‹ La Vie parisienneChapitre 534 sur 662 · CES MESSIEURS SE^ FONT LA JOUE · texte numérisé non relu

CES MESSIEURS SE^ FONT LA JOUE

ce, veut dire so peignent le

Un orateur de 1 opposition.

INDEPENDANCE BELGE llOUS

apprend d'une façon përemptôrre, — preuves à la main, — que b aauc.ou p d'hpmmes, — nous n'osons dire la majorité des Français,—se font faire la joue; et que cette élégante expression , nous copions textuellement Vlndépendan-

visage. — Il y a, paraît-il, des' coiffeurs ayant pour spécialité le maquillage des hommes. — En somme, pourquoi pas? — Il y a certaines carrières où la physionomie joue un rôle assez important pour qu'on l'étudic d'avance avec quelque soin.

Quel mal voyez-vous" à ce. qu'un orateur de l'opposition, cinq minutes avant l'action, étale sous son œil une légère pénombre polonaise, ou dispose sur sa joue trop vermeille quelque, teinte, verdâtre en rapport avec les circonstances.

N'ost-ilpas naturel qu'au contraire un membre de l'extrème-droite, au moment do présenter l'état du budget, répand sur son visage le rose de Jouvence à profusion, donne à ses lèvres l'éclat de la cerise, et à ses yeux le brillant de la santé, qu'il simule un embonpoint flatteur et prédispose en sa faveur l'esprit, desauditeurs par la seule exhibition de sa personne.

Le maquillage a envahi le beau sexe; il n'y a rien de bien étonnant à ce que les éclabousseurs de cette mode rejaillissent sur l'autre moitié de l'espèce humaine. Pour ma part, — je.

poux l'avouer maintenant, — il y a longtemps que je supposais l'emploi du maquillage chez certains hommes. N'avozvous pas rencontré cent fois des tètes qui ne semblaient, pas naturelles ? Je suis heureux que les faits me donnent raison.

Entrons courageusement dans celte / voie artistique. Ayons : le blanc, de \pcrle pour lecture de testament, — le vert de douleur pour perte, de. parents proches , ■ et le simple gris d'Orient pour deuil do cousins éloignés;

— le rose discret pour héritage, — les pencils bistres et noirâtres pour rides politiques et préoccupations scientifiques,

— le bleu d'azur pour processions, — le Prédispose en sa faveur l'esrouge vif d'Orléans pour discussions pieu- prit des auditeurs par la tculo sos exhibition de ma personne.

En un mot, tous les onguents pastels ingrédients qui peuvent aider : notre caractère et soutenir

nos convictions. Ne venez pas nous dire, que tout cela estd'invention moderne. Depuis que le monde est monde, les couleurs ont joué un rôle indiscutable on morale, en politique et en religion.

Etrangler sa taille dans un corset, comme M. B..., — j'allais commettre une légèreté, — on se teindre les cheveux et la jj barba , ou colorer ses joues pâlies, n'est-ce pas la même chose?

Et d'ailleurs n'est-il pas

Des tètes qui ne semblent pas naturelles.

consolant de penser que deux époux qui s'aiment pourront puiser au môme pot les teintes rosées de la jeunesse, et se servir du même pinceau pour donner à leurs yeux les charmes irrésistibles d'une jeunesse éternelle.

L' Indépendance craint que, nous ne ressemblions bientôt aux mignons de Henri III. Il peut y avoir du vrai dans ces craintes, maisjetrouvequ'on a dit beaucoup trop de mal de ces jeunes seigneurs. Il

Il y a, paraît-il, des coiffeurs ayant pour spécialité le maquillage.

est prouvé historiquement que tous avaient une grande piété; 'cela

doit l'ai ro pardonner leurs légers défauts, excuser leurs petites coquetteries. Et je ne doute pas, si l'un d'eux revenait au monde, il ne fût reçu avec égards dans bon nombre de ces austères réunions d'hommes où l'orthodoxie des pratiques fait excuser avec raison certaines excentricités de caractère, y.

Le blanc de perle pour lecture de testament.

A PBOFOS DU DRAC,

A propos de cette pi':cc, laissez-moi vous dire ce qu'on appclb Drac dans mon pays ?

Ce singulier nom a inquiété les esprits comme un point d'interrogation. Le critique d'à ' t autorisé du Moniteur, ue par* tt pas en savoir bien long sur ce mjet : il s'étonne d'un nom aussi peu euphonique et s'imagine que Mme Sand l'a inventé ot imposé a la Provence. Mieux an courant, il saurait que ce nom est aussi familier aux riverains du littoral de la Camargue et des bords du Rhône que l'est celui de croque mitaine aux enfants.

Ces Drac* sont moitié hommes rt moitié poissons; ils habitent au fond des raux des palais de cristal; les meubles en sont d'or et de perles fines, ils ont un goût prononcé pour les femmes.. Pour les prendre, ils usent de tous les stratagème, de, tous les déguisements. Souvent ils apparaissent les jours de marché, à. l'ég'ise même, en beau cavaliers marmottant aux oreilles des fillettes des paroles ri'nmour, niais leur ruse la plus ordinaire est de se transformer en pièces d'or, fucobi rs de pierreries, en parures quelconques. Nageant entre neux eaux, dans un rayon de soleil, ils se montrent ainsi convue une proie facile à la jeune fille qui vient rêver sur la grève. La pauvrette plonge la main et. le bras pour attraper le bijou convoité, mais à mesure qu'elle, l'enfonce, l'appât s'enibuce aussi et le Drac la saisit; elle a beau crier et se débattra, le monstre l'entraîne dans son antre. — Ce qui prouve une fois de plus que l'or et les bijoux sont le meilleur appeau pour prendre toute fille d'Eve.

Il n'est aucun moyen pour se détendre contre les Dracs, mais il en est un pour les reconnaître sous leur déguisement : en fermant l'œil gauche on les voit tels qu'ils sont, très laids, avec de grandes barbiches d'algues marines, des yeux flamboyants et une queue de poisson. C'est ce que doit faire toute fille prudente lorsqu'un beau jeune homme vient lui conter fleurette ou lui offrir de l'eau bénite au sortir de la messe. Jamais on ne revient du pays des Diacs. Une seule s'en est échappée, mais elle n'a jamais voulu raconter ses aventures sous-marines. — Elle est morte en odeur de sainteté, quoiqu'elle regrettât, au dire drs mauvaises langues, son séjour au milieu des Dracs. Sa fuite miracu leuse fut. due, dit la légende, aux prières de sa mère et la robe qu'elle portait, en revenant fut appendue en ex-voto dans légtise des T rois-Maries, sur le bnrd de la mer, en basse Camargue. Cette robe toute brodée, d'or et de perles fines, ressemblait par sa coupe aux vêtements de femme du Maroc et de Tripoli.

C-tte pauvre, fille n'avait-: lie pas été enlevée par les pirates barbaresquos, ou bien, sans passer les mers, n'a-t-elle pas tout bonnement séjourné dans une des nombreuses cotnmandeties de templiers dont, le pays c t parsemé? (.'étaient, comme chacun sait, de grands mauvais sujets que ces moines guerriers qui aimaient fort à s'esbaudir en revenant de combattre les infidèle >. — C'est aiu.-i (pu; les esprits forts de Prove.nce expliquent les Dracs,

lû octobre 186-5

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