AURORE
La dernière étoile est éteinte ; Le feuillage, rideau mouvant, Frissonne joyeux dans la teinte Vive du beau soleil levant.
Presque jaunis et verts encore Les blés ondulent doucement ; Viens saluer la grande auore ,panouie au firmament.
Vois : à travers les découpures Des branches qui s'aiment, le ciel Laisse entrevoir des couleurs pures Comme ton œil tendre et cruef,
Viens, enfant, que l'amour nous mène !
Joue avec ton ombrelle aux doigts, Allons comme L'autre semaine Respirer la fraîcheur des bois.
L'ombre de ton chapeau de paille . Noyait ton visage si doux;
Nous entendions chanter la caille Et l'alouette autour de nous.
Tes petits pieds dans la rosée Devisaient avec les muguets; D'une lueur blanche arrosée, Tu souriais, j'extravaguais.
Sous un berceau de clématite, L'œil tendu vers mes yeux amis, Ramassée et toute petite, Comme un oiseau tu t'endotmis !
LA YIE PARISIENNE
5 novembre 1864.
... Nocte pluit to tà
(V1RGIL1US.)
Goutte à goutte, cette eau bizarre
Tombe des cieux ; Paris a l'air d'un vieil avare
Tout soucieux.
Le veut s'amuse avec la pluie;
Tantôt terme, Tantôt ouvert, le parapluie
Est peu charmé.
La grisctte coiiïe la borne
De son jupon; L'employé fixe d'un œil morne
Sun pantalon.
Chacun, interrogeant l'espace
Avec candeur.
Auprès des voitures de place,
Passe lèveur.
Gouttière vivante et sévère,
Un vieux cocher Laisse errer son regard austère,
Sans se fâcher.
Lne dame âgée injurie , Chaque trottoir ;
Le commerçant se réfugie Dans son comptoir.
Parfois, d'un cô'é du ciel borgne
Un rayon sort; On dirait qu'un ange nous lorgne,
Et rit très fort.
Est-ce le soleil, qui, plus ferme,
Prend son essor?
Non, bientôt le rideau se ferme,
11 pleut encor. , .
A la campagne où la nature
Est sans souci.
Vainement le ruisseau murmure. .
11 pleut aussi.
Madame, en son salon immense,
Sur son fauteuil, Dort sur la Gazette de France,
Comme elle en deuil. . .
Monsieur compte mètre par mètre- Tout son parquet;
Puis il va voir à la fenêtre Quel temps, il fait. . .
La campagne est bien agréable ;
On dormira.
Puis on ira se mettre à table,
Ouand on voudra...
Les enfants viendront de la route,
Toujours sautant.
Plus crottés que les cbiens, sans doute
Hurlant autant. . .
On recevra la sous-préfète;'
Puis, vers le soir, Chacun, la fête étant complète,
Dira : bonsoir.
Pour moi, qui déteste la pluiej
te- Horriblement, Dans mon lit je passe ma vio ; C'est assommant. . .
Je lis les journaux; je demande
Si quelqu'un sait Pourquoi Dieu lit la mer si grande,
te ciel si laid. ..
5 novembre 1864.
Si le ciel ne sait plus que faire
De l'eau qu'il a, Pourquoi la jeter sur la terre
Comme cela?
Il pourrait en laver la bile
De Poiritraartin, Ou bien en humecter le style
De Girardin.. .
La nue v suffirait peut-être ;
Et l'Océan Purifierait notre grand-prêtre
Ernest Renan.
i-- VER S 0 Li, I GUE NS I iNÎTA'IOTfli
Je crois que je songe, la tête
Tout à l'envers ; ■le me trouve avoir ( on est bête ! )
Ecrit des vers. HENRY maret.
STATUE EQUESTRE DF FRANÇOIS Ie
Inauguré;' à Cognac, sa ville natale, le 30 octobre 186V.
Ce monument , composé d'un groupe colossal en bronze, d'un piédestal en marbre et d'un soubassement en granit, est l'œuvre de M. Aktoinr ETEX, statuaire-architecte et peintre, de Paris, qui a mis cinq ans pour l'exécuter.
Le groupe principal en bronze, fondu par Oharnod, représente François Ier vainqueur à Marignan, au moment où le cheval du Roi victorieux va être blessé par un de ces Castillans aux gages des armées do ce temps, et dont la seule mission était de démonter les chevaliers chargés de leurs armures, en frappant et blessant à mort les chevaux de ces héros.
Le cheval du Roi-Chevalier lancé dans la mêlée, enivré par l'odeur de la poudre, surexcité par son cavalier, vient de renverser de son vigoureux poitrail cette ligne inébranlable des lanciers suisses ; rien ne peut l'arrêter, il franchit les palissades, évitant néanmoins de fouler du fer de ses pieds le corps d'un ennemi agonisant.
Le Roi, représenté calme sur son cheval fougueux, tient de la main droite sa vaillante épée, nue et prête encore à frapper ; sa main gauche tient les rênes rassemblées, ce qui donne à l'encolure du cheval l'allure encapuchonnée. Le casque du Roi, orné de son immense panache, est tombé de sa tête par un choc violent instantané. François Ier est revêtu du costume et de l'armure qu'il portait à la bataille de Marignan, de même que son cheval est recouvert de son armure historique.
Le piédestal, unique dans son genre, est taillé et sculpté dans le marbre. ; quatre morceaux, quatre blocs énormes, apportés d'Italie à Paris, le composent. Sur la face principale, regardant du côté de la ville d'Angoulême, sont sculptés en ronde-bosse, mais taillés dans le même bloc de l'architecture, deux génies appuyés, l'un sur la masse d'armes, l'autre sur le casse-tête et tous les deux sur l'écu du blason du Roi-Chevalier.
Ce monument, tout placé, coûte à l'auteur plus de 180,000 francs.
Pour se rendre compte de son importance relative, il suffit de dire que le sculpteur Lemot reçut 300,000 francs pour le modèle en plâtre de la statue équestre de Henri IV, placée sur le terre-plein du Pont- Neuf, à Paris, et que le jour de l'inauguration le roi Louis XVIII le fit baron.