UN MOT SÉRIEUX
On a le cœur serré lorsqu'on constate l'esprit do dénigrement que certains écrivains apportent dans l'appréciation des choses do la religion. 11 semble qu'un titre pieux sur un livre le condamne fatalement aux sarcasmes et aux injures. Où veulent en venir ces grands pourfendeurs de choses saintes, dans quel but ces ricanements et ces moqueries ? Mais j'arrive au fait :
M. Bonafous qui se trouve, chose assez ordinaire, cumuler les fonctions de chef d'orchestre d'un bal champêtre et de serpent des pénitents blancs à Carpcntras, — annonce dans un prospectus un recueil intitulé : la Terpsichore pieuse, ainsi que les Parfums, quadrille mystique.
Or, la Gazelle des Étrangers se fondant sur les deux professions de M. Bonafous et sur les titres bizarres, — dit-elle, — de ses œuvres, n'a point assez de railleries à jeter à la tète du nouveau compositeur, et finit par dire, en bon français, que pareils titres sont impossibles. Quoi I parce que M. Bonafous aura cherché le moyen de purifier pour ainsi dire la danse, cette distraction préférée de la jeunesse, il sera bafoué et honni? N'a-t-on pas dansé devant l'arche, je vous le demande? En quoi la danse, que les tendances immodestes d'une société pervertie a rendue dangereuse et souvent coupable, ne pourrait-elle pas, avec l'initiative courageuse d'un homme de bien, redevenir honnête, pure et chaste?
Mais pourquoi cette expression de Terpsichore pieuse et de Parfums, quadrille mystique?
Ah ! je vous attendais là. — Ces titres,^spirituellement candides, — n'en déplaise aux railleurs, — ne sont-ils pas l'expression exacte de ce que tente M. Bonafous? à savoir : l'alliance de ce qui est profane à ce qui est religieux, la douce influence de la dévotion dans les plaisirs
24 septembre 1864.
môme de notre jeunesse frivole, une sorte de patronage pieux de la religion exercé sur les plaisirs mondains.
Mais alors si ces titres vous font sourire dans votre orgueil, que ne riez vous aussi' de ceux qui se trouvent dans les bibliothèques chrétiennes ?
Que ne raillez-vous la Rose mystique effeuillée, — où le Saint Rosaire expliqué dans ses mystères, clans son organisation, comme garde d'honneur de Marie, et dans ses indulgences (relié en maroquin chez l'éditeur Danchu), ce livre plein d'onction et de foi vraie ! ou bien encore :
La Lyre mystique, qui est le pendant du précéd nt, par le R. P. Marie-Franc i-, — directeur général du Rosire perpétuel.
Raillez, raillez, vous qui ne croyez uns, raillez l'adorable volume intitulé : Extatique de Kallem ou les Vierges stigmatisées du Tyrol, actuellement vivantes , par l'abbé Nicolas, témoin oculaire... oculaire I — le cadeau le plus flatteur qu'on puisse offrir à une personne pieuse qui part pour la campagne ;
Et, ce livre véritablement adorable : Souvenirs d'amour entre le Sacré cœur de Jésus et l'Ame pieuse, pendant le mois de juin, spécialement destiné aux couvents de jeunes personnes;
Les Heures choisies de ces dames chrétiennes, — recommandé par monseigneur de Dijon ;
La Corbeille Eucharislicjue, par l'auteur de : la Communion, c'est la Vie ;
La Femme comme il faut, par le R. P. V. Marchai,
Et les délicieux cantiques édités chez Periore : Amour de Jésus en si bémol, — Fleurs du Carmel, — la Lyre angélique.
Ou bien encore les pieuses compositions de l'abbé W. Moreau, que tout le monde veut avoir dans son salon : le Baptême (cantate), — le Bourricjuct de ta mère Grégoire, — la Lyre angélique, - Le Triomphe des Mirlitons, — V Eucharistie (cantate), — You-You (chant villageois), la Voix des Fleurs et la Couronne harmonieuse.
Que ne plaisant-z-vous le Petit jardin spirituel ou l'Ame déprise du monde, de la fausse spiritualité et de la philosophie, et conduite par des voies mystérieuses et inconnues au plus haut degré de la perfection chrétienne, — ce Jivre, délicieusement écrit par l'abbé J. M. Genson et chaudement approuvé par monseigneur do Toulouse ?
Que ne raillez-vous : Eerin de Paraboles (2 jolis volumes), — la Sa^lelle vengée, — Berlhc ou le Pape et l'Empereur, délicieuse production ou la profondeur des vues s'allie à l'élégance du style?
Premiers Chants de ma Lyre au Patriotisme et Religion, — Fleurs des Blés; — et les vrais bijoux de l'abbé Ottmar : Violettes : le Petit Bonnet.
— Myosotis : le Secours de Marie. — Bluets : l'Amour et la Croix. — Pervenches : Madeleine. — Anémones : Malhilde et Isabelle.— Jacinthes : Joseph, Antoine. — Ou trouverez-vous plus de fraîcheur et de poésie naïve ?
Tout pour Jésus, par le R. P. W. Faber. — Les Vives flammes de l'Amour (divin), —Ecole du Saint Amour,— Le pain des Anges,— Coriolan ou le Petit Voltaire,— Petit Jardin des Roses et Vallée des Lys et le Banquet de l'Agneau.
Railler Albina ou la Pieuse modiste, par le R. P dominicain Melot, qui est en quelque sorte un petit chef-d'œuvre; — Adélaïde ou la Couronne de Fer, — Les Petites Vertus ou le Salut chez soi (pour les personnes impotentes), - Astre du soir, — Cercle de fer, — Etoile du malin, - Les Malices de Gribouille,- Le Pensez-y-Bien,— Saintes Joies de l'Ame fidèle,
— Tribulations de Robillard, — autant de charmantes et pieuses lectures qui forment une petite collection dont M. Putois Cretté est l'éditeur. Le Spéculum Trinilalis de M. Bouverat trouvera-t-il grâce devant vous? ou vous attaquorez-vons au magnifique ouvrage de monseigneur de Ségur : la Confession avec un prologue pour les récalcitrants ?
Si j'ai cité tous ces ouvrages dont les qualités indiscutables ont mérité les plus hauts patronages, c'est qu'il m'a semblé que c'était là le moyen le plus simple et le meilleur de défendre les ouvrages de M. Bonalbus contre la coterie des railleurs
Cette cabale des railleurs, des dévots de l'impiété, me rappelle un petit fait, douloureux à rappeler, mais qui peint bien ces âmes et par cela mémo peut-être d'un salutaire enseignement.
R y a quelques années, je venais de visiter un de mes collègues alors au séminaire de Baint-Sulpice et je passais rue Cassette, lors ,ue j'aperçus affiché à la devanture d'une librairie religieuseun livre dont le titre m'attira tout d abord. Ce titre était celui-ci : Non, Jésus n'eslpas aimé! Je m'approchai et j'aperçus écrit au crayon, d'une main dont l'impudence me révolta, ces mots : Non, c'est que j' tousse ! C'e.-t ainsi qu'à notre malheureuse époque les plus délicates et les plus saintes pensées sont le but d'inqualifiables railleries.
C'est ainsi que M. Bonafous trouve clans l'exécution de ses pieux projets une opposition indigne que je ne veux pas qualifier
CHOSES ET AUTRES
C'est le 26 septembre que Nadar et le Géant s'élancent de nouveau îi travers l'immensité. Le célèbre photographe s'est dit-on, arrangé avec la Lune. Celle- ci avait d'abord refusé do paraîtra, alléguant, comme prétexte spécieux, qu'elle entre le 22, dans son dernier quartier. Nadar lui a répondu que. ces détai's ne le regardaient, pas qu'il avait besoin d'elle pour éclairer son voyage et qu'après tout ce que lui, Nadar, avait Tait pour le soleil, la lune ne pouvait lui refuser cette petititc gracieuseté. Le procès est diflnitivement. gagné. La lune jouera un tour au bon dieu, qui ne s'en apercevra pas, et se placera do manière ît voir et à être vue. L'un et l'autre ont influé sur sa détermination.
Notre époque a la manie des souscription'. Manie est un terme poli : lisez délire. Depuis le 1" juillet j'en ai comp'é quatre-vingt-onze. Un peu plus que de jours. C'est line dépense, qui demande à être inscrite sur le budget des ménages. On sousciit pour tout le monde et à propos de n'importe quoi. Incendies, vignes ravagées, mère de famille, sœur, frère, enfants, galériens endurcis, le - le titre et la profession n'y font rien. Un tel a volé, souscription ; cette cuisinière a répandu le bouillon, souscription; la petite nièce du petit neveu d'un des beaux-frères de Lulli n'a que vingt, mille livres de rente, et. point de buste, souscription..', je dois convenirque cette rage est d'ailleurs relativement inoffensive. La plupart de ces souscriptions ne recueillent gnère plus de 50 francs, qui servent à payer les frais. J'en connais une de cent sous.
Il s'est fait une expérience d'éclairage par la magnésie. C'est prodigieusement lumineux ; on ne dit pas. si, dans cette transformation la magnésie conserve l'utilité, qui lui est reconnu par la pharmacie. La lampe alors serait à|deux fins. On verrait clair... et on... digérerait.
Le Salut public rend compte d'un vio'ent orage qui a éclaté sur Lyon.
« Le fluide dit-il, est sorti par où il était entré, c'est-à-dire par la fenêtre, sur sa route, une fort élégante jumelle a disparu.»
Le Salut public ne ferait pas mal de donner le signalement do ce fluide au commissaire de police.
Avez-vous été au mascaret'! — voilà trois fois qu'on m'adresse cotte question à laquelle je réponds négativement. Caudebec avait dimanche un mascaret ; .Caudebec en est très-fière; il paraîtrait que le mascaret est une chose extraordinaire qui pose une ville. Caudebec va aux astres ; Caudebec se regarde comme ane cité exceptionnellement douée ; Caudebec se met le poing sur la hanche et devient tout-à-fait majestueuse. Trois poètes Caudebecgeois ont descendu hier au Grand Hôtel ; le premier apporte une chanson à Thérésa ; le second une tragédie à l'Odéon, et le troisième une cantate au Conservato're.
Blondin ne suffisait pas aux amateurs; on niait son identité. Blondin est remplacé par Mlle Blondin, dont on ne peut contester la célébrité, puisqu'elle n'en a jamais eue.
Le Satin des Sept châteaux du diable doit être content. Quand il se promène à Paris, rien ne l'empêche de se croire dans son enfer. La couleur rouge est à la mode. La robe est à carreaux rouges ; le jupon est rouge ; la plume de la coiffure est rouge. L'autre jour, je rencontrai une. petite dame, ainsi costum'e, au bras d'un monsieur corpulent, tout à fait babillé de noir. La dame avait l'air, comme cela se dit quelquefois, de sortir de la poche de son cavalier. Je pensai (Dieu me pardonne cette comparaison) à une écrevisse déjà cuite qui sera't parvenue à s'échapper du chaudron.
Dans une des dernières statistiques , on a calculé qu'à Paris, le seul commerce des parapluies donne lieu à une fabrication, représentant 18 millions de francs. L'exportation ne prend sur cette somme que 3 millions. Voilà la plus sanglante satire qu'on ait écrite contre notre doux climat.
A Bade, on continue à s'occuper beaucoup du renvoi dés dames du demitnond\ On a mis à la porte les plus remuantes pécheresses. Bade collet monté ! Le jeu faisant la guerre à l'amour! Mercure poursuivant Vénus!
Dans une ville de province on fait une neuvaine contre M. Renan. Que peut-on demander au ciel? La mort du coupable? Impossible. Sa conversion ? Dans ce cas le mot contre est joli.
Je reçois le prospectus de la maison Lêvesquc, rue Honoré-Chevalier j qui me parait être le rspré -entant le plus complet do la fashion ecclésiastique.
Il m'est impossible, malheureusement, de citer tout au long les innombrables détails de lingerie qu'offre la maison Lêvesque. à la coquetteiie de ses clients.
Mais dans le paragraphe traitant la question desdraps mortuaires, impossible de faire preuve de plus de goût. L'élégance, le comfortable et le sentiment religieux sont à là fois resperés II y a surtout une croix parsemée de larmes en bosses avec une très joj ie guirlande de feuilles d'olivier relevée en bosse et rehaussée de paillettes qui doit être d'un effet délirant, surtout, si on y joint les quatre belles tètes de morl avec ossements que M.Lévesque propose d'ajouter pour la modique somme de 10 fr. en plus.
Que pensez-vous, me disait un ami, de ces nouvelles bâtisses militaires qui vont masquer la rue de Notre-Dame, 'cette vue qu'on aurait pu se ménager
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superbe jusqu'au bas du Pont-Neuf en dirigeant les constructions en dehors de l'axe de la vieille église ? Hélas ! faire un boulevard Malesherbes pour une église Saint-Augustin, espèce de Sainte-Sophie bàiarde qui grelotte et se dodeline, percer une voie dans la Chaussée-d'Antin pour une Trinité à flèche de 1 caoutchouc, où l'architecte a tracé des dessins assez jolis, mais eu oubliant tellement l'effet général, qu'il donne il son campanile une fois et demie la hauteur du vaisseau (voir ; Strasbourg). Puis, lorsqu'il s'agit de la vieille Notre-Dame d'une relique classée dans les chefs-d'œuvre par l'admiration universelle, quand l'occasion s'offre de la dégager à jamais dans le plus beau point do vue du monde, au bord des quais, perdre cela de gaîté de cœur et emprisonner au milieu des moellons la pauvre grande merveille! '
Hélas ! et l'admirable restaurateur de Notre-Dame, M. Viollet-Lcduc luimême, garde le silence 1. Que dis-je, il se met aussi de la partie, ce savant manieur de pierres ; il oublie tellement l'effet pittoresque et n ême le sens symbolique de ce qui n'est pas muraille, qu'il renverse à l'intérieur do la basilique l'ordre rationnel, artistique et mystique de la lumière dans les vitraux. Il place en haut, par exemple, les verrières les plus chargées et les plus sombres, au centre les plus lumineuses et les plus vives et en bas les vitres blanches, froides, ternes, qui laissent entrevoir les maisons sur les bas-côtés. Tout cela certes, au rebours de ce sentiment que connaissait bien le moyen- âge, et qui exige en bas des vitres hautes en couleurs, masquant le voisinage et réchauffant de leurs lueurs les ombres venues des rues éiroites; plus haut des vitres plus claires et très^vives; au sommet enfin, la lumière du ciel, c'est-à-dire des rayons éblouissants au lieu de flammes; ainsi la lumière artificielle du vilrail s'harmonise avec la lumière céleste dans un mystérieux éclat et une parfaite gradation. Mais est-il donc irop tard pour signaler ces solécismes.
Je suis allé a l'Odéon, qui est véritablement un peu loin; mais je tenais a voir la pièce de M. Louis Leroy, que l'on nomme, commevous savez, le» Plumes du Paon. Il y a dans cette pièce une verdeur de facture qui sent la jeunesse et fait plaisir. M. Leroy y a dépensé beaucoup d'esprit, et on somme U succès qu'il obtient s'explique quoiqu'il semblé un peu exagéré. L'auteur, en effet, a fait preuve de plus de talent que de sincérité, il s'est laissé allé à faire une pièce avec une situation qui lui a paru dramatique, et qui l'est en effet, qnoique conventionnelle. — Je parie de la scène de la première représentation, — et autour de cette scène qui l'a grisé , il a placé trois actes et demi comme on met du cresson autour d'un poulet.
Ce pauvre jeune homme qui se trouve, après avoir vendu sa pièce, assister au succès de cette même pièce, sans pouvoir revendiquer' son titre d'auteur est certainement dans une des positions les plus désagréables qui se puissent trouver, maison n'est peu ému : on sent la main habile de l'auteur qui a disposé tous ces faits désolants et l'on se dit : heureusement que tout cela n'a rien de réel : c'est M. Leroy qui s'amuse. — Les ficelles — passez-moi le mot — vous sautent aux yeux, on se sent dans un milieu factice que les peintres qualifieut d'un mot expressif : le chic. Dans chaque rôle, on voit l'acteur avant le personnage qu'il veut représenter.
Aucun de ces accents que donne l'étude sincère et naïvede la nature. Il manque là le souffle qui anime, le mot qui fait vivre, l'observation juste, profonde, vraie, qui attire et émeut. Vous me direz que tout cela constitue le génie? Cela est vrai ; mais quand il s'agit d'études de mœurs contemporaines, peut-on ne point fonger à Balzac, à Augier, et aussi à ce petit chef-d'œuvre de sincérité et d'observation qu'on a joué aussi à l'Odéon, et qu'on appelait le Testament de César Girodot.
La femme auteur qui apparaît en costume de bains de mer avec un manuscrit dans l'estomac n'a rien de réel. Jamais une femme du monde n'ast venue se faise insulter de la sorte par le directeur d'un affreux petit journal comme celui-là.
Le beau-père est cet éternel bourgeois grotesque , mais faux, qui traîne partout cettefameuse tête de Turc sur laquelle aiment à cogner les lils d'Apollon. — Le vrai bourgois est à la fois moins'grotesque et pins comique.
Je dois avouer maintenant que l'Odéon a le curieux privilège de décolorer, d'enlever à ce qu'bh y joue l'individualité et l'accent. Il faut une bonne volonté rare, une puissance d'imagination particulière' pour ne pas se laisser influencer par cette rampe fumeuse, ces décorations huileuses et effacées, cette salle qui semble éclairée par une, veilleuse. — On se croit en province, et le talent des acteurs, qui n'est pas toujours remarquable, a la plus rude de toutes les tâches, celle d'effacer d'abord de l'esprit du spectateur une pénible impression. Rien, dans ce malheureux théâtre ne va comme ailleurs. Il n'est pas jusqu'au chef d'orchestre — je serais fâché qu'il se blessât de mon observation, — qui trouve moyen d'avoir- une perruque trop courte de trois doigts par derrière; cela attire l'attention et préoccupe.
^ Je trouve enfin que, depuis quelques années, on a mis trop d'artistes ou d'hommes de lettres en scène. — La carrière de3 arts et certainement une jolie
. carrière, mais je crois vraiment que les misères qui l'accompagnent n'intéressent que médiocrement la public.
A l'Opéra-Comique, Lara poursuit le cours de ses succès. Et pourtant,' à mon avis, c'est, cherchons avec soin une expression qui rende mon idée avec
, douceur— ce qu'on peut appeler une... des platitudes les mieux réussiesque jecon naisse. A l'aspect seul de ces costumes qui ne sont d'aucune époque, à l'aspect seul de cette défroque comique et de mauvais goût qui rappelle les bals co tumé*
• du Marais, on peut se faire une idées juste de la musique et du poème. — A la seule lecture des paroles déplorablement niaises et banales de cet opéra, au seul examen de cette action bourrée d'impossibilités prétentieuses et s'imposant, on a une opinion nette sur la musique et les costumes. Tout se tient dans cette œuvre et c'est pour cela que je la prétends bien réussie. Depuis le simple chant d'amour qui est d'un maniéré convaincu adorable, jusqu'à la scène de la grotte à l'abordaic. . . dans le carnage .. courage... rage... rage... gge — voyons là, franchement, c'est absurde, — Cet opéra me représente la pendule à effet style riche), qui sert de gros lot dans les loteries de province.
Il y a très positivement un public qui correspond à cette fabrication de pacotille. C'est ce public-là qui achète des épées renaissance en fonte et des boucliers en galvanoplastie — pour mettre dans la salle à manger. C'est ce public enfin qu'on appelle laProvince mais qui existe err réalité à Paris.
Sur 500 Parisiens il y a 475 provinciaux dont 500 tailleurs. — Consultez la statistique.
Et pointant quel soin, quelle conviction chez Mme Çalli-Marié, chez Mon taubry, chez Gourdin, chez tous. Trop de soin même, trop de soulignements, c'est nous retourner le fer dans la plaie.
Un mot maintenant sur la nouvelle décoration de la salle de 'l'Opéra-Comique, et en particulier sur la singulière couche de Jaune vif qui s'étale sur tous les cartouches des balaustrades.
Au tempsd'innocence et de candeur où l'on se contentait déjouer le Chalet, le Déserteur, le Postillon de Lonjumeau, le Maçon, ):\ Dame-Blanche, le Domino noir, vrais chefs-d'œuvre, du temps où l'on allait à l'Opéra- Comique pour goûter un plaisir aimable, la salle était bleu rendre, s'il m'en souvient bien d'un bleu discret et harmonieux, la lumière était sobre, respectueuse, les toilettes et les femmes apparaissaient charmantes dans ce milieu tranquille — on était dans un salon, et comme des gens civilisés et bien élevés, on écoutait des choses charmantes dans un milieu charmant.
Peu à peu le public trouva ces plaisirs un peu fudes et l'adminstration crut devoir peindre la salle en vert — un joli vert de pomme crue — p-mr stimuler urr peu la rétine des spectateurs. La musique de son coté prenait de la force et commençait à briser quelques vitres pour que les yeux ne fussent point jaloux des oreilles et que le spectacle fût complet.
Le public néanmoins au bout de quelques années, s'habituant au vert pomme cru et aux vitres cassées, manifesta le désir de quelques améliorations... corsées. Le; musiciens de leur cûié, excités par ce désir bien naturel d'éclipser leurs voisins en faisant plus de bruit qu'eux, cherchèrent et trouvèrent dans le domaine du vacarme des effets puissants et inattendus, les partitions se saupoudrèrent de piment et de poudre à canon. En sorte qu'à l'heure qu'il est, les opéras-comiques nouveaux ressemblent à une tempête, c'est une lutte, un combat. Il y a de la rage à toutes les clefs, et quand on entre ces jours-là dans cet appartement jadis bleu tendre, il semble qu'on entre chez un ivrogne en train de fracasser ses meubles et sa vaisselle.
Dans un tel état Ha choses il était impossible que la salle conservât cette teinte vert pomme qui dénotait encore quelque tendresse, et on fut entraîné fatalement à la maquiller au goût de la musique qu'on y vociférait. Donc l'Opéra- Comique est roug^ blanc et JAUNE. On peut y installer un bal public, un café chantant ou des repas de noce de 300 couverts. C'est aussi riche que possible
.et jaune surtout! — Je donnerais. volontiers quelque argent pour connaître l'auteur de ce jaune. — Ce jaune s'étale avec l'aplomb d'une écaillère cossue dans un bal de banlieue. Il cric : c'est moi qui : suis le fameux jaune, le jaune du progrès, le jaune Thérôsa, je ne suis pas artistique mais j'ai du chien! . .
C'est hier, en écoutant précisément Lara, que ces petites idées me sont venues. Je me disais au milieu de ces excès de bruit, de couleur et de mauvais goût:
'comment cela pourrait-il être autrement. Ne faut-il pas lutter avec les splendeurs à bon marché des cifés, des bouriques et des théâtres rivaux. — La public, habitué à s'enfermer chaque soir dans des phares de première classe, ne se croirait-il pas dans une cave si on le faisait rentrer dans la salle bleue tendre d'autrefois? Le factice, l'impossible, ne sont-ils pas devenus le pain quotidien du gros public qui envahittout ? Après le Bordeaux vient le Bourgogne; puis vient onsuire l'eau-de-vie, que remplace l'absinthe et bientôt l'acide. sulfuriquc est la seule boisson qui ait quelque saveur. — En fait de théâtre nous en sommes à l'acide sulfurique, mais nous avons encore le plomb fondu.
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Le Propriétaire-gérant, MARCELIN.
^aris. — !mp. KUGELMANN, 13, ruo Orange Batelière,
1er octobre 1864.
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