LA BOURSE DU TURF
— jj'ai parié 100 louis pour Naëlie : elle était alors à 25, maintenant elle est à 3, je me couvro par Gentilhomme et le Prinr.c-Xoir, qui sont à 10.
— Moi. je cède le Grand-Vue et le Baron à égalité.
— Je tiens Pacha pour 5 louis seulement
— Ilali i je suis comme toi, j'ai mis une vieille robe d'au moins
C'est tout comme moi, le Stud-Bock, Monarque qui fut uu vé
quinze jours.— Ces courses d'automne, rien à l'aire. Ca a beau étro ritable coureur, est devenu un excellent père, bien, il n'y a jamais personne. " — Son propriétaire peut dire j ai plusieurs cordes a mou arc,
— Cher comte, je suis ravie. Figure;; vous que l'on vient ( prendre pour une cocotte.
29 octobre 18G4.
des environs de V , qui est située dans la plus jolie vallée de larmes qu'on puisse imaginer ; il me faudrait un volume pour te rendre les impressions profondes (et j'espéres, durables) des divines instructions que j'ai entendues de la bouche des excellents missionnaires.
Je venais de passer trois jours au milieu des fêtes et d'une continuelle représentation; car j'avais reçu chez moi le préfet du M.. ..; il était venu loger à la sous-préfecture, où je lui avais fait préparer un appartement. Avant son départ, nous avons invité à dîner quatrevingt-dix-neuf personnes! Nous devions en avoir cent, mais ce nomlire de cent couverts m'a toujours paru odieux! plus encore que le nombre treize, qui n'est que latal, l'autre est commun, c'est bien pis.
Mon salon était resplendissant de fleurs et de lumières; je te décrirai dans une autre lettre la toilette de la sous-préfette, car je veux l'entretenir aujourd'hui do choses plus graves. Il doit te suffire de savoir que la sous-préfette avait fait passablement les honneurs de la fête. J'avais une robe de... Ah! mon Dieu ! j'allais oublier mon serment de ne pas toucher au profane. Ce sera pour un autre jour, n'estce pas?
Le lendemain, après le départ de notre hôte, je tâchai de me recueillir et j'allai m'enfermer dans le couvent du Sacré-C... de...., où se faisait une grande retraite. M. de Nérac m'avait laissée libre de passer là huit jours; moi je l'ai bien laissé libre de passer tout le temps qu'il voudra aux eaux de Schwalbaçk, des eaux qui, à ce qu'il parait, blanchissent la peau ; comment trouves-tu le choix? Il y a quelque roulette là-dessous ! Tu sais sans doute que l'homme qui a demandé ma main n'a obtenu que ce qu'il avait demandé, rien de plus; d'ailleurs notre contrat semblait n'être, entre nous, que l'engagement de ne pas vivre ensemble. Je suis donc presque libre de mes actions, toutes les fois que le décorum ne vient pas à la traverse.
Juge donc de ma joie avec mon goût pour les couvents, de me voir enfermée dans une cellule préparée exprès pour moi, moi seule! Hier, femme du monde, je paraissais ne respirer que le plaisir, les hommages; à me voir dans mon salon, nonchalamment couchée dans mon fauteuil, on eut juré que j'étais incapable d'oublier même un instant, une seule des grâces... temporelles de ma petite personne, et pourtant, au milieu de tout ce bruit, je n'entendais plus rien; j'avais, jiai' la force de l'imagination, changé en ciliée ma ceinture régente, en cellule, ma cage; la retraite était commencée. N'est-ce pas que c'est joli de renoncer au monde en plein bal? Eh bien! j'eus malgré tout cela beaucoup de succès ; pardonne-moi ce dernier mou vement de vanité, et j'entre au couvent.
Je n'en finirais pas si je voulais te peindre les douces émotions qui sont venues m'assaillir pendant cette semaine passée dans les prières et dans les larmes. Oui, j'en ai versé de bien douces et de bien amères, pour la première fois de ma vie.
Notre existence à la retraite était vraiment bien douce, et j'aurais presque oublié qu'il y avait un monde au-delà des murs du couvent. Il y avait avec moi une partie dn Faubourg qui, comme tu sais, peuple jusqu'à la fin de janvier les châteaux des environs de notre petite sous préfecture privilégiée. Nous avions nos heures de récréation; dans ces moments-là, nous pouvions causer; puis l'heure des repas au réfectoire; les repas étaient presque splendides.
La supérieure du couvent est une femme de notre monde; elle a porté le tortil de baronne ; elle a brillé par sa grande fortune et sa beauté ; elle a échangé tout cela contre le nom de sœur Marthe, un voile noir elle reste. Cette femme est un abrégé de toutes les vertus; et puis son costume lui va si bien! Cela me donne quelquefois l'envie , mais non, ce serait insensé! Oh! non ! j'aime trop mes chères
petites fillettes pour leur préférer la guimpe. Je n'oublierai jamais cette sainte femme qui, vôtue de serge, ayant devant elle un tablier en toile à voiles, nous servait à table, étant les assiettes, nous versant à boire avec une douceur, une humilité angélique. Oh! pouvoir de la religion! Son exemple n'a pas été perdu pour moi, car elle m'a appris à souffrir les mortifications, et le fruit de cet enseignement a été de pardonner de grand cœur à Jacqueline do Mâchicoulis; je serais même disposée à l'embrasser et à rétracter tout ce que 'j'ai dit d'elle, sous forme de représailles; d'ailleurs, je crois qu'elle a cessé de coqueter avec mon mari. Quant à Mm0 D'Oublévé, je ne suis pas encore parvenue à oublier ce qu'elle m'a fait; je pardonne tout, sauf l'indélicatesse : une femme qui se permet de tenter la discrétion de ma couturière au sujet d'une toilette que j'avais combinée avec cette dernière, dans le plus grand secret, d'une création à moi enfin n'est-ce pas une femme indélicate au premier chef? Mes vraies amies n'en reviennent pas; elles ont toutes été voir ma couturière pour savoir des détails.
Cette madame-là, quand elle entre dans le même salon que moi, vous attire d'abord tous les regards par un teint d'une blancheur équivoque, mais, au bout d'un quart d'heure, les vrais connaisseurs me reviennent. 11 parait qu'elle me mord avec quelque esprit, mais j'aime mieux qu'elle dise du mal de moi à tout le monde, que tout le monde lui en dise.
Nous avons eu, un jour, un sermon sur la calomnie; l'effet a été immense : à la sortie, on n'entendait plus que des médisances ; c'était un progrès; le lendemain, on ne disait plus de mal que de ses ennemis, et, le surlendemain, que de ses amis; comme ceux-ci sont toujours en petit nombre, c'était un nouveau progrès.
Notre prédicateur était un beau prêtre; quels gestes nobles ! il a des mains de duc et ses cheveux bouclés lui donnent un air tragique. Jamais, mon cher ange, je n'avais senti si vivement l'éloquence de la
chaire J'en suis folle, de mon missionnaire, et je ferais des folies pour obtenir de me confesser à lui, quitte à me confesser à un autre de ce zèle peut-être excessif. Que dis-tu do M™0 X., qui trouve qu'il ne prêche bien que jusqu'à la ceinture, et qu'une fois descendu de sa chaire, sa démarche ôte toute illusion? Je n'admets pas qu'une fenfme s'occupe ainsi des imperfections physiques des apôtres de la foi.
Tu me connais do longue date, chère petite, et tu sais qu'une piété éclairée me donne de]la répugnance pour la bigoterie; nous avons ici pour nos péchés et peut-être pour les siens une Mmo du Gévaudan, bâte comme son nom, et qui paraît abîmée dans un mysticisme dont elle ne doit pas voir le fond; elle porte toujours sur elle comme un bréviaire, un livre intitulé : Jésus intérieur, dont elle abuse auprès de ses connaissances ; l'autre jour, une vieille dame d'humeur un peu brusque, disait: «Qu'elle est donc insupportable, cette Mme du Gévaudan, de vouloir toujours vous fourrer son Jésus intérieur*. »
C'est aussi MmG du Gévaudan qui m'a initié aux mystères de la Vie purgative; c'est, à ce qu'il parait, la vie de ceux chez qui domine la crainte de l'enfer; ce n'est pas la vie des parfaits. Ce mot serait de nature à me faire tendre de toutes mes forces vers la perfection ! Les méchantes langues disent (car moi, du moins, je prends la retraite au sérieux, et je me renferme dans une neutralité armée], elles disent que cette dame vise à l'ange et n'arrive qu'à la bête, et qu'elle vient ici offrir un vieux cœur dont le monde ne veut plus. Pour moi, je me borne à dire que c'est une femme respectable.
A propos, n'as-tu jamais songé que c'est précisément à l'âge où nous ne sommes pas encore respectables que. nous devons le plus nous faire respecter? C'est absolument comme on ne dit mon camarade qu'à ceux qui no sauraient être de votre camaraderie. Dieu ! quelle est donc hypocrite notre belle langue !
Nous avons été une fois fort égayées par la niaiserie d'une petite échappée de pension qui, manquant complètement d'eau dans la cellule, ne s'en plaignait pas, croyant fermement que cette privation faisait partie des exercices de la retraite.
Peu de femmes ont su se défaire à la porto du couvent do cette déplorable manie de brailler, dont la mode va toujours crescendo, et qui scandalisait tant nos bonnes religieuses. Un jour que j'entendais rire et parler plus haut que d'habitude, je m'approchai du groupe babillard pour voir d'où venait cette innocente gaitô : c'était la petite baronne d'Aspic qui, comme dans la scène de Célimènc, faisait des portraits de souvenir :
Mmo P..., un bas bleu assez mal jarreté, a épousé M. R..., pour qu'il lui serve de pupitre. Ce, mari était voûté à souhait. Elle appelle cela un mariage d'inclinaison.
Mlle X est charmante, mais la mère est trop connue, son
père ne l'est pas assez ; elle seule sait garder le juste milieu, elle fera un beau mariage. Car M. de Foy l'a déclaré dans un manifeste récent; M. de Foy ne veut plus s'occuper que de la haute notoriété du grand monde. Je te fais grâce d'autres plaisanteries que cette bonne âme s'est permise sur bien d'autres personnes de notre connaissance. Une de mes amies qui passait au moment où on la comparaît à une pauvre martyre, dit assez haut pour être entendue du nombreux groupe d'auditeurs qu'entourait la baronne : c'est donc pour ecla que vous me livrez aux bêtes ?
Te l'avouerais- je, chère Jeanne, malgré tout mon zèle et toute ma ferveur, j'éprouvais, au bout du huitième jour, ce malaise vague qui nous prend dans une réunion, lorsque les chevaliers français, par trop occupés de lêurs chevaux, ne paraissent pas s'apercevoir de notre présence. Nous aimerions mieux encore nous mêler à leur conversation de cheval que de rester ainsi. Eh hien ! oui, la bergerie éprouvait le besoin d'un loup. Je no fais pas ici allusion à M. de Joliveau, mon attentif : ce ne serait qu'une brebis de plus. C'est lui, tu sais, qui, mis en demeure par moi de me dire à tout prix le nom de l'auteur de la religieuse, me dit que c'était de Diderot, et que personne n'en faisait dé mystère. C'est incroyable ce que ce pauvre garçon se donne de peme pour n'être bien qu'avec mon mari. Mme d'Aspic dit qu'il lui tarde bien d'assister au jugement dernier pour jouir do la surprise de ce parangon des maris, dont la femme a si bien calfeutré et capitonné le repos en ce monde.
Adieu, ma bonne petite chérie, je te serre sur mon cœur, car tu es mon petit trésor caché; c'est moi qui t'ai déterré, et je me garde bien do me vanter de ma découverte, crainte de partage
Je pense à toi à tout instant; ainsi, tiens, l'autre jour, à la chapelle du couvent, j'étais perdue dans une sorte d'fixtase en face de l'autel fleuri, quand tout à coup une inspiration subite vint me frapper. L'inspiration est un don du ciel, une pension qu'on ne touche pas quand on veut. Je la saisis donc au vol : Je venais d'apercevoir dans un des vases de droite une délicieuse fleur des champs, bleue, mais pas du bleu de myosotis, plus modeste que lui, et ayant l'air de dire : oubliezmoi; mais, par-dessus tout, tout à fait inconnue des fleuristes.
Je vais en porter cet hiver sur une coiffure que, du reste, je ne montrerai qu'à l'amie du cœur, avant la lettre bien entendu. Cette fleur n'étant connue que des botanistes, sera d'un effet saisissant dans un salon. Crois-tu que je t'aime maintenant?
Ah! j'oubliais de te demander si le cantique que tu m'as envoyé ne doit pas être chanté sur l'air de Rigoletto. Adieu ! adieu !
Juliette de Nérac. — Pour copie: Hix.
Chaque jour amène son saint.
C'est, madame, un antique usage D'aller, le jour do la Toussaint, Chez les morts en pèlerinage,
On y va parfois pour pleurer Et s'agenouiller sur la pierre; L'an dernier, je vous vis entrer Par la grille du cimetière.
C'est le pays d'égalité; La bure se frôlo à la soie, La richesse à la pauvreté , Et tout le monde se coudoie.
On y rencontre bien des gens
A la mine triste ou folâtre,
Qui s'en viennent voir, tous les ans,
Comment vont leurs anges de plâtre.
J'aime assez cos jardins anglais Où l'on se promêno à la ronde ; Vous portiez du crèpo et du jais ; Le noir vous sied, vous êtes blonde.
■Je vous suivais discrètement, A travers les cyprès moroses, Et, l'œil à terre, tristement, Je resongeais à bien des choses.
Et j'allais ainsi, pas à pas.
Oublieux de l'heure qui sonne ;
Mais vous no vous arrêtiez pas
Vous n'avez donc aimé personne?
Il est pourtant des êtres chers Qui dorment là, sous ces grands arbres; Les regrets sont-ils moins amers, / Quand ils sont gravés sur les marbres?
L'herbe est bien haute : Où sont les fleurs, ■ Les roses et les immortelles ?
Les morts vont vite: où sont les pleurs, Où sont les douleurs éternelles?
Mais pourquoi donc cette pàlour Et cette bouche sérieuse ; Quand vous regardiez ; curieuse, La Courtille de la douleur ?
Charles JOUET.
29 octobre 1864.