UNE RETRAITE
Madame de Nèrac à Madame ***, au château de M...
Tu l'as lu quelque part, cemmo moi, ma chère petite : si les
hommes savaient ce que le Seigneur leur réserve de gloire et de bonheur dans la Jérusalem nouvelle, ils accepteraient avec des transports de joie les douleurs les plus cuisantes de la vie. Quel enseignement ! Ne vas pas croire, ma chère Jeanne, que je sois la personne du monde la plus résignée, la plus sage, parce que je trace toutes ces admirables doctrines. Non, je suis mauvaise, j'ai un attachement trop grand aux biens, aux hommes, et j'ai vraiment mauvaise grâce de venir ainsi prêcher ceux ou celles qui vivent au milieu de vives contrariétés. Oublie que c'est moi qui parle et figure-toi que tu lis un fragment de sermon sténographié par moi. Au surplus, si je me suis mise sur ce chapitre, c'est purement dans le but, de t'apporter des consolations. Je viens de passer huit jours de retraite, dans une communauté