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UN MARIAGE PARISIEN

Ce n'est pas d'aujourd'hui que nous affichons nos préférences, en peinture, pour les tableaux traitant de sujets vraiment modernes, vraiment vivants. Depuis que, chaque année, nous nous occupons des expositions de peinture, nous n'avons pas]eu assez de railleries pour ces reconstitutions archaïques, étrusques, mystiques, fort à la mode cependant parmi les spécialistes, mais ridicules, selon nous, dans un temps où les crinolines prêteraient tant au caprice du pinceau, où les têtes n'ont jamais eu plus de profondeur et plus de complexité dans l'expression, dans nn temps où le luxe, plus développé que jamais, les toilettes étranges et provoquantes, les vives sensations, les allures primesautières, le caprice et la pompe des bals, des théâtres, des réceptions et des fêtes de toute sorte, forment un milieu bien typique et fort pittoresque, quoi qu'on en dise. Que les artistes daignent seulement s'y mêler, et ils y trouveront à coupsùr,ces sujets de tableaux vraiment intéressants pour le public, qu'ils vont chercher en vain dans un passé de convention qui ennuie tout le monde, eux tous les premiers.

Mais un artiste, homme du monde, est rare de nos jours; aussi est-ce plaisir pour Jtious, quand nous en rencontrons un, de loi faire fête, et de lui faire place dans nos colonnes, comme nous le faisons aujourd'hui pour ce tableau de M. Gustave Droz, un vrai collaborateur de la Vie Parisienne. Quel joli article, en effet, il y aurait à faire, rien qu'à décrire cet amusant petit drame! l'air à la fois fine-mouche et sainte-n'y touche de cette jolie mariée parisienne ; la béatitude de l'heureux père, les félicitations narquoises des invités du sexe fort, qui ont tous l'air de se dire : « Elle aurait pu mieux choisir puisque j'étais-là !» Et l'épluchage mielleux des bonnes amies, détaillant sous le lorgnon les imperfections inséparables;de ce premier début ; et ce petit singe de bébé, et la majesté grotesque du suisse, et la pose de chatte de cette charmante personne qui signe au contrat, de sa fine main fraichement]dégantée ! On n'en finirait pas. Ajoutons que ce tableau a le raie mérite d'être réellement une composition vivante, variée, prisesurle fait, impossible à faire d'après le modèle. Ce dernier point est fort important, selon nous. Prenez les maîtres du ginre coquet et moderne, Stevens, Wilhems, Toulmouche, quoique avec beaucoup plus d'acquis, de patte et d'agrément, tous ne peuvent que copier un modèle ou un mannequin "isolé; ils semblent à bout de forces quand ils ont mis deux personnages l'un devant l'autre; et daus cette longue suite de séances du modèle, l'esprit, la vie s'envole; leur reproduction est parfaite, mais morte. Ici, au contraire, l'inexpérience pratique du débutant est dominée par la science et l'humour de l'observateur, et tous ces personnages, saisis au vol, sont vivants. A coup sùr il y a là un artiste d'avenir, un des rares prétendants à cette place, que Gavarni a si bien remplie dans le domaine du croquis et qui reste encore vacante dans le domaine de la peinture. M .

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