SCÈNE PREMIÈRE
MIREPILE el REINE.
Reine. — AmÊre dérision!... Voici que - noire ancienne vogue s'est éclipsée' derrière
Le gaz !. . c'est le progrès, père l'a
Mirepile sa déguise en renom
niée pour tenir les comptes legaz !...
de l'hôtel du Père Navrant.
MIREPILE.
chère pupille; et le progrès, c'est la décadence. Votre énergiqucmentprouve,lui qui, boudant la nouvelle clientèle, a préféré se séquestrer fièrement dans son hôtel enfumé. 11 a protesté contre le gaz et les dorures pour rester fidèle /• à l'antique système de nos pères. ç
Reine. — Heureusement il s'est éteint avant que la décadence ne fût complète.
Mirepile. — Hélas !... Quel homme de sens! Il appréciait combien le luxe coûte cher. 11 le disait déjà du temps où les diligences remplacèrent les coches : « Cet enragé progrès perdra la France 1... »
P.eine. — N'avait-il pas raison ! Et que ; n'ajouterait-il pas aujourd'hui que les che- "tï^ min de fer. ont frustré diligences et maîtres de poste ? Ils avaient pourtant aussi leurs pri- Polgot , loin dos quinauets viléges, eux ! promenant son indolence.
Une bien bonne...
bonne.
Mirepile. — Hélas! hélas! nous en savons quelque chose. 11 ne nous reste plus que cette maison délabrée et un livre de cemptes dont je fais les mémoires.
Reine. — Autrefois nous accaparions tous les voyageurs de qualité.
Mirepile. — Je ne m'en aperçois que trop par les mémoires que l'on vous doit et que je compile.
Reine. — Tout est changé aujourd'hui et ■ — sous prétexte de progrès — c'est le Soleil Icui.rt, — une auberge I!! — qui râflc tout à cause de son gaz... Comme s'il ne s'agissait que d'éclairer !...
Mirepile. — Laissez faire... Plus ils donneront de lumières, plus on en exigera, lis n'y pourront toujours suffire, et la clientèle les abandonnera à leur tour.
Reine, amèrement. ■ — Le quinquet pourtant suffisait autrefois au bonheur de tous. Njus hébergions alors de hauts seigneurs et le Roi lui-même un jour...
Mirepile. — Hélas 1 trois fois hélas !... Ceci n'est plus que l'histoire du temps passé.