ENCYCLOPÉDIE MILITAIRE ET MARITIME
Voilà des titres bien sérieux, et en lisant ces gros mots, plus d'un lecteur froncera tout d'abord le sourcil, en disant : un livre de science? Est-ce bien l'affaire d'un abonné de la Vie Parisienne? Eh bien ! on se tromperait, je viens de parcourir les deux volumes dont se compose ce nouvel ouvrage, et m'y suis intéressé, non pas comme à un roman, ce serait trop pou dire, mais comme à la conversation d'un homme profondément instruit des choses militaires et qui aurait bien voulu pendant plusieurs heures répondre à toutes mes questions, et cela dans un style net, mâle, et pittoresque, avec cette autorité persuasive qui résulte toujours de la hauteur et de l'impartialité des vues. Ajoutez que de toutes les sciences, la science des choses militaires est peut-être la moins abstraite, je veux dire celle qui tombe le plus sous les sens, et traite le plus de sujets que nous avons tous les jours sous les yeux, armes, uniformes, manœuvres, batailles ou sièges; le pittoresque côtoie ici forcément le technique; un retroussis d'uniforme, une forme de baïonnette, un principe d'équitation, un dicton militaire, une courte biographie vous ouvrent tout un monde do rêveries, fantasmagorie scientifique où viennent se fondre tous les usages, tous les souvenirs, tous les héroïsmes du passé et du présent. L'auteur de cet ouvrage est monsieur le comte de Chesnel, lieutenant colonel d'infanterie et ancien marin ; je ne puis que lui exprimer ici le plaisir que m'a fait cette lecture, laissant à de plus dignes de prononcer sur la valeur scientifique de son œuvre. Un artiste bien connu, un des meilleurs élèves de Charlet, Jules Duvaux a jeté dans cet ouvrage douze cents croquis au trait qui précisent et complètent les descriptions. Il s'est modestement effacé devant les documents originaux qu'il n'a cherché qu'à traduire le plus fidèlement possible. Aussi ce livre s'adresse-t-il selon moi, non pas seulement aux officiers, aux personnes spécialement vouées à la carrière militaire, mais encore aux artistes, aux écrivains, aux gens du monde, curieux d'avoir sur chaque époque des renseignements précis. Les vignettes de cette, page, extraites des deux volumes en sont la preuve. Cette impénétrable et mystérieuse armure a élé copiée au musée d'artillerie; ce pittoresque cavalier, moitié gentilhomme, moitié bandit, doit sortir d'un de ces profonds escadrons qui chevauchent tout le long de l'immense siège de La liochelle de Cahot; ce mousquetaire portant la livrée royale assistait à quelque entrée de ville de Vander Meulen ; ce lourd cavalier Louis XV, aux grandes bottes, figurait dans quelque choc de cavalerie de Parrocel ; ce leste et coquet hussard, ce pesant cuirassier à crinière sont de vieilles connaissances pour les collectionneurs des lithographies de Carie Vernet. De même des portraits. De même des moindres engins, canons, fusils, sabres, détails defortifications, etc., et ce n'est point là la partie la moins intéressante de ce consciencieux, savant et artistique ouvrage. Avec les auteurs, l'on doit aussi remercier monsieur Le Chevalier, un des rares éditeurs qui croient encore au succès des belles et bonnes publications.
(i) Chez Armand Leclicvalier, 60, rue Richelieu.
vu-:
Mousquetaire du roi (1005) (d'après Vatider Meulen)
Arquebuse
Kléber (daprès Guérin)
Lo maréchal Ney (d'après le cabinet des estampes)
Uniforme de cavalerie (xvm= siècle) (d'après Parrocel) '
Hussard-Ghamboran (d'après Carte Vernet)
Cuirassier (1807) (d'après Carte Vernel)
Mousqueton de cavalerie
Le Propriétaire-gérant, MARCELIN,
Paris. — top. KUGELMANN, 13, rue Grange-Batelière.
30 juillet 18G4.
A Madame