . , ,,
Enfin boumm 1 Le signal est donné et aussitôt comme autant d escargots déroulant leurs cornes(les parapluies sous lesquels nous étions accroupis figurant à merveille les coquilles) chacun étendit sa ligne sur l'eau 11 y avait quelques places excellentes, mais d autres assez mauvaises Un de mes amis se trouva placé au milieu d un buisson de saules par-dessus les branches desquels il lui élait impossible de voir ni de pêcher. M. Houseman tomba sur un fond qui n avait pas un pied de profondeur et qui était rempli d'herbe» inexlucables. Un grand silence se fit dès que l'on commença a pêche parut sur l'autre rive un garde chasse et son chun. Je ne sais si en apercevant cette longue file de pêcheurs semblables à des hérons le fusil ne tomba pas des mains du premier tant son e tonnement fut granL mais je suis certain que le chien se sauva en hurlant,la queue entre les jambes.
J'avais une place excellente, mais ma ligne s'embarrassa dans une branche d'arbre et le bruit que je fis en la dégageant mit le poisson en fuite. Je m'en consolai en voyant que mon voisin de droite ainsi que mon voisin do gauche n'étaient pas plus heureux.
On n'avait pas dit un mot depu s une heure, lorsque M. Houseman s'écria: Tommy Parsee ! or, Tommy Parsee veut dire un tout petit poisson, et c'est le cri de guerre des pêcheurs du Yorskire qui n'ont rien pris. L'exclamation de M. Houseman fut répétée par son voisin, et bientôt par tout le reste de la ligne.
Cependant au bout d'un instant j'eus la chance de prendre une ablette, puis une seconde, ce que voyant, mon voisin m'avertit, en me lançant un regard de tigre, que j'élais sûr d'avoir un prix vu qu'au dernier concours on en avait donné un pour un poisson d'une once.
Ce que sach nt, je me mis à me promener le long de la rve pour voir ce qui sepassaii. — Je rencontrai d'abord le v eil ivrognede Skipton, qui cherchait vainement sa place depuis le début du concours, demandant à tout le monde où se trouvait le numéro 24, et s'embarrassant les jambes dans une immense puisette qui finit par le faire rouler à terre comme un lièvre frappé à la tête.
Le coup de pistolet du soir vint annoncer la fin de la lutte, on procéda au pesage du poisson.
Ainsi se termina celte lutte mémorable où, en résumé, le prix qui auraii eu le plus de concurrents, eût été celui destiné aux pêcheurs qui n'avaient rien pris. On fit, séance tenante, la distribution des prix, et je profitai du silence provoqué par cette solennité pour placer un discours*ur la pisciculture, qui procurera sans douteun jour auxmembres de 1 Association de Thirth-Manbray-Vale des captures dignes de leur zèle.
1" Prix, une coupe en argent. — 2e, Service à thé. — 3°, Un miroir. 4e, Une Bouilloire à thé.— 5e, Un fromage d'honneur —6% Brosse à cheveux et peigne.— 7'', Une paire de bottines de dame. — Kc, Une Bible. — 9e, Un gilet.— 10e, Un pot a tabac (gagné par M. Buckland, auteur de l'article).