SUR LES CHEVAUX DE COURSE
On a remarqué que les meilleurs chevaux de course sont usés lorsqu'ils ont atteint leur quatrième aimée; si nous parcourons la liste des anciens vainqueurs du Derbv, nous trouvons qa'Andovcr, Wild Daijrell, Ellington, Beodsman, Musjid, Kettledrwn et Caractacus n'ont plus jamais paru sur le turf comme chevaux âgés de quatre ans, tant ils avaient été surmenés aux courses précédentes. Le fameux lilink Bonnij, réengagé comme cheval de quatre ans, fut honteusement battu ; et Macaroni, le vainqueur du Derby en 1803, est dans un si piteux é'at, qu'il ne pourra probablement plus jamais courir.
La seule exception est Thormanby, qui fut une merveille de son temps; il courut à deux ans, gagna le Derby à trois ans, et à quatre ans gagna la coupe d'Ascott. Un cheval véritablement bon n'a pas grande valeur aux yeux des parieurs dès qu'il a dépassé l'âge de trois ans; son allure est commune, il ne lui reste plus rien à faire qu'à gagner, s'il le peut, un plat d'argent; les paris sont insuffisants; bref, fon propriétaire dépense beaucoup de banknotes qui ne lui rapportent aucun bénéfice; or, on ne s'occupe de nos jours qu'à réaliser des bénéfices. Le turf n'est plus un amusement, c'est une profession, et le vieux sportsman fashionable qui ne courait autrefois que pour arriver en tête, serait aujourd'hui considéré comme un fou. Quant au Handicap, c'est encore un autre moyen de détériorer les chevaux; on n'a jamais trouvé une meilleure méthode, pour encourager la fraude, que le grand Handicap. Si un sportsman a un cheval qu'il veut placer dans un bon ordre, au Handicap, il commence par faire son possible pour faire croire qu'il a le plus mauvais de tous les chevaux : on va même jusqu'à faire courir des chevaux ensemble pendant des mois entiers, pour arriver à ce beau résultat. On fait tout ce que l'on peut pour qu'ils ne gagnent pas, c'est à qui arrivera le dernier; on donne l'ordre à son jockey de retenir sa bète, de lui faire manquer le saut, que sais-je encore?
Puis enfin arrive le jour décisif; voilà un cheval qui passe pour no valoir absolument rien, et qui par surprise gagne le prix. Nous devons cependant dire que le Jockey-Club, dans un bel accès d'indignation, a rayé de la liste, il y a une ou deux semaines, un propriétaire qui avait donné l'ordre à son jockey de ne pas gagner la course ; ce qui n'empêche pas qu'au dernier handicap de Ascott Heath, que l'on appelle généralement le Royal Hunl Cup, c'est un misérable cheval de quatre ans, avec cinq ou six morceaux de plomb sur le corps, qui a remporté le prix! Et on appelle cela le Rvjal Hunt (la chasse royale) ! Parce qn'une haridelle aux longues jambes maigres portant sur l'échiné nn petit drôle non moins maigre, auquel on a ajouté cinq ou six lames de plomb pour qu'il puisse avoir le poids nécessaire, et qui n'a pour lutter contre le froid de mars qu'une camisole de soie rouge ou bleue, avec les culottes les plus fines possibles ; parce que cette haridelle, qui jusqu'à présent n'a été trouvée lionne à rien, arrive exténuée au but, on appelle cela une course destinée à l'amélioratiou de la race chevaline ? C'est une erreur et un abus ; le Derby et les Handicaps ne font qu'abîmer la plupart des chevaux, et n'ont pour objet que de faire passer les guhiéesdes poches d'un parieur dans celles d'un antre.
Cette boutade est extraite de l'International de Londres; si elle n'est pas tout à fait juste, clic est au moins curieuse.
Il y a encore de beaux jours pour la France! Le Grcat Eastern, ce mémorable four britannique vient de se faire naturaliser chez nous. Une compagnie française l'a acheté. Les bruits les plus singuliers circulent à ce sujet; nous les donnons sous toutes réserves. La première version le destine à être annexé à la frégate-école, dont la vogue toujours croissante nécessitait cette adjonction. Nous y croyons peu La seconde version attribue cet achat à la Société Nantaise. Elle aurait eu d'abord l'intention d'en faire une salle de spectacle; mais s'étant aperçu que les spectateurs de la cale verraient peu, elle aurait renoncé à ce premier projet. En dernier lieu, elle l'aurait desiiné à une croisière de neuf années. — Trois ans à la Porte-Saint-Martin, — trois ans à la Gaîté, — trois ans au théâtre du Cliàtelet, et aurait commandé à MM. Séjour, Dennery et Ferdinand Dugué une série de pièces à vaisseaux qui peut rappeler les beaux jours du Fils de la Nuit. Nous n'y croyons guère.
Enfin, une dernière version prétend que l'ancien Léviathan aurait é'é acheté par la Société des Sauveteurs de l'Art dont les plus hauts personnages de l'époque font partie. On y installerait l'exposition des Refusés. Le prix des places serait consacré à l'achat des cinq plus mauvais tableaux de l'année Ces prix, assez considérables pour assurer leur existence, leur permettraient de prendre l'engagement de se contenter de vivre désormais en ne faisant rien. Nous ne pensons pas que le dernier projet soit plus réalisable que les autres.
4 juin 1864,