‹ La Vie parisienneChapitre 256 sur 662 · S DU SALON DE · texte numérisé non relu

S DU SALON DE

lii d'eux était. écrit 181 1 et je rougis de honte en soni le les p;iges les plus dramatiques île notre histoire se

r.lent maintenant pir la mise e.i scène de vêlements fripés cherche et rte chevaux boiteux (6). Autour de cet ét'at- !» cirque olympique se ruait une foule de mannequins ■ de costumes princiers. Je reconnus dans la foui-) toute i de Louis XIV, noyée dans les ruba>s et les perruques;

nus boutique tout entière du costumier Babin et là lt du Théâtre- Français sur les épaules de poupées de •' 5). D« fantômes de tous les pays et de toutes les épo- ' ayant de réel que leurs habits, passèrent comme un M poussant d'affreux cris, et, pour compléter cette avant-

garde de )n. triperie artistique, une bande d'agités échoppés de Bicêlre et déguisé; en Egyptiens hurlaient en gesticulant : Vive ta liberté ! jtturl aux propriétaires!

C'en était trop; j'allais éclater et la lame de mon épée sortai1 déjà du fourreau, lorsque M. Hesse, retenant mon bras, me murmura aux oreilles :

— Courage! ami, imite mon exemple... cherche le calme du présent dans la grandeur de ton passé.

A ce moment, le vacirme devint intolérable; ies tambours de la réclame envahissaient la salle. Je me souvins, malgré moi, du cortège du bœuf gras.

Dans cette foule, je vis confusément ces messieurs de la L-çon d'amtomie (S) et bis héros qui figurent dans l' Hommage à pU-tcrbix '(7j; puis le buste du roi d'Araucanie eu marchand de crayon (9), puis le Mexicain de Romance, de M. Janet-Lange (10); un Egyptien, tout à fait de la décadence, de M. Taldéma (M), la Lionne qui ressemble à ma tante, de M. Caïo (12); la Femme dans le macadnm, de M.,Feyen (13); le Polichinelle en bois;Ae M. Lambron (14). VEcorçhé en croix, au sujet duquel M. Chesneau, du Constitutionnel, taille déjà sa doctorale plume d'oie et prépare uu article pour faire pendant à la béatification de l'Œdipe-Moreau J en vis encore et par douzaines...

21 nihi 1864.

Un troisième bataillon venait ensuite. V Aimée, de M. Gérome (16), portant un drapeau sur lequel était écrit en lettres d'or : Liberté de la boucherie! marchait en tè'e et marquait le pas en agitant les hanches. La Cuisinière qui se peigne (18), placée en serre-fille, avait peine à contenir cet amas de nudités dont les provoquants regards me troublèrent à un point que je ne saurais dire. Citer les noms de toutes ces filles perdues qui souillèrent notre enceinte est une tâche au-dessus de mes forces. Qu'il me suffise de dire qu'à partir du n° 24, je ne distinguai plus que l' Odalisque à ta pipe, la Cleopdire ou le Ma nequind perfectionné, la Femme ou la Vérité sur les cervelas, la Pandore oii la Boite à musique (21), les deux Gigots pas cuits, de M. Riesener, et l'Eve aux cheveux jaunes. Puis après, au milieu du désordre, je distinguai une bannière sur laquelle je lus : Les Saneuis [du parti iiris. Dans cette bande marchaient en première ligne les Femmes, de M. Puvis de Chavannes; la jolie Minerve archaïque, dont le casque soulève tant de discussions à la section des inscriptions; la Fortune, café au lait, sur chamois pâle, le portrait du Phoque né sans bras, en habit d'académicien, par M. Gérome ; l'Aialante, de M. Bin, et une foule d'autres pinces-sans-rire dont la gravité farouche fit presque naître un sourire sur mes lèvres pâlies.

Plusieurs autres drapeaux se succédèrent; sur l'un d'eux ou lisait ces mots : Le Club de la douche. Les tableaux de M. Etex, la jeune Fille au mouton, effet d'aquarium ; la Femme construite au béton; le Veau, de M. Millet; l'Invalide dans la neige et beaucoup d'autres s'abritaient sous cette bannière.

Mais la confusion devenait telle, le tumulte était si grand que je sentis mes yeux s'obscurcir et mes forces m'abandonner. C'est à peine s'il me fut possible de distinguer, grâce à l'excellent lorgnon que M. Hesse voulut bien me prêter les inscriptions au bout de piques ; sur 1 une, il y avait Les Réalistes ou le beau dans le laid. — Vive Barbes! A bas l Institut! Sur une autre : Club de la forte pâle. — A bas la ligne ! Sur une troisième, je lus : Les Frères ûu rachat de l'âme, etc., etc.

Vers le numéro 36, je revins un peu à moi en contemplant le joli petit Arabe aux oiseaux de Giraud , ce qui me donna la force de distinguer ensuite un des Espagnols qui tuent des rats à la lance, de M. Manet (37); puis le portrait de monseigneur Chose (38) ; le joli chasseur aux yeux fendus eu lorynon (39) ; le Chinois d'éventail, de M. de la Marre (40); puis pas assez de corset et trop de gants, ou une jolie femme de la visite chez David (4); puis les naïves coiffures du Baptême (42) ; Us deux gendarmes, un vilain dimanche, pas par iNadaud (43); puis la Vénus qui cherche l'embouchure, le Christ aux olives de Lazerges, (45) ; la Pénélope aux lieux qui l'ont vu naître, de M. Cambon (46); l'Amour chatouilleur (47 » ; le portrait de mademoiselle Anna D. (48) ; /a Maruichère de Villa (49) ; le Breton de Leleux (50) ; mon ami Pierrot, de Monginot (51); l'Orpkée trop long de M. Briguiboul (52); v'ia i rétameur, de M. Ribot (53); le Dompteur de loup empaillés, de M. Bryon (54)'; le Vainqueur du coq (55) ; Pyymalion (S6) , enseigue du magasin de nouveautés de M. Stulcheoberger; un Vénitien de la rue Saint Marc (47) ; ['Hidalgo fruitier (58) ; la Jeune Mère apprenant à son lils à rr.ettre les doigts dans son nez, de M. Bouguereau (01) ; ia Psyché qui regarde s'il pleut, de M. Prouba (62); Dauhuis et Chioé, ou si jeunesse pouvait (63); le Tambour du Cirque ou le tableau de la fin, par Dunwesq(64); Une nourrice choisie par Marsclial (65) ; Vitellutius, par Preault ^66) ; le Marchand de peau de lapin, (68); Saint Chnvin, martyr (69); Louis XTVetsa première pane de boites, par De Courcy (70) ; le Petit satyre et son ami l'ours (83) ; Madame la Dauphine, ou la femme du Dauphin (75) , Un péti chou, c'âit voupia, de M. Bonnat (76 ; un académicien (78); Sainte Elisabeth, traduite en allemand (79) ; la femme vêtue d'une guiturre (81); Monsieur le comte et madame la comtesse, ou la Fortune du pot, par Lehman (82).

Enfin, a la suite de ce défilé sauvage, derrière cette troupe de gens en démence se ruait en poussant desvociférations atroces, la vile populace des damnés. Horreur ! Leurs yeux lançaient des éclairs, et de leur bouche sortait une écume blanchâtre qui me lit frissonner. Je reconnus bleu vite dans ce flot d'ensorcelés les admis non admissibles exposés au Salon ; j'entends les refusés.

Une grande bannière les précédait, où se trouvait inscrit leur chant de guerre; derrière on distinguait la Belle polonaise, te Page, l'Amour en saucisse, te Garde champêtre, Une visite de Leurs Majestés, le Moise-Pinel, et quelques Chevaux-Brivet, en tout quatre-vingt-treze horreurs H!... Je n'en pus voir davantage, mes yeux se termèrent et je sentis que je m'évanouissais.

Lorsque je recouvrai mes sens, le calme s'était rétabli et je ne retrouvai point trace de toutes les horreurs qui venaient se passer sous mes yeux. M. Signol, toujours à la tribune, buvait un verre d'eau au milieu des applaudissements.

— Vous venez de faire un fameux somme, me dit mon voisin en me touchant l'épaule. — J'en suis fâché pour vous, car M. Signol a été d'une éloquence 1

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