UN CHENIL
Un chenil ! vous entendez le vacarme d'ici, n'estce pas? [Des nurlements conlinuels, des batailles, des coups de dents... C'est à se boucher les oreilles, et les piqueurs de garde doivent avoir à distribuer des milliers do coups de fouet dans leur journée ?
Point du tout. Vous avez affaire à des chiens bien élevés, qui connaissent leurs devoirs et savent qu'un chenil est un lieu consacré au repos : ce sont chien de sens rassis qui dépensent leur activité en temps et lieu et ménagent leurs forces pour les grandes occasions.
Couchés sur des bancs doucement inclinés, la plupart dorment dans un mol abandon; quelques-uns font leur toilette, léchant leurs pieds endoloris par la dernière chasse, grattant leurs oreilles encore irritées par les piqûres récoltées dans les fourrés.. t Celui-là ronffle, cet autre réve, car les chiens rêvent, quelqu'étrar.ge que puisse paraître au premier abord une semblable habitude chez un être auquel on ne veut accorder que l'instinct... Quoiqu'il en soit, ils rêvent comme une personne naturelle et qui plus est, ils rêvent tout haut, laissant aux témoins de leur sommeil toute liberté de suivre et de
Bonnes tètes de cliiens.
Doke farniente.
comprendre le tra\ ail qui s'opère dans leur imagination... imagination vous choque ? il faut pourtant appeler les choses par leur nom. Vous ne me paraissez pas suffisamment convaincu... Approchons-nous de Marengo que je vois là -bas sur lo banc, à gfuche, étendu sur le flanc ■ il s agite et remue la queue, mais regardez sa tête; sa bonne figure d e chien est bien e ndormi e ; écoutez , il aspire violemment, il quête; attendez un mo-
ment, un coup de gueule ! 11 croit avoir retrouvé la piste, ses cris continuent et deviennent plus fréquents; la chasse va bien et il nage dans un océan de délices ; il ne fait plus aucun mouvement... Serait-ce un défaut? point, voyez comme il remue la langue sur ses babines; il fait curée lui-même et il est plus heureux qu'un spéculateur rêvant qu'il a doublé ses capitaux. N'allez pas croire au moins que tous leurs rêves soient aussi brillants ; les pauvres bêtes ont leurs cauchemards, ils reçoivent des coups de fouet imaginaires, souvenirs cuisants, la plupart du temps, de corrections trop réelles. — Allons réveiller ce pauvre vieux Veido qui geint comme un malheureux et qui se croit en ce moment battu par un piqueur, pris dans un piège ou déguenillé par quelqu'un de ses camarades... Allons changer le cours de ses idées... Encore un mot qui paraît vous choquer... Bon ! deux camarades de lit en grande discussion ! Eléocle et Polynice ! Qu'est-ce que cela veut dire?... troubler ainsi le repos public! Heureusement que le châtiment n'est pas loin, le voilà qui s'approche sous la forme d'un valet de chiens et armé de son fouet : Clic, clac, Figaro, au banc ! Tous les jours promenade; on couple les chiens et en marche! pi-
Ces messieurs sont servis.
On va dîner.
queur en tôle. Cet exercice dure deux heures en moyenne, après quoi l'on rentre an chenil en attendant la soupe.
L'aspect du chenil n'est plus ce qu'il était tout à l'heure; plus de chiens qui dorment ! ils attendent :
toutes les oreilles sont dressées, les queues s'agitent, tous les yeux sont dirigés vers la porte : c'est que la promenade est un apéritif
puissant cl que des cslomacs qui n'ont rien absorbé depuis vingtquatre heures ressemblent à s'y tromper à l'intérieur d'Une machine pneumatique : cependant pas un chien ne descend de son banc, car les fouets des valets de chiens sont levés prés à s'abattre sur l'éihiBe du premier réfractaire : la consigne veut qu'on reste en place, on le sait, et l'on se cou lente de manifester son impatience par des mouvements sur soi-même et d'éloquents soupirs. Déjà le bruit des hommes qui préparent les auges, où la soupe tant désirée doit être versée, se fait entendre; l'agitation de l'a meute redouble; les jambes sont toutes en mouvement, les reins frétillent comme des serpents, les queues s'abattent sur les flancs par un mouvement de plus en plus précipité, toutes les langues s'agitent, tous les regards s'allument, toutes les voix gémissent; c'est un frémissement universel.
La porte d'entrée s'ouvre à deux battants, les fouets des piqueurs s'abaissent : immédiatement la descente commence, en une seconde il n'y a plus un chien sur les bancs; la meute entière se précipite dans la cour où le repas attend répandu dans de longues auges en bois placées sur le sol. Ici, nouvel arrêt; les chiens, maintenus à coups de fouet, se rangent à dix pas des auges, alignés comme de vieux grenadiers; pas un museau ne dépasse! le front de la meute est aussi correctement droit que les bordures de bois d'un jardin à la française.
Les vétérans de la bande, messieurs les limiers, au nombre de vingt sont appelés les premiers; une fois repus, ces vénérab'es quadrupèdes abandonnent la place au gros de la meute. — Trois fois le piqueur, placé devant les auges, abaisse et relève son fouet, trois Ibis la meute s'élance et recule, en rechignant et en grognant.... enfin le piqueur se retire lentement, tout en tenant son fouet levé; la meute le suit pas à pas conservant religieusement la distance qui les sépare et qui se trouve être précisément la mesure exacte de la portée de la mèche.
Le piqueur a enjambé l'auge et s'est roliré à une distance respectueuse, en abaissant son terrible fouet; les fanfares éclatent, les chiens s'élancent, se précipitent; pendant une seconde, c'est un désordre indescriptible, un tohu-bohu, un vacarme épouvantable; les retardataires veulent s'emparer des places prises par les premiers arrivés: ils montent les uns su;' les autres, les paltes sont en l'air; c'est un mouvement infernal, un vérilable assaut donné à ceux qui ont pris les meilleures places et qui, du reste, ne leur fait pas perdre un coup de dent. Bienlôf, quelques coups de fouet, frappés d'une main sûre, viennent rétablir l'ordre : silencieux, alignés des deux côtés de l'auge, les chiens mangent, chacun pour son compte, sans se préoccuper du voisin; c'e^ à peine si l'on entend de temps à autre, un léger grognement; ils sont recueillis comme il convient pour l'accomplissement d'un semblable sacerdoce; au reste ils ne mangent pas, ils engloutissent; les morceaux disparaissent avec une rapidité vertigineuse, on ne s'explique pas leur disparition, et comment cette auge, pleine tout à l'heure jusqu'aux bords, se trouve maintenant aussi nette qu'au moment où l'ouvrier venait d'y mettre son dernier clou.
Le icpas terminé, on rentre au chenil accomplir l'important travail de la digestion.
Les jours de chasse, rien d'animé comme l'intérieur du chenil! Dès le matin, les chiens ont deviné aux allures des piqueurs qu'on allait les conduire sur le champ de bataille, aussi avec quel intérêt suivent-ils toutes les allées et venues des valets de chiens' Aucun do leurs gestes ne les laisse indifférents ; debout sur leurs bancs, ils suivent les progrès dos préparatifs, et au moment où les piqueurs arrivent en tenue de chasse et sonnent la sortie du chenil leur enthousiasme se traduit par des cris dont l'accent ne permet pas de mettre en doute le plaisir qu'ils éprouvent.
La mente se met en marche précédée par les piqueurs et escortée par les valets de chiens... Notre meute est composée de foxhounds
tricolores; suivons-les tandis qu'ils se rendent au rendez-vous, ils marchent lentement, et nous aurons tout le temps d'admirer la vigueur de leur conformation.
Voyez quelle ouverture de poitrine et quelle largeur de reins 1 Ces membres courts et trapus, ces doigts serrés, ce fouet large à la naissance el planté à angle droit sur celte large croupe! Si ce ne sont pas là des indices certains de force, je ne sais à quels signes on pourra juger des qualités d'un animal — avec de semblables appareils ils ne peuvent manquer d'avoir de la vitesse et du fond, c'est-à-dire les qualités les plus précieuses du chien courant.— Voilà les chiens dont vous avez souvent enlendu médire? Les chiens anglais n'ont pas de. fond, les chiens anglais n'ont pas de train, les chiens anglais n'ont pas de voix, etc., etc... — Voilà ce qui se répète tous les jours, et si l'on ne savait par expérience ce qu'ils sont capables de faire, on serait tenlé de croire, que ce sont des haridelles sourdes et muettes, el, ce qui est plus grave chez un chien, perpétuellement enrhumée du cerveau... Vous les avez vus? Qu'en pensez-vous?
Ckaftï.
LA SEMAINE
Bziii-bz'sii ! siffle le vent coulis sous les portes. Voit lou-hohoul hurle la Lise au coin des rues. HaaJitcHïii ! disent les nez violets, changes en deux sources de larmes. 67 eu-deu-deu-greu cu-eu! font les molaire; des hommes qui grelot lent sur le Carrousel. Croc-crac-croc ! fent les canines des jolies femmes, qui mangent des bonbons au coin du feu.
Vuilà, mes enfants, voilà les bruits du jour ; il faudrjit l'orchestre de Pasdeloup pour rendre toutes ces harmonies de la nature. Nous avons eu l'hiver pour nos étrennes. St-Sy!vestre, qui avait fait réveillon, s'en est allé sans fermer sa porte, et, depuis lors, tous les diables du septentrion, tenus sous clé jusqu'en décembre, courent le guilledon sur nos toits luismts. Janvier nous est venu, poudré à frimais comme un laquais d'ambassadeur, et c'est sur un lil de verglas, sous des rideaux de brouillards, que 1863 a déposé ce pauvre petit Nouvel A, n que Dieu bénisse !
— Siraudin est content, et ces dames aussi; ces mps ieurs ont bi-n fait les choses. Tout le monde sans dou'e n'a pu avoir la Poupée de dix mille écus, mais enfin tout le monde a pu la contempler à la vitrine du vaudevillisle-contiseur. Qu'est-elle devenue ? Hélas ! ce que deviennent ses pareilles ! En'evée par un grand seigneur, un homme d'Etat, dit on, un des plus hauts digni'aires
de l'empire français Jetons un voile sur cette pén'ble hislohe et laissons la
Traviala suivre sa destinée !
— Enlre les mortels des deux sexes qu'on suppose les plus satisfjits de leurs aguijiettes, on cite, en première ligne, son Excellence ottomare Fuad- Pacha, à qui le Commandeur des Croyants a donné, pour serrer sa cravate, un diamant évalué à 300,000 francs. Ali-Pacha a reçu 1,000 bourses, quelque chose comme 120,000 francs, destinés à la restauration de sa résidence d'été sur le Bosphore. Quant au minisire de la mariDe Turque, il a élé traité en collégien. Ab-dul-Azis lui a fait cadeau de la chaine et la montre.... ornées de pierreries. Et la sultane favorite, qu'a-t-elle eu pour sa part? — Un sourire de sa Hautesse et un morceau de la lune.
— M. Isaac Péreire n'a pas été maltraité. Il a gagné 100,000 fr. au dernier tirage du Crédit foncier. — (Est-ce bien lui, Isaac?... Biste ! Si ce n'est lui, c'est donc son frère, ou bien quelqu'un des siens.) — Un châtelain des Pyrénées -vient de mourir en lui léguant 100,000 fr. de renie, celte fuis ! Il a de plus, été réélu député au Corps Législatif. Aussi pour remercier la fortune aveugle et les clairvoyants électeurs des Pyrénées Orientales, a-t-il offert aux pauvres de Paris 30,000 kilog. de pain — (i sous la livre) — et à sa femme un collier de perles roses, qui n'a guère coûté plus de cinquante mille écus. II faut tout dire; les perles roses, le corail rose sont depuis huit jours fort à la mode, et M™" Péreire n'avait peut-être que du corail écarlate !
— M. Jullien, directeur de la compagnie des chemins de fer de l'Ouest,
s'obstinait a ne toucher qu'un traitement de 36,000 francs. La compagnie, qui, daDS le cours do l'année avait eu raille peines à lui imposer une modeste gratification de 150,000 francs, a dû encore employer la violence enveis cet émargeur malgré lui, pour qu'il consentît à ac epter désormais le3 appointements annuels de 50,000 francs. Depuis Hippocrate, rien de pareil ne s'était vu.
— Adelina Patti, la pauvre enfant, a dû se contenter d'une méchante parure d'une trentaine de mille francs, que lui a fait remettre la reine d'Espagne. Et notez, s'il vous plaît, que la chère petite est horriblement enrhumée, et que Naudin seul tousse un peu; plus qu'elle I Ce n'est pas un conte ; il fait si froid à Madrid, que toute la troupe Italienne a pour le moment la grippe, que le théâtre e-t fermé, et que, sur l'ordre de M. Bagier, un convoi de pâte Reg'nault vient d'être dirigé vers Ips Pyrénées. Aussi presque plus de sérénades sous les balcons, et les alcades de Musset sont en vacances, « ai Toulose à Guadalété. »
— Pour les étrennes, M. Drouot, député de la Meurthe, a reçu le litre de comte de l'Empire, et un des plus célèbres comédiens de l'Italie, M. Rossi, du grand théâtre deTurin, vient, plus heureux que notre excellent Samson, de recevoir l'ordre de la Légion d'honneur Italienne, la décoralion des Saints Maurice et Lazare.
— C'est sous les traits du comte de Stakelbe'g que le bon saint Nicohs est apparu, cette fois, aux bambini de Turin. L'arbre de Noël, chargé de friandises et de jouels élégants, a été planté dans le salon de ce ministre russe, qui, après avoir fait sauter les enfants, a donné à leurs mères le premier bal de la saison subalpine. Peu de Polonais à cette fête, et l'on n'a point dansé h Varsoviana.
— A Vienne, un jeune artilleur n'a pas mal commencé l'année. 1! a dansé avec S. A. I.etR. l'archiduchesse Frédéric-Sophie-Darolhée-Villielmiiie, mère de S. M. l'empereur d'Autriche ! Et voici comme : c'était au bal de la cour; notre officier, qui a ce malheur de n'è:re point gentilhomme, ayant invité une dame de parage, essuya un rifus hautain et dédaigneux. François-Joseph vit tout, s'approcha, et, conduisant le pauvre garçon vers une autre d.nseuse, lui dit : « Ma mère, monsieur, va danser avec vous. »
— Lundi soir, commence la série d«s réunions intimes dans les appart monts de l'Impératrice, et, mercredi, a eu li u le premier grand bal des Tuileries.
— La colonie étrangère a donné le signal des fêtes, mais la société parisienne, et le monde officiel lui-même se mettent difficilement en train. La faute, sans doute, en est au Sleswig-Hoistein. Hier, pourtant le Ministère de la Guerre a donné le premier de ses quatre bals, qui doivent se succéder do huitaine en huitaine, et l'Hot^l-de- Ville n'aura pas sans motif restauré avec luxe ses luges salons hospitaliers, et commandé cette œuvre d'art, la rampe qui borde le nouvel escalier en fer à cheval de la cour Louis XIV. On a donc jusqu'à ce jour dansé un peu, joué un peu la comédie et fait beaucoup de musique ; mais la gaité, l'élan, le diable au corps se font attendre. Avec la permission du p'ince d'Augustenbourg, Paris slamusera, peut-être, dans la seconde quinzaine du mois courant.
— Sonnez clairons! Chantez, fauvettes! Adelina Patti est de retour à Paris; son rhume, sans doute, lui a créé ces loisirs. Sa sœur Carlotta s'est fait entendre, l'autre soir, chez Rossini.
— Il maestro Verdi se trouve en ce moment à Turin, et la Ristori fait fanatisme, au théâtre Cirignan, dins le personnage de Gamma. Elle répèle une pièce de M. d'Asie, Epicure è Nerone, où elle a, dit-on - un rôle magnifique.
— Le comte de Christen, auquel ses amis politiques ont fait une célébrité, et qu'une récente amnistie a fait sortir des prisons napolitaines, vient d'arriver à Paris.
— La réception du comte Louis de Carné, à l'Académie, aura lieu le 4 février. Ancien député, ancien directeur des affaires commerciales an ministère des affaires étrangères, l'auteur des Etu les sur l'hist ire du gouvernement représentât fut d'un Drame pour la terrai-, appartient à une maison de l'ancienne chevalerie Bretonne, qui a figuré à la croisade de 1248. De ce côté donc, il a fait ses preuves pour l'Académie.
— Demain, dimanche, dans la chapelle des Tuileries, la barette de cardinal
sera remise à Mgr de Bonnechose, archevêque de Rouen. Ce prélat a marché d'un bon pas dans la carrière des honneurs ecclésiast;ques, Sacré évêque de Circassonne, le 18 novembre 1847, il coiffa le chapeau-ro»ge le 10 janvier 1864. Il est né à Paris en 1800.
— Tous les dimanches, à la chute du jour, deux ou trais ca'èdaes découvertes, lancées au galop de qu Ure ch-vaux de poste et précélées d'un piqueur à livrée verte, passent comme le vent sur le quai de Billy . A peine a-t-on letemps de distinguer les traits d'un de es voyageurs, co'ffés de casquettes de velours et perdus dans d'épaisses fourrures. C'est le prince Napoléon, qui vient de courir le daim sur les hauteurs de Meudm et de Sèvres, avec ce'te belle meute de 40 chiens qui ont, eu, ce printemps, les honneurs de l'Exposition du Jardin Zoologïque. L'autre jonr, la chasse a été mirquée pir un incident assez curieux. Un daguet, vivement poursuivi, après avoir longtemps promené les veneurs, disparut soudain. Il était en'ré, sans se fa<re annoncer, chez de b'aves métayrs, qui trempaient la soupe, et d'un bond s'était jeté dans la ruelle de leur lit. La femme pousse un ci et se pâme ; l'homme, p'm avhé, court fermer la porte. Il était temps, les chiens arriv lient, daanant de h voix furieusement, et les chas:enrs à leur queue. Ceux ci, gendomen a cessibles à la piliê, ayant parlementé, à travers la porte avjc le fermier, rongeaient d5ji à la retraite, lorsque, les hommes d'équipage arrivant à leur tour, un d'eux mit pied à terre, pénétra dans la maisonnette et, violant le droit d'asile, immola le pauvre animil, sous les yeux de son hôte et à deux pas de la paysanne évinouie.
— Le p°inlre Jadin fait en ce moment les 12 po'lraits des dnu?e chiens illustres que M. de Carayon-!a-Tour avait envoyés à l 'imposition du bois de Boulogne. Pendint ce temps, un photographe est allé tout exprès dans la Bresse, pour tirer ht ressemai mee des poularde! les plus séduisantes qu il pourra trouver dans cette Géorgie de la volaille.
— On vient d'ouvrir, au Louvre, la secmde galerie de l'Eole Française, en're les pavillon; Denan et Dira. Là sont exposées les ciarmintes œuvres du 18e siède et celles qu'à vu naître la première période du iS'.. Elles, sont signées : Watteau, Bouclier, Nattier, Vanlao, Pater, Lan rot, Dr mais, G'euze, Mllie Lebrun, Mlles Mayer et Kauff nini, Prulhon, Fragiriml, Co.pel, Lemoyne, Carie et Joseph Vernet. etc.
— Une belle étrangère, qui por le le deuil d'un roi.vi-nt se fixer dans nos parages. La comtesse Duinera ach 'té, aux partis do P tris, uni vi la où elle compte établir sa résidence. Vous savez sa ronanesque histoire. Bien élivée, mais pauvre, elle donna d'abord des leçons à Paris, puisavpc quelques économies alla à Copenhigue fonder un petit commerce. Le feu, un jour, prit à son magasin, et parmi les gens de bonne volonté qui vinr nt au secours, se trouva Frédéric VII, roi de Danomarck. Tourhie d'à Imiration et de reconnaissance, elle crut pouvair adresser au pompier couronné une respectueuse lettre de remerciments. Cette littre élait si bien tournée, que le lendemain le roi vint faire visite à celle qui l'avait écrite. Il la vit, l'aim i, et libre à la suite de deux divorces consécutifs, il ne tar la pas à conduire solen îell 'ment à l'autel de h cathédrale Louise-Christine, l'ancienne institutrice qu'il créa comte;se Damier. Avant de qnitler le Banem irck , la veuve de Frédéric VII a fait un testament, par lequel elle lègie à l'État toules les collections artistiques du feu roi, et n'assure à sa famille que la sentie ne partie de ses biens, donnant le reste aux établissement de bieufaisance.
— On a dit que, ne croyant plus ses diamants en sûreté parmi nous, le duc de Brunswick alla' t habiter la Hollande. Quelques çens très-niïfs ne se sont ils pas figuré que c'est de lui que It s journaux parlent ainsi à leur quatrième p ige :
Achète les dianù&n's, les bijoux, Usrewv-iisanc-s du Monl-de-Piété et piye l'argenterie, etc. G. BrtUNwsiCK, 30, passage Colbert, — Non, non, messieurs, ce n'est point de S. A. qu'il s agir, ici évidemment ; mais je ne puis m'émpêcher de remarquer comme ce nom de Brun wick semble prédestiné à la 'bijouterie! Il y a là quelque chose de providentiel, il n'en fau> pis douter.
— Mardi, a eu lieu l'ouverture de la nouvelle salle des Bouffes.
Non, non, vous n'êtes pas Lisette, non, non, ne portez plus ce nom!
C'en est fait des Bouffes-Parisiens; nous avons un second O.léon, moins vaste, mais presque aussi froid. Le plafond étrusque rappelle les folâtres dessins du musée Campana. Par exemple, c'est toujours la musique d'Offenbach, qui a pris même une certaine gravité dans ce pastiche de Lulli, qui a ponr titre : l'amour chanteur. Dans le divertissement final, le costume de l'Amot /' s'est
trouvé passablement Irop court, je ne sais par suite de quel accident; personne, du reste, ne s'en est plaint, hormis la charmante débutante qui le portait, M"0 Irma Marié.
— Les patineurs peuvent, depuis lundi, se livrer à leurs ébîts sur les lacs du bois de Boulogne.
Parmi les plus ardents et les plus habiles, on remarque l'Empereur et l'Impératrice. L'autre jour, sur le petit lac voisin delà cascade. l'Impératrice, pour la première fois, a patiné seule, et, quand elle a accepté un soutien, c'était l'épaule d'un charmant petit patineur en béret rouge, bien connu des habitués du bois pour sa gentillesse, sa pétulance et son aptitude aux exercices du corps. Sa Majesté a perdu deux fois l'équilibre. A la seconde de ces chutes, faites avec autant de gaieté que de bonne grâce : « 11 faut tout apprendre, aurait-elle dit. même à bien tomber! » A coté de son costume habituel, tout noir, si simple à la fois et si élégant, voltigeait familièrement un pardessus rose garni do faurrures, du plus étrange effet. Monsieur D'A.
Les étrennes ont eu un memert brillant mais court et déjà tout rentre dans l'ordre. De ce temps heureux et tant attendu, rl ne reste plus guère de traces, sinon quelques rnrrceaux de jouets brisés et les indigestions de bonbons inévitables.
Aux préoccupations de cadeaux et de compliments vont succéder les préoccupations de toilettes et de rivalités mondaines. De tous (ôlés les acheteurs préludent et bientôt nous auroHS à enregistrer les surcès de plus d'une belle dame... et de sa couturière. En attendant, passons un peu en revue les choses du jour.
Une erreur s'est glissée dans le dernier article de la mode concernant la maison de M. Plisson. Sa maison, rue du Bac, porte le no 38 et non le n° 6.
Puisqu'il est question de M. Plisson, j'ajouterai que la magnifique exposition de fleurs qu il a faite d.ms la dernière semain0 de décerrbre lui a attiré nombre d'élégantes visiteuses. Sts co Sures seront très en vogue cet hiver.
Pour les retardataires, je rappelle, en fait de cadeaux d'étrennes., les bouquets plus ou moins riches et le* vaporeux é-rans de cette maison.
Une future marraine rr,e demai de quelques renseignements sur une layette à offrir. Je ne puis mieux recommander que la maison de blanc de Saint Rock (près l'église Siint-Roch).
La variéié des layettes y est infinie. On peut aussi les commander d'avance. Ce que je conseillerais toutefois pour l'avoir admirée à Saint-Roch, c'est la layette de mille francs composée ainsi qu'il suit :
4-8 couches de toile fine. — 0 langes piqués. — 2 garnis. — 4 langes molleton de laine. — 6 taies d'oreiller en toile fine et g rnies. — 2 couvertures de laine. — 1 couvre-pieds piqué à la main. — 24 béguins batiste garnis pour 3 âges. — 18 piqués et garnis. — 12 bonnets de mut assortis. — 12 bonnets riches. — 24 chemises garnies, de. 3 grandeurs. — ■ 18 jolies brassières,' de trois grandeurs. — 16 bavoirs riches. — 4 couvre-langes garnis. — 4 robes longues variées, 2 tabliers garnis. — t pelisse piquée garnie de bandes brodées. — 1 capeline en piqué. — 6 paires de chaussons en piqué et en cachemire. — Une robe de baptême. — Une pelisse en cachemire piquée de taffetas b'anc. — Une
capeline en cachemire. — 1 bonnet de baptême tout dentelle.
Pendant qu'il est temps de casser encore un peu étrennes et à la veille de songer beaucoup aux bals je dois rappeler que les éventails les plus élégants et les plus fantaisistes sortent de la maison Landrau (27, passage Choiseul).
J en cite un entre autres qui me semble d'un goût très-artistique. C'est une peinture excessivement jolie sur fond de taffetas noir.
Des bouquets de nen telle blanche illustrent toi t le tour de cet éventail bordé blanc. La monture noire a fib t d'or est des mie ux assorties.
C'est fantasque, orignal, comme il convient à tout éventail bien né. Mett z celui-là dans de fines mains, finement gantées, cela deviendra l'éventail styie espagnol — le plus charmant, derrière lequel Andalouse ait jamais caché deux beaux yeux.
Les écrans de la maison Landrau offrent aussi un grand choix ainsi que ses meubles et sa céramique artistique.
J« l'ai dit maintes fois, c'est un petit musée où tout véritable amateur reviendra souvent.
Chacun songe aussi à son rajeunissement, tout comme à sa beauté, à cette heure de bals et de fêtes.
L'Eau de la Floride est très-recherchée, et c'est à peine si M. Guislain peut suffire à toutes les commandes adressées rue Richelieu.
Aujourd'hui les têtes grises sont une exception, dans le monde, où l'on ne voit plus que des cheveux bruns, blonds et quelquefois... roux. Dernièrement une dame de province s'extasiait, à ce sujet, en faisant, à son cavalier, la remarque que l'on ne vieillissait pas à Paris.
— Cependant, dit ce dernier, il me semble que Mme X, qui nous fait vis-àvis, est d'un extérieur déjà respectable.
— Sans doute... à bien regarder, répondit la dame ingénue, mais avec sa figure fatiguée, il y a dix ans que les femmes de mon pays seraient grises.
Cette étrangère ignore à coup sûr le secret de l'eau de la Floride. Cependant, pour la dame aux cheveux teints, il y a' une remarque contrariante à faire c'est qu'une chevelure éternellement jeune ne suffit pas toujours à masquer les injures du temps.
Reconnaissons toutefois qu'elle y contribue.
Le choix des rubans et des passementeries devient de plus en plus grave car les robes arrivent à une splendeur d'ornements désespérante pour beaucoup de femmes.
En revanche les vraies élégantes n'ont rien à regretter. Le goût de nos couturières françaises est sûr de même que celui des maisons spéciales qui livrent toutes ces nouveautés fantaisistes.
Entre toutes ces maisons, la Châtelaine (34, rue du Bac) est la plus renommée. Là se trouvent les rubans aux nuances les mieux adoptées et les ornements les plus ingénieux eu passementerie et en jais. On y remarque aussi les mille fantaisies si indispensables à une femme telles que résilles, coiffures, bijoux, voilettes, ceintures, etc. Chacun de ces objets offrent ce cachet si particulier aux femmes du monde et que les prétentieuses et fausses élégantes n'arriveront jamais à imiler où à copier entièrement.
Du reste un mot suffirait pour catégoriser la Châtelaine; c'est la maison de mercerie adoptée par les dames du faubourg Saint-Germain et du faubourg Saint-Ilonoré.
Un accident arrivé ces jours derniers, dans un de nos théâtres de genre, m'engage à inviter de nouveau les femmes à porter sur elles un petiùlacon d'eau de mélisse des Cannes. Que l'on ne rie pas à cette recommandation vraiment sage. On peut très-bien dissimuler un flacon dans les profondeurs d'une poche invisible, et l'on évite ainsi de s'évanouir tout-à-fait en public; ce qui n'est pas commode.
La dame, dont je veux parler, était sans doute un peu trop impressionnable, car les morceaux de la comédie l'avaient incommodés dans un temps où le public se cuirasse passablement devant toutes les élucubrations modernes. Heureusement quelqu'un de ses voisins lendit un flacon d'eau de mélisse des Carmes — de la vraie — celle de M. Bayer de la rue de Taranne, et la belle évanouie reprit aussitôt ses sens et se trouva calmée comme par enchantement. On dit que le bon ciliée rendu a rapproché fortuitement un jeune sous-préf-t et une riche et jolie veuve. Si cela menait, par exemple, jusqu'à un mariage, on pourrait ajouter une nouvelle vertu à toutes celles déjà tant réputées de la fameuse eau de mélisse... Je me tais prudemment ici à cause des agents matrimoniaux qui pourraient lui intenter un procès. Jeanne d'E.
Sommaire «lu numéro «lu 9 janvier.
Ma femme va au bal, par Z., dessins par E. Morin. Le parfait cuisinier dramatique, recette pour faire une comédie pour le Théâtre-Français, texte et dessins par Eustache Lorsay. Devant un album, à propos du journal l'Autographe, parEdouardSiebreker Les Rois, dessins par Hadol.
Les Cartes de visite, par H. de Hem.
Entretiens du moment, par Henri Maret.
Le jour de l'an à Rome, par F. d'A.
Le patinage, texte et dessins par Crafty. . Un chenil, par Crafty, dessins par Edouard Morin. La semaine, par monsieur d'A.
Gravures de GILLOT, 15, Faubourg Saint-Martin.
Paris.— Typ. va T. LÉ a', 15, rue Breda.
J'ai cru longtemps qu il fallait être au moins millionnaire et baron pour chasser en battue et tuer cent lièvres en un jour. Mon imagination, aidée par la lecture, se figurait un peuple de vassaux frappant la plaine à coups de trique et poussant les victimes jusque sous le plomb du seigneur. On m'eût fort étonné et vous aussi, peut-être, en me disant que les simples vilains du pays de Bade en l'an de grâce ISG'j, se régalaient parfois d'une hécatombe féodale, et même... y gagnaient de l'argent.
Voilà pourtant ce que j'ai vu hier, et je commence par déclarer que je suis revenu presque bredouille, pour qu'il vous suit démontré que je parle en touriste et non en chasseur.
Le rendez-vous était à Strasbourg, sur la place Guttemberg, à sept heures du matin. Je montai, moi sixième, dans un omnibus à volonté, qui partit lestement, traversa le vieux Rhin chargé de glaces et nous conduisit en moins de deux heures à la petite ville de ***. En été, dans la saison de Bade, cette large vallée du Rhin présente le spectacle d une fertilité affadissante. La terre molle, humide, noirâtre sans aucune pierre, m'a toujours fait l'effet d'un plat dé viande désossée et trop succulente. R y vient de grosses récoltes plantureuses etbètes,qui semblent écœurées, décroître sans effort, et plongent leurs racines dans la mangeoire avec un visible dégoût. Mais au mois de janvier, par ce joli vent du nord qui vous soude la barbe à la mous-
tache, le sol du la vallée se crispe, se raidit et se ragaillardit. Les sillons dessinent sous la neige une arête nerveuse, les ruisseaux de chocolat se cachent sous des cristaux de glace étineelante ; les grands bênets d'enfants à la culotte trop courte et trop montante, trébuchent avec une certaine désinvolture et se cassent le nez d'un air presque malin. Les charrettes à timon, attelées d'un seul cheval sous verge, transportent sous leur bâche argentée des choses mystérieuses ; les maisons de torchis, badigeonnées en vert ou en rose, ouvrent sur le passant de petits yeux spirituels Que vous dirai-je encore '.' Le cigare de chou et la pipe de porcelaine exhalent en cette saison une manière de parfum.
Une énorme soupe a la farine, nous attendait sur la table à l'auberge du digne papa Knoblanch. C'est tout à fait gracieux, au mois do janvier, ces auberges allemandes. Le long poêle de fonte en forme de colonne est bourré comme un canon. La quenouille de la blonde Gretchcn est décorée d'un ruban neuf La grande boîte à musique , auprès de la porte, s'est enrichie de quelques nouveaux airs, pour ses étrennes. La grive et le chardonneret, emprisonnés dans un angle de la salle, essayent de temps à autre un demi gloussement : peut-être qu'en voyant les nuages de pipes ces exilés repensent aux nuages du ciel. 0 la douce chaleur et les fines émanations de fromage salé ! Le canon des fusils se couvre de buée et le cœur des hommes s'épanouit.
Quelques chasseurs indigènes étaient arrivés avant nous. Bonnes et honnêtes figures, où les malices de l'enfer ne dessineront jamais aucun pli. Je ne- sais de tel qu'une conscience pure et douze choppes de bière tous les soirs, pour éclaircir la physionomie d'un homme. En voici d'autres, j'entends d'autres épreuves du même modèle : il en arrive beaucoup ; il en arrive assez, il en arrive presque trop, car l'auberge est pleine. Impossible de faire entrer le respectable bourgmestre, orgueil de la commune. C'est lui qu'on montre aux étrangers avec le brigadier de gendarmerie, parce qu'ils pèsent trois cent dix kilos, entre, eux deux.
Mais la soupe est mangée et les oôteletttes aussi, et pareillement la bouillie de pommes de terre. Dix heures sonnent : en chasse ! On sort tranquillement, en bon ordre, à l'allemande ; on défile un à un, le long du mur du cimetière et l'on va s'échelonner sur la route voisine. Déjà quarante rabatteurs se profilent à L'horizon. La route est garnie de tireurs, les cotés bien gardés; y sommes-nous ? Oui ! Un coup de corné donne le signal: et, les traquetirs se mettent en branle.
Les lièvres d'Allemagne sont assez grands en toute saison, niais à la neige ils paraissent immenses. Lorsqu'ils se précipitent sur vous, les oreilles droites, dessinant leur corps effilé sur un fond blanc, on dirait des fantômes de lièvres. Pauvres bêtes ! Il ne faut qu'un coup bien ajusté, pour les rendre fantômes parfaits.
Homère avait étudié toutes les laçons de. mourir en usage chez les guerriers do son temps. Démalion est frappe à la tempe; il a le crâne rompu et la cervelle écrasée ; Polydore, percé au milieu du dos, tombe à genoux et reçoit ses entrailles dans ses mains étendues : Deucalion est décapité d'un seul coup par le glaive d'Achille : la moelle s'échappe des vertèbres et le tronc roule dans la poussière, il faut avoir chassé le lièvre en battue pour savoir combien ce malheureux anima l est varié dans ses laçons de mourir. Tantôt il saute en l'air, tantôt il tourne cinq ou six ibis sur lui-même, tantôt il se roule en manchon. S'il a les reins brisés, il rampe sur l'avant-train en poussant des clameurs déchirantes. Quelquefois il emporte le plomb d'un air si délibéré que vous vous accusez de maladresse. Mais au bout de cent pas il s'arrête comme pour se consulter : Qu'ai-je donc ? Serais-je blessé V
Miséricorde! c'est bien pis : je suis mort. » Ën effet, il bat la neige des quatre pieds et ne se relève plus. Quelquefois il reste sur le coup, attend qu'on vienne le prendre, et s'enfuit grand'erre au bois voisin. Quelquefois il s'assied, vous regarde secoue la tété deux ou trois lois et tombe à la renverse.
Cette tuerie serait assez triste au fond, si l'on avait le temps d'y penser; mais le chasseur n'y pense jamais. 11 tué naïvement, avec une joie sincère, comme le divin Achille lorsque Démalion, Deucalion et Polydore, fils de Priant, tombaient l'un après l'autre sous ses coups. J'ai vu des hommes doux, cultivés, instruits, savants même, casser la crosse de leur fusil sur la tète d'un chevreuil en poussant des cris farouches Us ne sentaient pourtant aucune haine contre cet innocent à quatre pieds ; il n'ignoraient pas que leurs coups de crosse faisaien t souffrir un système nerveux assez semblable au nôtre. Mais la chasse est l'image de la guerre. Comme la guerre, elle fait craquer la légère couclie de vernis dont la civilisation nous a revêtus, et l'homme sauvage reparait.
La commune de *** s'étend Sur une superficie de 3,000 hectares comprenant dos bois, des plaines labourées et quelques-un* de ces terrains marécageux qu'on appelle assez improprement les îles du Rhin. Les locataires de la chasse ont ià du chevreuil, du lièvre, du faisan, de la perdrix et toute espèce de gibier d'eau ; mais hier un ne tirait que le lièvre. A quatre heures du soir, une charrette vint prendre cent vingt-trois grands cadavres, dont le moindre pesait quatre kilogrammes. Les gardes retourneront aujourd'hui sur le champ de bataille et relèveront sans nul doute une quinzaine de corps. Nous avons donc tué, en cinq heures, cinq â six cent kilogrammes de viande. Je déduis une heure perdue autour d'un tonnelet de bière et d'un chaudron de saucisses à l'ail.
Quand on pense qu'il y a des cantons en Provence, et même en Champagne, où le lièvre est devenu un animal fabuleux! Les grands propriétaires le courent â cheval ; lorsqu'ils sont assez heureux pour en détourner un, ils font venir des chiens anglais plus vîtes que la fondre. Un lièvre forcé s'empaille et se conserve sous verre ; les curieux accourent de six lieues pour le voir.
J'ai demandé aux chasseurs de *** oe qu'ils dépensaient, bon an, mal au , pour ces massacres pantagruéliques?
— Mais rien du tout, m'ont-ils répondu, 'l'ont ce que nous abat- Ions maintenant est bénéfice net. La primeur, c'est-à-dire l'ouverture, a couvert tous les frais : nous jouons sur le velours.
Trois français de Strasbourg et sept indigènes de *** se sont associés pour prendre la chasse île la commune. Ils payent 300 florins par année, un peu plus de 600 francs, soit vingt centimes par hectare. Tout le gibier qui se lue dans la saison est vendu d'avance à un marchand. Six cents perdreaux, ou deux cents lièvres, ou cent vingt faisans, ou vingt-cinq chevreuils, suffisent pour payer la redevance. Restent les frais de garde à couvrir et le salaire des rabatteurs ; après quoi, on gagne de l'argent. Dans les mauvaises aimées, on ne fait pas de bénéfice, mais on noue les deux bouts et l'on s'est amusé pour rien.
— Vous êtes bien heureux!
— Vous trouvez ? Alors dites-moi comment les Français, qui ont tant d'esprit, ne suivent pas notre exemple? Pourquoi les propriétaires de votre pays ne s'associent-ils jias pour vendre le droit de chasse au profit de la commune ? Un revenu de six cents francs n'est pas à mépriser: c'est la gratuité de l'école primaire. Pourquoi les chasseurs ne s'entendent-ils pas à leur tour pour prendre à ferme l'exploitation de la chasse, pour payer le salaire d'un ou
deux gardes, et protéger le gibier contre le braconnage? Nos lièvres ne font pas une portée "de plus que les vôtres ; nos perdrix et nos poules faisanes ne couvent que deux fois l'an ; nos chèvres n'ont jamais été des mères gigognes. Si nous avons dix fois plus de gibier que vous, c'est que nous prenons des mesures contre — le gaspillage et la destruction. La prévoyance, monsieur; la prévoyance !
Je ne voulus pas en entendre davantage et je tournai le dos à cet imbécile. Que diable demande-t-il là? Si nous étions prévoyants,nous ne serions plus français.