‹ La Vie parisienneChapitre 199 sur 662 · GEORGES G · texte numérisé non relu

GEORGES G

CHOSES ET AUTRES

Ètes-vous comme moi? Vous est-il possible de bien juger une pièce aux premières représentations, au milieu des partis pris des amis ou des ennemis de l'auteur? Pour moi, je ne le puis, et je suis forcé de prendre le temps d'oublier jusqu'aux comptes rendus des feuilletons, avant de pouvoir aller voir une pièce et en jouir véritablement.

Je suis donc allé au Gymnase hier pour la première fois, et, en toute sincérité j'ai été ravi, ni plus ni moins qu'à la D«me aux Camélias. Je ne sais si la pièce est bien ou mal faite, si l»s entrées et sorties, habilement combinées, concourent à un intérêt toujours croissant, si les effets sont ménagés de façon à couper la respiration et à t>rer les larmes des yeux. Ce que je sais, c'est que chaque détail est fin, juste et vrai, que pas un de ces mots qui éclatent en effet comme des fusées, n'exprime une idée mordante, profonde ou délicate. — Il est possible que le caractère de la j»une comtesse soit une étude trop fine pour être mise en scène ; — il faut croire que cela est, puisque certains s'en plaignent. Moi, je la trouve vivante, adorable, cette délicieuse femme. On le sent palpiter, ce grand petit cœur si fier, si passionné, si sainlement vertueux dans sa dépravation apparente. — Tout cela est une affaire de nuances, de délicatesses. — Je remercie l'auteur de me laisser foui. 1er dans ce cœur tout chaud, et je jouis délicieusement en égrenant le chapelet de ces mille pierreries. On a dit que cette pièce était un feu d'artifice, — c'est injuste. — Les fusées éclatent, brillent et disparaissent. L»s mots de Dumas éclatent, brillent aussi, mais ne s'effacent ni du cœur, ni de l'esprit. On aime à y repenser, à les examiner à loisir. Je trouve que les acteurs parlent trop" vile; on n'a pas le temps de digérer chaque mot comme il conviendrait. — et je me promets un véritable plaisir à relire lentement l'Ami des femmes.

Les pièces qu'après la représentation on désire relire sont les bonnes.

Dans la vie, me disait une jolie femme qui se pique de quelque philosophie, la grande difficulté est de savoir s'arranger. — Chagrins et plaisirs sor.t mesurés à chacun en quantités égales. Nous naissons tous avec un petit pot de blanc et un petit pot de noir. Il y a des gens qui mélangent le tout et en font une grande teinte grise, écœurante dont ils barbouillent leur exisience. D'autres "étalent le blanc et le noir en bandes égales et régulières. Enfin, les plus malins dessinent tantôt avec un pinceau, tantôt avec l'autre de capricieuses arabesques.

Je fais ainsi, et je m'en trouve bien.

M. R., qui fut un sculpteur connu, enseignait son art avec onction et conscience. Mon cher, disait-il souvent, la conscience avant tout; c'est à elle que je dois tous mes succès. Voyez mon Alcibiade, qui eit là dans le coin (et il tirait un rideau). Lh bien, j'ai commencé par modeler le crâne avec toute l'exactitude possible, puis j'ai exécuté par-dessus le cuir chevelu, puis encore par-dessus j'ai modelé les cheveux et enfin j'ai exécuté le casque (et il laissait tomber le rideau). S'agissait-il d'un bras, d'une main ou d'une jambe, c'est encore l'Alcibiade qu'if donnait pour modèle. Cet Alcibiade, c'éiait son chefd'œuvre, sa vie, sa carrière, son idéal.

Quand il mourut, — que ne puis-je citer son nom, — l'Alcibiade fut vendu aux enchères. — 40 sous, dit quelqu'un; — 3 francs, dit un autre. — Allons, messieurs, une statue terminée. — i francs, — 5 francs, — 6 francs. -• Un

Auvergnat se tâtait le menton depuis un instant... Bast! s'écrie-t-il, c'hest un coup "de chance, c'hest un coup de commerce; j'en donne 7 francs; il y a peut être du fer dedans.

La statue payer, il la fait voler en morceaux : il n'y avait pas de fer dedans!

Dimanche dernier, une révolution a eu lien à Paris. Rassurez vous, il ne s'agissait de rien moins que de politique. Pour la troisième fois, la montgolfière C Aigle avait failli partir.

La population exaspérée s'est livrée aux deraiers excès. On a casse trois bancs et on s'est porté en tumulte chez MM. Godard, pour leur demander une montgolfière qui s'élevât véritablement... ou la vie.

Ces industriels, n'ayant pu promettre que la vie, ont dû s'en référer à M. le commissaire de police. Celui-ci a l'ait entendre raison à la foule qui a fini par comprendre que les montgolfières ne sont nullement destinées à s'élever, et que, depuis l'accident de Nadar, on a donné ordre aux aéronautes de ne plus grimper dans leurs nacel'es qu'après a^oir solidement attaché le ballon.

La multitude s'est retirée avec recueillement. A l'heure où j'écris, l'ordre règne sur la place des Invalides.

Le roi Radama a reparu à Madagascar. Le temps pendant lequel il devait rester étranglé n'ayant été fixé qu'à six mois, il a repris possession de son trône le 8 mars.

M. Mathieu de la Drôme, se croyant aussi le droit de ressusciter, annonce de violentes gelées pour le mois de mai dans les pays qui y seront exposés (sic). — Cette annonce prouve que les lauriers de Mathieu Laensberg empêchent son homonyme de dormir.

La ville de Dinan possédait un manuscrit très-curieux : lus Chevaliers de la table ronde. Elle vient de 1 échanger pour la collection du Moniteur. Noble ville de Dinan! — En apprenant ce fait, M. Gagne, auteur de FUnitéide, a pleuré de joie.

On sait 'que M. Gagne, auteur de VUnitèide, demande au Sénat la suppression de tous les journaux, moins le Moniteur.

Je demande qu'on nomme M. Gagne, auteur de l'Unitéide, maire de la ville de Dinan.

Succès littéraire à l'Ambigu. Quand nous serons à deux, nous ferons une croix.

Un nouveau livre de Victor Hugo va paraître. Nous l'examinerons plus à loisir. En attendant, comme il nous a été donné d'en parcourir les pages, nous confions au lecteur l'idée généralrice de l'œuvre.

Le pcëte intitule son livre : A propos de Shakespeare. Il a raison. C'est, en effet, à propos de Shak«peare que Victor Hugo constate la présence d'un génie créateur à l'ouverture de toute époque nouvelle. Il y a, ajoute-t-il, un inonde nouveau formé par la Rêvo'ution française; ce monde a son génie créateur. Quel est-il? Il.sous-entend : moi.

Ce moi, sous-entendu, est tout le livre.

Les journaux anglais nous apportent des extraits d'un journal, écrit par les ambassadeurs Ja'ponriais, et relatant leurs impressions de voyage en Occident. 11 a paru à Yeddo, à la librairie Pou-Yah. La Vie Parisienne comptant plusieurs abonnés au Japon qu'il me soit permis de les prévenir coutre ce qu i! y a d'erroné dans ce journal

Les vo\aaeups sont tous gascons.

Les honorables ambassadeurs prétendent qu'en Europe on ne témoigne pas plus d'égards au souverain qu'aux personnes d'un rang ordinaire. C'est une erreur; tôut le monde sait qu'on leur en témoigne beaucoup moins. Le premier privilège d'un citoyen libre consiste à ne pas saluer son prince, quand à son botiier, c'est autre chose. Ce dernier le ferait entrer dans la garde nationale.

Ils disent que les hommes sont fiers. Ils n'auront vu que des garçons de cafe ou des garçons de bureau.

Ils soutiennent que nos marchands sont peu affables, le mot est doux. Les Japonais auraient dû dire qu'en France, ce n'est pas le marchand qui cherche à vendre à l'acheteur, il faut que ce dernier fasse une cour assidue et descende jusqu'aux dernières bassesses, pour qu'on daigne accepter son argent, en échange d'un objet qui n'en vaut pas la moitié.

Exiger que toute journée de courses soit un spectacle de premier ordre est une injustice absolue. — Longchamps est la Comédie-Française dt-s pièces hippiques. — Pièces et comédiens peuvent être médiocres, et mieux vaut constater sincèrement cet incident que de le défigurer par des compliments maladroits.

La premièe journée de printemps pourrait se résumer télégraphiquemeut par cette formu'e : temps couvât, — (ourses faibles, — chevaux médiocres, — todetics élégantes, — Soumise remarquable.

Je n'ai pas attendu cette victoire facile pour proclamer et prévoir ce que vaut Soumise. Au mois de septembre, à Bade, j'ai constaté sa victoire en indiquant sou avenir. — Je répèle donc qu'elle a dix victoires sous ses sabots. — Nonhampton a été sa deuxième étape. Le prix spécial compte pour sa troisième victoire.

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