‹ La Vie parisienneChapitre 344 sur 662 · CÉL1MENE, ROSE · texte numérisé non relu

CÉL1MENE, ROSE

célimène. — Faites porter cette lettre au théâtre, je ne jouerai pas

ce soir. ' r-^'''^w-\ <

eûse. — Madame no jouera pas ce soir?

célimène. — Non.

eose. — Ce n'est pas possible. Le jour anniversaire des débuts de madame à la Comédie-Française.... Le Jeu de l'Amour et du, Hasard et la Gageure imprévue.... Tout Paris. y sera....

célimène. — Eh bien ?

rose. — Les affiches sont posées.

célimène; — On les ûtera.

rose. — Que va penser monsieur le comte?

célimène. — Ce qu'il voudra.

rose. — Et tous vos amis qui ont préparé leurs bouquets poaf les jeter sur la scène?

célimène. — Ils les jetteront dans la rue. rose. — Et les journalistes, les....

célimène. — Rose, donnez-moi mon flacon. rose. — Le voilà, madame.

célimène. — Ne me dites plus rien. Personne ne m'aime. rose. — Mais, madame, tout le monde vous adore. célimène. — On m'adore, mais on ne m'aime pas. rose. — Enfin, madame, moi je vous aime. célimène. — Enfin, Rose, allez-vous en. (Exit Rose.)

(Rentrant.) Monsieur Félix Berton.

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CELIMENE, FELIX,

célimène. — Bonjour, mon cher Lundi, comment se porte votre feuilleton?

pélix. — Madame, mon feuilleton se porte à l'imprimerie, et vous? célimène.— Je réponds toujours « très-bien, » pour éviter les observations. Qui vous amène?

Félix. — Rien. Faut-il m'en aller?

célimène. — Non, asseyez-vous. Qu'est-ce que cela? félix. — Mes épreuves, dix colonnes du haut desquelles je vous contemple.

célimène. — Déjà?

félix. — Le journal paraît la veille. D'ailleurs je vous ai vue trente fois dans les deux rôles.

célimène. — C'est toujours la même chose, n'est-ce pas?

félix.— Avec mille nuances délicates.... L'art, comme la nature, so transforme à l'infini.

célimène. — C'est superbe. Continuez votre feuilleton.

féi.ix. — Voici les épreuves. Voulez- vous que je lise?

célimène.— Non, je sais par cœur : « C'était fête hier à la Comédie- Française.... tous les admirateurs.... bravos.... bouquets ... Marivaux.... etc.... »

fèlix. — N'en parlons plus.

célimène. — Il servira pour une autre fois.

félix. — Il servira ce soir.

célimène. — Je ne joue pas ce soir.

23 juillet 18M.

Félix. - Vraiment ?

célimène. — Sans doute.

Félix. — Bien vrai ?

célimène. — Tout ce qu'il y a do plus vrai. félix. — Peut-on savoir?

CÉLIMÈNE. — Non.

félix; — Soirée perdue. Je joue de malheur.

célimène.— Je vous sais gré de l'intention, et nous n'en serons pas

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moins bons amis.

félix. — C'est ce qui me désole.

célimène. — A la bonne heure, vous posez franchement votre candi-

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aature. Savez-vous que vous êtes un amoureux terrible :

félix. — Comment l'entendez-vous '.'

célimène. — Je ne dis pas un terrible amoureux. Vous me compromettez.

félix. — Moi!

célimène. — Certainement. Y a-t-il de la raison à m'encenser tous les lundis comme vous le faites? En bonne camarade, je vous préviens que nous nous brouillerons, si vous ne mettez pas de l'eau dans votre encre.

félix. — Sérieusement?

célimène, — Sérieusement.'

félix. — Voulez-vous maintenant que je dise du mal de vous?

célimène. — Ce serait la même chose que d'en dire trop de bien.

Mon cher Lundi, je me fais vieille, je n'aurai plus qu'une passion, et

ce ne sera pas vous.

felix. — Je le sais bien. C'est égal, jusqu'à ce que vous me chassiez, je viendrai vous lire mon feuilleton, comme par le passé.

célimène. — Venez, j'écouterai même volontiers le récit de vos infortunes platoniques.... Suis-je bonne femme, dites?

félix. — Oui, hélas !

. célimène. — Allons, au revoir, et que votre feuilleton vous soit léger.

félix. — C'est bien décidé?

célimène. — Quoi ?

félix. — Vous ne jouez pas ?

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CELIMENE. — Non.

félix. — Vous ne voulez pas m'aimer?

célimène. — Non.

félix. — Je vais de ce pas me jeter a. la rivière. Adieu, madame.

célimène. — Au revoir. (Esit.)

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CÉLIMÈNE seule.

Mon Dieu, quelle vie je mène !... Non, personne ne m'a jamais aimée.... Des fadeurs banales, des flatteries intéressées, des vanités satisfaites.... Mais un amour vrai?... L'art et la gloire! parlons en!.,. Misère et mensonge! Ccs; deux choses-là ne m'ont guère donné que do-s névralgies. Et l'âge vient.... Et de toute ma vie, que rcstera-t-il ? Mon nom sur des affiches, quelques souvenirs, et des hommes, qui, n'ayant jamais pu m'acheter, iront me calomnier. Bah 1 pensons à autre chose, si je ne veux pas réellement me rendre malade. (Elle prend une lettre clans un chifibnuier.) Voilà la dernière lettre de mon collégien.... Albert Despagny, élève (le rhétorique à Bonaparte.... Il me raconte ses joies, ses chagrins ; je suis sa confidente.... c'est charmant... 11 doit bien avoir dix-sept ans.,. Avec sa jolie moustache, il a un petit air crâne... et des yeux si bons, si ignorants, si confiants ( ri même temps 1... c'est qu'il est tout-à-fait gentil !... En vérité, c'est le seul être qui m'intéresse au milieu de tous ces mendiants de sourires. (Elle lit.)

t Quel malheur que Beaumarchais soit défendu ici. Je suis

a forcé de copier mes pensums dans le Misanthrope, bien que j'aime

« mieux Rosine que Célimène. Hier, j'ai eu le plaisir d'aller en pri- « son. De la fenêtre, on voit des arbres, et je peux penser à vous <> toute la journée sans être dérangé. Comme je voudrais savoir « écrire des comédies, et être beau comme Chérubin, que vous aimez « tant. . . Heureusement, c'est une actrice habillée en page, et je n'en « suis pas jaloux.

« Je ne sais si vous lirez cette lettre, mais cela ne fait rien. Je suis « heureux en vous écrivant; je m'imagine que je vous parle, et je « n'oserais pas vous parler autrement. 1 L'autre jour, j'ai cru vous « voir passer dans la rue. .. je m'étais trompé, , mais il m'a semblé « que j'étais ivre. . .

« Pourquoi ne me regardez-vous jamais ?. . .

(L'ingrat, je joue mieux quand il est là, et je ne regarde que lui.)

(Lisant.) « Est-ce vous qui mettez, pendant les entr'actes, deux doigts ir dans le trou du grand rideau rouge? Est-ce que vous aimez quel- « qu'un? L'autre jour, en sortant du théâtre, je suis venu jusqu'à a votre porte; les fenêtres étaient éclairées... » (Elle entend des pas et cache vivement la lettre.) ~

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GELULE, LE COMTE.

le comte entrant. — Je viens d'apprendre une nouvelle qui a le privilège de me surprendre, chère amie. On dit au théâtre que vous ne

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jouez pas ce soir .'

célimène. — C'est la vérité.

le comte. — Ètes-vous indisposée ?

célimène. — Je me porte fort bien.

le comte. — Je ne vois pas le motif?. . .

célimène. — Il n'y en a point.

le comte. — Il y a du moins un prétexte ; pourquoi ne voulez-vous

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pas jouer :

célimène. - Parce que je. ne le veux pas.

le comte. — Voilà une réponse de femme. . . Et le public ?

célimène. — Que m'importe le public? Suis-je forcée de l'amuser? M'amuse-t-il, lui?

le comte. — Comme on voit bien que vous êtes son enfant gâté. Voyons, qu'avez-vous? Suis-je votre ami?

célimène. — Cher comte, je m'ennuie à mourir.

le comte. — Que faire à cela?

célimène. — Me laisser seule avec ma migraine.

le comte. — Célimène, vos caprices sont des ordres sacrés pour moi. (Il lui baisé la main.) A ce soir.

célimène. — Comte, vous êtes bien aimable de vous en aller. AAââffirfMfn gsnii9ii 8<>h aotwijfi'ni'I si«rino;> ot. ,8Bq xuw no auo/ ]

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iunjtun au iovuotJ ei.fi m woq jjon neid ataUtwwM âfflp tàJnsv I CÉLIMÈNE, LE MÉDECIN DU THEATRE.

le médecin entrant. — Eh bien! eh bien! chère amie, quelle belle santé! Je suis ravi. Six mille francs de location, des illuminations à giorno, des municipaux à cheval, une émeute devant le théâtre, et trois mille personnes dérangées, sans me compter; qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire? Ne me tirez pas la langue comme cela, c'est très vilain. Vous vous portez bien, vous jouerez ce soir, eh?

célimène. — Non.

le médecin. — Comment non? Je vous dis que nous jouerons. Si vous aviez, seulement une toute petite attaque de nerfs, comme dans... mon Dieu, cette pièce... enfin, vous jouez si admirablement cette scène-là que je m'y laisserais prendre. . . Dites-moi, vous jouez, c est

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23 juillet 1864.

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bien convenu, n'est-ce pas? Si je dressais un procès-verbal, j'aurais l'air d'un garde-champêtre... Voilà qui va tout-à-fait bien comme cela, je cours semer cette bonne nouvelle, (n SOrt en courant.' celimene crlaut. — Docteur, je ne jouerai pas.

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le médecin. — Oui, oui. Adieu, chère amie.

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bose entrant. - Une lettre pour madame.

célimène, — Donne, (a part.) De mon collégien, je l'attendais! (Elle

lit:)

I.rril'UJ'O 9D*Oïïï91 9fr 9i S^t rf Jvo Ir brrrnii yjj'jim auûf *ii lui^Tidl « Les journaux annoncent pour ce soir l'anniversaire de vos dé-

« buts. J'ai eu le bonheur d'arriver à temps pour avoir une stalle.

et C'est le n° 32, côté gauche, au 3e rang. C'est donc vrai; je vais

« vous voir une soirée entière. Si vous saviez comme je vous aime.

« Quand les violons chantent, ils me déchirent le cœur... Tout le

« monde doit vous aimer ainsi, n'est-ce pas? et je n'ai rien qui puisse

« vous faire envie. Je n'ai pas môme le courage de sonner à la porte

« de votre maison. Pourtant, il y a des moments, lorsque vous êtes

« en scène, où je crois sentir votre regard s'arrêter sur le mien, et

« alors j'ai un nuage dans les yèiix. Si je pouvais vous voir.un quart

« d'heure ! Dites, si vous le vouliez, il ne serait pas difficile de mettre

« ce soir une fleur à votre épaule. Cela signifierait: J'ai lu vos lettres

« et je vous permets de venir. Mais vous ne le voudrez pas. Ce qui me

« console, c'est que rien au monde ne peut m'empècher de vous voir.

a de vous aimer, et de vous le dire....

•àihày ai jaaD — .sniuua'j *'99isûuailjfri 8uo/-89jJt — .autos aj

.U9KI not uiioq 9m al — .afiâfiuaa CÉLIMÈNE. — LE COMTE.

célimène, à ckmi-couchéc— Ah! il viendra ce soir... (Le comte parait.) Vous n'êtes pas parti ?

le comte. — Pardonnez-moi, chère amie, j'ai eu un remords. Je no vous ai jamais rien demandé, n'est-ce pas? Eh bien, accordez-moi une grâce... jouez ce soir, et vous me rendrez bien heureux^

célimène (à part). —'Il n'osera jamais venir tout seul... Oh I les innocents, les innocents .. les mains pleines !

le comte. — Songez quel chagrin vous allez causer à vos amis, votre royauté, d'artiste peut en souffrir, Vos triomphes me sont plus chers qu'à vous.

célimène. — Ils flattent votre vanité.

le comte. — N'en aurais-je pas le droit?

célimène. — Cela vous coûte assez cher, n'est-ce pas? , le comte. — Ah fi ! Célimène?... Vous êtes injuste, mais je no vous en veux pas. Je connais l'influence des heures mauvaises... Que faut-il donc vous dire? Faut-il vous supplier ?...

célimène (à part). — Oh ! mes nerfs... la fringale... J'ai envie de mordre dans une pomme verte, acide...

le comte. — Célimène, votre silence me désespère .. Il faut, en vérité, que je vous aime bien peu, pour ne pas trouver un mot qui puisse vous convaincre.

célimène, se levant. — Tiens ! vous avez à votre boutonnière, une jolie fleur. Donncz-la moi? Voulez-vous?

le comte. — Je vomirais vous en donner une corbeille.

célimène. — Comte, tu es un homme charmant... Eh bien, oui, je

iBi;>*: iiuji 93-ja9iip ï9lônioo 9!rt ança *9^tt&tèo watioviBa \>lïlm aioij jouerai ce soir et je porterai tout le temps, cette fleur à mon corsage.

le comte. — Célimène, vous me voyez bien heureux ; vraiment, je

vous remercie.

L célimène. - Pauvre ami !

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MES VOISINS DE CAMPAGNE

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