‹ La Vie parisienneChapitre 497 sur 662 · PAPAS · texte numérisé non relu

PAPAS

J^jÉlgfcvtijog bi*J qon ouob li-ia» «isM .ootioluns

"-oD-màqOT sb alir.a cl sb Bolteiooib ollawioo r.l i»<i Jnanslmem lom iiU i08 9l«J9'8 iop Vvi souci 9b o.'buoo ^iluania «I i»8 leHoojrtàq n9 19 ,9upi.<n

.sabcileoalad «ib n9rioon)iS9 aal eiio) .tainA1^ a! wo^sb liulnsHioa s?, no'! Ao loeboro sb 19 ssoasonjtiib eqio*! wA . Lorsque le bébé atteint trois on quatre ans, que son sexe apparaît, dans ses gestes, dans ses goûts, clans ses' yeux, qu'il fracasse ses chevaux de buis, évcnlre ses tambours, souffle dans des trompettes, casse les roulettes et témoigne pour la vaisselle une hostilité bruyante, — 0m un mot il est homme, - c'est alors que l'affection du père pour son hls devient véritablement de l'amour. Il se sent envahir par un besoin de tendresse, particulier, dont les plus doux souvenirs de la vie passée ne sauraient donner une idée. Sentiment profond dont lés racines sans nombre enveloppent, le cœur et le fouillent -en tous sens. — Défauts ou qualités, elles y pénétrent et s'en nourrissent. Aussi retrouve- t-on dans l'amour paternel toutes les faiblesses et toutes les grandeurs do l'humanité. La vanité, l'abnégation, l'orgueil et le désintéressement y sunf à la fois réunis, et l'homme tout entier ^B^aît fePS'É?iBi©flKI à'up 91108 n'd .nonas S: sibuoqabla Insmrq 9b l C'est le jour où l'enfant devient un miroir dans lequel on reconnaît

B^*M^ra^^^\1^fil^8W^W^-Bla v.ia"se.'dédouble, on n'est plus un, mais un et demi, on sent son importance s'accroître et, •^P^^^en.ir de .ce petit être qui vous appartient, on reconstruit son passé,,— on, ressuscite, on renaît en lui. On se dit : je lui éviterai tel chagrin que j'ai éprouvé, j'écarterai de sa route telle pierre qui me fit trébucher ; je ferai son bonheur et il me devra tout, il sera, grâce à moi, plein de, talents et de charmes; on lui donne d'avance tout ce qu'on n'a pas en, et dans ses lauriers à venir on se ménage une petite cou, ronne.. çn^jifo ub ia'teiam svpitëitw saq ?iua »a si. tteyTjilT ouoaisl ,?»iyoiq

Faiblesses humaines sans doute, mais qu'importe, si le senliment qu'engendre cette faiblesse est le plus .fort ei le plus pur de tons; ' qu importe qu'une rivière limpide, naisse entre deux pavés ? Doit-on nous en vouloir d'être généreux par égO'isWié et de nuus dévouer aux, aaiHpâ J*ï JWW^^jfip{W»w4lP JsIdiMoqim'l isaflool oJ teiotertus'I» etbnp»

Dune, chez le père, la vanité est la corde vibrante. Dites à tous

jggjujauUua.obi.'jii'! loinuid 1?. 9iilnieda I sooujaisi ;>op snoans Itr.iw

lia VjSii aiîivili sb liai rt3 — .irmes 9upl9iip lia iop no«'.io<l 9lo9« al ko

— Mon Dieu.; comme votre fils vous ressemble !

Vous serez bien reçu. Il hésitera bien un peu à dire oui, le pauvre homme, mais je Le mets au défi de no point sourire. 11 dira :

— Peut-être .. Ah! vous trouvez'?... Cependant... oui, de profil...

Et ne, vous y trompez pas, s'il en agit ainsi, c'est pour qu'on lui réponde avec étonnement :

— Voilà qui est trop fort, cet enfant est' votre. portrait!

Il est heureux et cela s'explique : cette ressemblance n'est-elle 'pas. un lien visible entre lui et son œuvre, n'est-ce pas sa signature, son cachet de fabrique, son titre de possession et comme la sanction qiî?' constate ses droits ?

S «iangî si eW.m ;fiiol usq fio iuoatoldcShb'i }?<> inp .noslO'l â Mis Mm fit A cette ressemblance, physique succède bientôt une ressemblance morale qui est bien autrement charmante. On est ému aux larmes lorsqu'on reconnaît les premiers efforts de cette. petite intelligence pour saisir vos idées. Sans contrôle, sans examen, elle les accepte et s'en nourrit.— Peu à peu, l'enfant partage vos goûts, vos habitudes, vos allures. 11 prend sa grosse voix pour l'aire comme petit père, demandé 1 vos bretelles, soupire après vos bottes et s'asseoit avec admiration sur' votre chapeau. Il protège sa maman lorsqu'il sort avec elle, et gronde la chien, quoiqu'il ait ■ graud'peur, pour faire comme papa. L avez-vous surpris, pendant le repas, lixant sur vous ses grands yeux observateurs, et, la bouche, ouverte, la cuiller à la main, étudiant votre visage et copiant son modela. avec une. expression d étonnement et de respect? Ecoutez-le, dans ses longs bavardages, \agabunds comme son petit cerveau, ne clit-ïî pas :

— Moi d'abord, quand je serai grand comme petit père, j'aurai des moustaches, et puis une canne, comme lui, et je n'aurai pas peur quand il fait nuit, parce que c'est bète d'avoir peur, quand on est grand, et.; puis je dirai sacré w/fm... puisque je serai grand.

— Bébé .. qu'est-ce que vous dites là ? monsieur bébé!

— Eh bien, je dis comme papa. .toboilS '}»»$)

Que voulez-vous, c'est un miroir fidèle'! Vous êtes pour lui un

.j9uh6v jêt'it abttf m Sib 9flira») ooo «fpmar.iwùi «p o?n ■■ ■ ■ ■. .- ! *nci> ira idéal, un but, le type de ce, qui est grand et, fort, beau etintel-

ligent.

Bien souvent il se trompe, le cher petit, mais son erreur est d'autant plus délicieuse qu'elle est plus sincère et qu'on se sent plus indigne d'une si franche admiration. On se console de ses imperfections en- songeant quil n'en a point conscience.- ■;■ - ; , • ■

Les défauts des enfants sont presque1 toujours des emprunts faits au père, ils sent la conséquence d'une copie trop exacte. Les prémunir? — Oui, sans doute, mais quelle fofke d'âme ne faut-il pas à ce pauvre homme, je, vous le demande, pour détromper son bébé, pour détruire d'un mot sa confiance naïve, et lui dire ; Mon enfant, je suis incorrect, et j'ai des laMeurèoqu'il faut éviter.

Cette espèce de dévotion du 'bébé pour son père me rappelle le mot , charmant, d'un de mes petits compagnons. En traversant, la rue, le petit homme aperçoit un sergent de ville, il'Lexamine avec 'respect éflse retournant vers moi après un moment de réflexion : ^ — N'est ce pas, grand ami, me dit-il d'un air convaincu, que papa ,.est plus; fort que tous les sergents de ville ?

de lui aurais répondu ; non, que nos relations étaient brisées du

: N'est-ce pas adorable''

On peut dire absolument . tel bébé, tel papa. — Notre vie est le seuil de la sienne. — C'est par nos yeux qu'il a vu tout d'abord. Proliiez, jeunes pères, des premiers moments de candeur de votre

.siôlfoici! S3flm0 oui

r octobre 1864.

cher bébé, tâchez d'entrer dans son cœur lorSJUfl^B) J^tif JJfft s:f n"3C tr'ouvre, et logez-vous-y si bien qu'au moment où l'enfant pourra vous juger, il vous aime trop pour être sévère et cesser d'être à vous. Gagnez son affection, la chose en vaut la peine

Etre aime toute sa vie par un être qu on aime! voila le problème A résoudre et vers la solution duquel doivent teniro vos efforts. — Vous faire aimer, c'est amasser des trésors de bonheur pour l'hiver. — .Cba-i que annêevous enlèvera unè parcelle de vie, rétrécira le cercle d'intérêts et de plaisirs dans lequel vous vivez, votre esprit peu S peu perdra de sa sève et demandera du repos, et à mesure que vous vivrez moins par l'esprit, vous vivrez plus par le cœur. La tendresse, des autres,-qui n'était1 qu'un hors-dœuvre agréable, deviendra un aliment nécessaire, et quoique vous avez été, homme d'état ou artiste, mili-

mka?wTa lorsqiu- votre tute mïIÉs vûus m wm 'llus

"il'fiiHflPSêiniVitne nua't. .ollimut amâcn fil t»b garant /.un salliaviaru <sub Or, l'amour filial ne nriit point tout d'une pièce et comme fatalement. La voix du sang est une voix plus poétique que vraie. L'affection des enfants se gasne et se mérite, elle est une conséquence, non une cause, et la reconnaissance en est le commencement 11 faut donc, à tout prix, que votre bébé vous soit reconnaissant. Ne-comptez pas qu'il tous sache gré de votre sollicitude, des rêves d'avenir que vous faites

pour lui- des mois de nourrieeque vous avez pavés, et de la dut suhsrtuois'i .yboia. Jflarnebioaôta» la sntvxnna aTIfiJa b. barn-ar/mx) perbe que vous lui préparez; cette reconnaissance-la exige de sa petite; cervelle un calcul irop compliqué, et des notions sociales qui lui sont encore inconnues.— li ne vous saura aucun gré, de la tendresse extrême que vous avez pour lui, ne vous en étonnez pas et ne criez pas à l'ingratitude. 11 faut d'abord que vous lui fassiez comprendre voire affection, il faut qu'il l'apprécie et la juge avant d'y répondre, qu'il sache ses notes avant de jouer des airs.

...La reconnaissance du petit homme ne sera d'abord qu'un calcul égoïste, naturel et peu compliqué.— Si vous l'avez fait rire, si vous l'avez amusé, il souhaitera de recommencer, tendra vers vous ses petits bras en criant : tm„re. Et le souvenir des plaisirs dont vous l'aurez tait jouir se gravant dans son esprit, il se dira bientôt : personne no m'amuse autant que pa;ja; c'est lui qui sait me faire, sauter en l'air, jouer à cache-cachê, raconter de belles histoires ! El peu à peu

la reconnaissance naîtra en lui. comme le remercîment vient aux" lé-

«lâffBW.» ôbfhriî; jbi JnsiUU .ôoqo'i'i ziravaiio «ai ja âÏDiioq et -moq îiios

xï$$l>faS§m Jfcq-M W&tilfBWWfrl wiqflc r, olle, .Boilulavifl ri tsb Donc, apprenez l'art d'amuser votre entant, imitez la voix du coq:

etiEoiilfizeVousisur les tapis, répondez à ses mille questions impossi- Mes, qui sont l'echo de ses rêves sans tin; et puis aussi laisssez-vous tirer la barbe et faites couiou dans tous les coins. Tout cela est de la tendresse, mais aussi de l'habileté, et le bon roi Henri . ne démentait pas sa line politique en marchant à quatre pattes sur son tapis. ttAnde^o^^ëyyShsydBtWlNfÔtïë1 âfltsHlë'ItiWerh'èU'é1 perdra de son p?e^jp¥usMè,f.^a(s';vous y gagnerez cette influence profonde et durable que donne l'affection. Votre bébé vous craindra moins, mais ilj¥,ôus)nain}ei&Juav3i3tflgeii -tSQùije&l kl ms4i& aobi'I larn iup a'un i àlèiq Ne craignez rien, devenez un peu son camarade pour avoir le droit délester son ami. — Cachez votre suzeraineté paternelle comme un commissaire de police cache, son écharpe. — Demandez avec bonté, ce que vous pourriez exiger sans détour, et attendez tout de son cœur si vous avez su 1 attendrir. Evitez avec soin ces vilains mots de discipline, d'obéissance passive, de, soumission et de commandement ; que sa soumission lui soit douce et que son obéissance ressemble à une tendresse. Renoncez à la sotte jouissance d'im donner des ordres pour constater votre infaillibilité

■s et de

.Imyai

wuq fjjnesinEn léibldoa el f i ot&âitntàA Les enfants, ont une finesse de jugement, une délicatesse d'impression qu'on ne suppose pas à moins de les avoir étudiés. La justice et l'équité naissent facilement dans leur esprit, car ils ont avant toute chose une logique absolue. — Profitez de tout cela. Il est des mots injustes et durs qui restent, gravés au fond du cœur d'un enfant, et dont il se souvient toute, sa vie. — Songez que dans votre bébé il y a un homme, dont l'affection réchauffera votre vieillesse ; respectez-le , pour qu'il vous respecte, et soyez sûr qu'il n'est point une seule par-

celle de semence jetée dans ce petit cœur qui, tôt ou tard, ne produise des fruits.

Mais il est. me direz-vous, des enfants indomptables , des esprits rebelles et révoltés dés le berceau. — Ëtes-vous bien sur que le premier mot qu'ils ont entendu dans la vie n'a pas été la cause de ces mauvais penchants ? Où il y a révolte, il y a eu pression maladroite — et jè/lle: Veux* pas Croire au vice inné.— Au milieu des mauvais instincts, il en est toujours un bon dont on peut se faire une arme pour combattre les autres. Cela demande, je le sais, une tendresse extrême, un 'met

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parfait, une confiance sans bornes, mais la récompense est douce. — Je crois donc, pour conclure, que le premier baiser d'un père, son premier regard, ses premières caresses ont1 sur la vie de l'enfant une

influence immense.

loa ,■ tnoïl rioa ma JnamMofl insdu'i abaallaeo'i xuatl JysT/opoM ,tnun luol aguoi

Aimer - c'est biep. - Savoir aimer - c'est lent

ifiBeiul Ji/i ■ Sa]

Ne serait-on pas papa, qu'il est impossible de passer devant la sainte marmaille sans se sentir ému et sans l'aimer. Crottés, déguenillés ou pomponnés avec recherche; courant au grand soleil, sur la route, et se vautrant dans la poussière, ou sautant à la corde, au milieu des Tuilerie* , barbottant parmi kfocajjjQf ^mïmim§l^im^hubim]} ou faisant des montagnes de sable auprès des mamans empanachée^ les bébés sont adorables'. Dans ceux-ci et dans ceux-là, même grâce, mêmes gestes embarrassés, même sérieux romiquo, même candeur, même insouciance de l'effet produit, même charme enfin. Ce charme qu'on appelle l'Enfance, qu'on no peut comprendre sans l'aimer, — Charme difficile à définir, mais qu'on retrouve le même dans toute la nature, depuis la fleur qui s'entr' ouvre, le jour qui commence à poindre jusqu'à l'enfant qui entre dans la vie. vïmab BsdoauJd *Jm>b 9b

Le bébé n'est point un être incomplet, une ébauche inachevée, — c'est un homme. Observez-lo de prés , suivez chacun de ses mouvements , ils vous révéleront une marche logique dans les idées, une merveilleuse puissance, d'imagination, qu'on ne retrouvra à aucun âge de la vie. 11 y a plus de poésie vraie dans la cervelle de ces chers amours que, dans vingt poëmo.s épiques. Ils sont étonnés et inhabiles. Mais rien n'égale la sève de ces esprits tout neufs, frais, naïfs, sensibles aux moindres impressions etse frayant une route au milieu de l'in-

ÇflJWWuq oiilidommi noe aiora ; ariaoiqai luaa no loqqcri'jo aBq pai/>i s n Quel travail immense ne font-ils pas en quelques mois! Percevoir les bruits, les classer entre eux, comprendre que certains de ces bruits sont des paroles et que ces paroles sont des pensées"; trouver à eux tout seuls le sens de toute, chose, distinguer le vrai du faux, le réel de Hniàginaire ; corriger, par l'observation, les erreurs de leur imagination trop ardente; débrouiller un chaos; et, durant ce travail gigantesque : assouplir sa langue, fortifier ses petites jambes chancelantes, se faire homme, en un mot. Si jamais spectacle fut curieux et touchant, c'est celui de, ce petit être allant à la conquête du monde, il ne connaît encore ni la crainte ni le doute, et ouvre son cœur tout grand. 11 y a du Don Quichotte dans le bébé. Il est comique comme le grand chevalier, mais il en a aussi les eûtes sublimes

Ne riez pas trop des hésitations, des tâtonnements sans nombre, des folies impossibles de cet esprit vierge, qu'un papillon emporte dans les' nuages, et pour lequel les grains de sable sont des montagnes; qui comprend le gazouillement des oiseaux, prête des pensées aux fleurs et une âme aux poupées ; qui croit à des régions lointaines, où les:arbres sont en sucre, les champs en chocolat, où. les rivières sont du sirop'; pour qui mère. Cigogne et Polichinelle sont des personnalités puissantes et pleines de réalité ; qui peuple le silence et anime

la nuit Ne riez pas de ce cher amour. Sa vie est un rêve, et ses er-

Sb otipfiiiH tsl srampo atton ,Hn no-J-ani ,jsa slldl .ainm 1 9b atmin reurs s'appellent poésie.

è Cette poésie touchante, vous la trouvez dans l'enfance des hommes, vous la trouvez aussi dans l'enlance. des peuples, Elle est la môme. — Dans l'une et dans l'autre, même besoin d'idéalisation, même tendance à personnifier l'inconnu. Et l'on peut dire qu'entre Polichinelle et Jupiter, mère Cigogne et Venus, il n'y a pas l'épaisseur d'un cheveu.

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ipr octobre 1864.

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nr>7

éambcnq Sfl ,h.

MES VOISINS DE CAMPAGNE

mai jmuoq inul/n'l no tnsntoni us'up aaid i« v-8uo/-s9î)ol Jo ,9T/uo'-i,l H ïârtgef) .*uov é arté'b v»w> is enàvèa sué woq qo-tf «uni» aoor li ,t»soc

aihqw» 89b . aeldflJqmbbxrf stiuilns ash .«ooy-xan'fc sm ,189 ii aicM — -9iq 9( gup ifia n9i(f nmr-a9ia — .staamaAtA aÔ6 eèilo/ài Js asltedsn 89') eJb 980B9 cl èlô 8?{f jtti Pff ÇftS^Mifijf) iiio ali'up Jom isiin

Jo suivais Sè petit chemin creux que vous avez dû remarqueif.f& gauche de la rivière. Il so faufile- entre les vieux saules, et tant bien que mal — plutôt mal que bien —.vous conduit aux étangs Je suivais donc cette abominable petite route, le fusil sur l'épaule, l'air satisfait, car je venais de tuer un superbe faisan, et; tout en sifflant un air, je cherchais en ma. tète moyen dé me procurer1 des truffes pour accommoder mon gibier, — lorsqu'à vingt pas de moi, j'aperçus, ent.ro deux arbres, une mignonne voiture, d'osier, attelée d'un ravissant baudet. Deux rosettes de ruban flottaient sur son front; son harnais, d'un beau rouge tout neuf, recouvrait son dos, il.étail luisant, pou, pimpant, rebondi — ah! la jolie bête! — mais obstine. .."T'oriime .un paysan. D'ans le petit pannicr, au milieu d'une jupe de soie, à ramages un .[ieu étranges et prodigieusement volumineux, apparaissait une charmante femme, coiffée d'un tout petit chapeau surmonté d'une aile blanche, ; son visage exprimait une colère prête à éclater, les narines de son petit nez aquilin se gonflaient visiblement, et de son petit fouet, qu'elle avait dù payer huit à dix louis chez Yerdier, elle tapait à tour de, bras sur la croupe luisante de l'animal immobile.

— Mais que veux-tu, dis? que veux-tu ; pour marcher , ensorcelé baudet? disait-elle... . — Voyons, Zéphyr, voyons, mon petit ange, ne me laisse pas là... Et tout en disant cela , elle redoublait ses coups. — N'as-tu pas de cœur, animal ? — Bile m'aperçut, et lança à touté volée un éclat de rire qui m'éblouit. Il est des façons de rire qui n'appartiennent qu'à certaines femmes. Dans la sienne, il y avait une telle franchise, une telle habitude de se mettre à son aise, une telle grâce naturelle, un tel abandon, et par-dcssus^le marché, une si jolie rangée de dents blanches derrière ces lèvres humides, que je me suis mis à rire •Biàîs'eirfèta't'ëdÉBttfe iffi%o!(ifl^'det»ftt.!ûnrfeuJâJ/o^tiiom àdàd 9..J

" — Ahl " -MonsicuElis'écpia-t-elle, vous arrivez à temps,, -r- -je suis, embourbée, — niais croyez-vous être plus fort que lui ?

— De qui parlez-vous, Madame:

— De Zéphir, parbleu! Vous sentez bien que Zéphir ne voulant pas ^mfcêFj'il'Ta y'âvo'ir' l-Crttê!:J;" 9*xnv steâoq 9b awlq o x II .oh cl >,h

— Aussi vous demanderais-je la permission, Madame, de prendre du renfort. J'ouvris mon couteau , je coupai une bonne branche de saule, et, sans préambule, j'en appliquai une volée sérieuse sur le baudet récalcitrant. Elle ne se plaignit pas, la noble bête, sa bouche ne laissa pas échapper un seul reproche ; mais son immobilité persista. Durant ce temps, la dame à la plume blanche cachait son visage dans ses petites mains et poussait des cris à fendre l'âme. ,

— Oh! c'est affreux! ce pauvre ami, comme il doit souffrir! Saignct-il, Monsieur, saigne-t il ?

-Non, Madame, pas encore.

— Comment, pas encore? Mais vous avez donc intention dele faire saigner?.. Enfin, continuez, Monsieur, continuez, lit-elle d'un ;ajr plaintif, Je dirai à Jean de lui mettre des compresses d'arnica. — Tu vois, Zéphyr, oii te conduit l'obstination, ajouta-t-elle avec une émotion si comique qu'on ne pouvait douter qu'elle fût volontaire. Allez toujours, Monsieur; je vous dirai que Zéphyr tient cette fermeté de caractère de ses grands parents, on le persuade difficilement.

Néamoins, je crus m'apercevoir à un froissement de ses oreilles que le baudet commençait à être convaincu. J'en profitai, et le prenant par la bride, je l'entraînai hors de l'ornière. — La dame à la plume saisit les rênes, fouetta de son mieux, je poussai de l'épaule derrière la petite voiture, et <$ minutes après, l'équipage était dans le bon chemin,

— Ma foi, Monsieur, vous êtes bien aimable, me dit-elle. Je vous suis vraiment reconnaissante; et ce disant, elle enfonça son petit chapeau sur sa tète et se mit à fouetter" Zéphir en lui criant de sa jolie petite voix : Voyons, mon petit ange, voyons.

Je restai quelque temps sur la route, écoutant le bruit -des grelots dé Zéphir, et suivant de l'oeil le panache blanc qui voltigeait au vent . .

9iiicirfi jo 99119.» 91 9iquorj««p ; 9tttc9i ab 89ni9.rq ,19 SQioaaaitSa ssJifun C'est que la duchesse de C...,,ear c'était elle, a un des plus beauxnoms de France. Elle est, m'a-t-on dit, riche comme la Banque de France, et par-dessus tout ; jolie comme un ange, et spirituelle comme About — Un moment d'oubli de la Providence sans doute. — J'en avais entendu parler de mille façons diverses et un peu partout. « C'est une Iblle.-avaitdit Mn«> de Saint-l'aon en levant les yeux au ciel. — Elle est trop belle, avait ajouté son fils. — Aucun décorum, avait dit son mari. — Madame la duchesse à fin creur d'or, mais un esprit si' legerT» m"atya{PSâM8^.*f$dhfë? •4aœ> ' 19 9frgo^i3 9191a ,iwïqu\ J'étais curieux de juger par moi-même, lorsqu'un beau jour, V. . me

■mi'jq bI tut;/ ri9 -isorb ci uoil-isifta nu* proposa do me présenter à la duchesse et a son mari. J acceptai. Leur

château est à mi-côte, construit dans le goût le plus pur de la Renaissance française. La salamandre qu'on aperçoit surla façade qui regarde le parc, indiqué, assez l'origine illustre de ce petit palais, et à côté de, ces armes glorieuses, celles des ducs de C... prouvent clairement ,un don royal. Sur la pelouse qui longe les communs du château, la duchesse dans une robe gris-perle, de forme scrupuleusement Louis X^I, les cheveux légèrement poudrés cl les bras presque nus, jetait dd'gfahi à ses poulets en disant : petit, petit. Elle était assez embarrassée, car, de la- même main, elle relevait sa jupe un peu trop longue, tenait une ombrelle. et soutenait un petit panier. A dix pas de là, le duc-, fumait en lisant. Ils nous reçurent tous deux avec une cordialité charmante, et nous firent lés honneurs de ce château, où, de père en fils, s'entassent des merveilles aux armes de la même famille. Nous entrâmes dans la salle des portraits, dallée en carreaux do faïeneé Louis XIII ,c sur chacun desquels, est peint. un personnage différent. Nous visitâmes la chambre du Roi, avec ses hauts chenets sculptés et sa petite, glace au-dessus d'une cheminée colossale. Sur les murs, dé merveilleuses tapisseries à personnages, et dans les caissons du haut plafond, au milieu -des arabesques, la salamandre entourée de flammes. Dans le fond de la pièce, un grand lit à colonnes, sculpté comme les stalles do cheeer dans une cathédrale, se dressait majestueux sur une estrade,. un, couvre -pied d'étoffe ancienne et splendidement brodé, recouvrait' ce lit tout' préparé et, prêt à recevoir le royal visiteur. Sur line table antique, devant la fenêtre, un hanap d'or dans un plateau ciselé. 11 y avait dans cette pièce un tel caractère de grandeur, et sur les visages de. mes fiotes .un sentiment de si profond respect, que, je restai, interdit. La petite duchesse, que j'avais crue jusqu'à présent singulièrement, folâtre, avait pris tout à coup une expression de gravité imposante. Ce n'était plus l'adorable petite coquette fouettant sô'il âne en riant aux éclats, ou jetant du blé à ses; pousslnsi, dans -oiié itoilstte -fulteniértfr' luxueuse, c'était la grande dame, fière de sa race et se- souvenant Ju

E^PfeBov it fith liai tste'l tioot ;ftupiIq(nob ueq la Ieniian,8Jeïûgâ La duchesse de C... est la dernière incarnation de la grande, .daine, vraiment noble et intelligente. Elle a conservé de Louis XIV les grandes allures; elle sait porter la tète, traverser un salon noblement, et s'asseoir avec dignité; — de Louis XV, elle à gardé l'élégance luxueuse, un certain goût pour le grand' ramage, les. boiseries d'or et* les meubles profonds. Le régne de. Louis. XVI lui a donné un certain raffinement de. coquetterie exquise, un grand désir de plaire, et quelque • goût pour la poudre et les cheveux crêpés. Durant la grande tempête de la Révolution, elle a appris le courage et le respect de son idée, mais elle a fait des réflexlorts! sur certains privilèges, et depuis ce temps, toujours tille de race, elle sait voir et comprendre, admire ce qui estbeau,, .flétrit ce qui est mal. Elle est un peu smsgène, bruyante quelquoluis, elle a des robes singulières qui Irisent 1 impossible, des chapeaux adorables et tout à fait excentriques. - On la rencontre au milieu des bWslénr:M'l(è'tié 'éo feoiirohrlemèht'Clbùêttànt' Zéphyr qui s 'obstiné; elleiiept! étrange aiaia-.elJo.ira elle-même visiter isûu meunier s'il est .tombé malade, et montera sans façon le petit escalier dumoulin&n retroussant ses jupes. — Elle met parfois une pointe de rouge lorsqu'elle est chez elle, mais elle a celte vertu parfaite que l'ombre même d'une' pensée désbdnnefe n'a jamais ternie: ' - Elle cstpieuse,mais 'de cette piété vraie qui met l'idée avant la lettre. Et toutes les fois' qu'elle :sort-! de l'église^ on peut être, sûr qu'elle va (afre un heureux^

M. le curé, qui, officiellement, est le refuge! des pauvres, -et- te. dé* ifenseur des faibles, tout en regrettant, dans son âme et conscieip:£|elf,lg,! bien-être facile du clergé d'autrefois, trouve la duchesse un peu jeune-.

France et légèrement républicaine; mais' e'fle' 's'en vengé 'et trouve moyen de le priver de dessert lorsqu'il parle politique, avec 'tant' de''" grâce et d'esprit, qu'il ne peut. s'en fâcher. ■ 1 ■

..Les.de Saint-Paon la détestent cordialement, mais la. craignent énormément, car elle a l'art de pétrifier les sots ayep un.mot,nuun. regard. Indulgente pour les faiblesses et les travers de. ses voisins, la franchise et la noblesse de, son cœur lui font mépriser tout ce qui est jalousie, orgueil et impuissance. "Quand elle rencontre-un sot méchant', ses lèvres rieuses se contractent et s'abaissent, ses; narines se dilatent, et, .serait il duc comme elle, est duchesse, elie retrouve tout à coup la fierté de son rang, se redresse et l'assomme d'un mot bien entendu.

'Ses paysans l'adorent et l'appellent entre eux Ta bonne dame. Pour moi( je l'admire sincèrement. C'est une perle vraie au milieu de tant1 de perles fausses! IL semble .que. toutes les qualités de sa race soient

u Jnioq tS'i

LA

1" octobre 1864.

réunies en elle; et quand on voit cette vieille noblesse française , dont elle est la personnification épurée, on oublie que la médaille avait un revers et l'on se prend à regretter.

Si ces lignes vous tombent sous les yeux, madame, ne m'en voulez pas do cette ébauche indigne de vous. Pardonnez-moi do n'avoir pas su mieux dire, et surtout de ne point avoir tout dit.

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