‹ La Vie parisienneChapitre 286 sur 662 · DERNIERES REFLEXIONS A · texte numérisé non relu

DERNIERES REFLEXIONS A

Les plumes les mieux taillées auront beau discuter sur le beau absolu, causer pompeusement sur les suavités immenses du sublime, se lancer à corps perdu dans les puretés les plus idéales de l'esthétique, se perdre dans d'ineffables rêveries devant l'Œdipe de M. Moreau, ou étaler à l'occasion des lavis blafards de M. Puvis de Chavann'es les plus magistrales dissertations, lo public n'en restera pas moins fort indifférent à toutes ces questions. Le public (et j'entends parla tous lesFrancais qui ne sont ni peintres nijournalistes) n'a plus le temps d'aller chercher au fond d'une œuvre des beautés idéales; l'extase n'est plus son fait, les grands élans artistiques de l'esprit sont passés de mode depuis longtemps. — 11 est pressé, le public, et il veut qu'on l'amuse ou qu'on le touche vite. Son coupé attend à la porte. Il veut des œuvres en rapport avec ses goûts, son genre de vie et la tournure de ses idées, pas trop grandes, faciles à comprendre, spirituelles autant que posible ; un grain de sel ne gâte rien.

Il ne reculera pas cependant devant un tableau historique, mais à

condition que M. G- y aura mis son spirituel coup de pouce

et aura mis la chose dans des données gentilles, aimables, qu'il aura transposé, pour piano, de sa line plume, qui court si vite sur son petit papier satiné.

Les grands prêtres du profond dans l'immense et tous les enfants de chœur de ces messieurs se rongent les poignets en criant que le public est idiot. Ils ont grand tort pour deux raisons : premièrement parce qu'ils insultent quelqu'un dont ils ne peuvent pas se passer, et secondement parce que le public n'est pas idiot le moins du monde. N'est-il pas tout naturel, en effet, que des gens en train de faire leur fortune, vivant, aimant, pensant au galop, ayant toujours dans les

(1 ) Pour s'en convaincre, passer devant la façade, qu'une dizaine d'ouvriers grattent et regrattent à tour do bras.

Au bout du pont des Arts, rive gauche.

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