LA. PREMIÈRE AUX ÉCLECTIQUES
Vous, estomacs de poulets, ne lisez pas ceci. C'est bon pour ceux qui ont de la barbe.
En ce temps-là, lesmortelslisaient Molière le puant, Rabelais le chien, Beaumarchais le basilic, Labruyère le goret, et Voltaire le Judas, pendu par les deux oreilles, et cloué au pilori de l'histoire comme une chauve-souris gluante et visqueuse. Dans quel bourbier fangeux, dans
12 novembre 1864.
quel fumier, dans quelle crotte ont-ils vécu ? Dans quelle hotte et dans quel tombereau leurs feuillets honteux seront-ils balayés? Au hou de présenter leurs fronts pensifs à la chaleur et à la lumière du soleil de vie et de vérité, ils ont voilé leur face cadavéreuse pour barbouiller, avec de la lie, leurs œuvres de corruption et de ténèbres, bavez-vous ce que vous êtes? Vous êtes des athées saugrenus. Vous êtes des gamins, des petits truands. Une herbe folle croît sur vos tombes ridicules. Tout le xvm= siècle est une Ecurie Royale, où les ânes bâtes de la philosophie mangent au râtelier doré d'un monarque des Prussiens, qui commande une armée de fifres et de tambours. Le Y"1" \Slfde 6St ™ *"* Dupuytren. Le xiX" est une Cour des Miracles. Athées aimables, révolutionnaires de jujube prenez-moi l'Encyclopédie et les immortelles bêtises de 89, pour élever vos petites barricades de carton. Vous avez planté le mensonge impur et vous récoltez des panais. Vous avez semé l'injure et vous récoltez des claques. Ln venté, je vous le dis.
; Les temps sont proches, l'heure sonne au cadran des âges où vos immondes bouquins sont livrés aux vers, à la poussière et aux bouquinistes. Tout à l'heure, vers, poussière, bouquins et bouquinistes, vont être couchés sur une litière de charbon de terre, et ma narine s emplira d un céleste parfum, car au nez d'un fidèle, le corps d'un athée ne sent pas mauvais. Dominus vobiscum, à la potence, au bûcher, au gril, les philosophes libres-penseurs! Eh! eh ! mes gaillards, êtesvous sur un ht de roses ? Au pilori vos statues de marbre, pierrots lugubres! Au pilon vos statues de bronze, ramoneurs de l'enfer' Avezvous bien digéré vos systèmes méthaphysiques ? Etes-vous crevés, le ventre en 1 air, dans l'indigestion finale ?
i LT T,la' les Pères de rE8'1iso ou scandale, de l'orgie et de la débauche. Misère et corde sur eux jusqu'à l'ultime génération! Soufre et poix résine! Ah! meute de chiens baveux, mangeurs de soupe Iroide, le sanglier sort de sa bauge et nous allons en découdre.
Lequel de vous, histrions ordinaires et très ordinaires, joue le Tartuffe sous les petites colonnes de Vespasien? Est-ce bien cette figure do papier mâché salie de fard, ce sang de panais qui coule dans°des veines appauvries, cette pomme de terre malade, cette truffe pourrie qui joue Déodal ? Dèodat, c'est moi, mon amour; approche un peu que je voie ta lace de singe. C'est bon, je te reconnais, va escorter monsieur de Pourceaugnac, et dis-lui bien des choses de ma part. C'est en yam, ô histrions, que je prends vos mollets dans mes crocs, vos mollets sont postiches comme votre pourpre, vos couronnes, votre gloire et vos singeries.
Ah ! c'est du joli papier sur lequel je vous délivre ce certificat d'insolence, moi, Dèodat. Vous n'avez pas fini de rire. ! Ni les troubles, Elephantus, qui agitent tes abonnés, ni les révolutions cameleonesques de ta politique, n'altèrent la sénérité de ton visage et de ta rédaction sans nuage. Tu es gros, tu es gras, tu es majestueux, tu es obèse, tu es énorme, tu es colossal, et je vais chez un pharmacien homœopathiquo acheter des petites boites d'épithètes en rapport avec ton écrasante personnalité. Ton nom lui-même est lourd comme un poids de quarante. Mais, ô Elephantus, plus tu seras grave, plus tu seras politique, plus tu danseras la carmagnole, plus tu rouleras tes gros yeux furibonds, plus tu me sembleras doué d'un joli rire et d'une bonne petite trompette en fer-blanc.
O quintuple bœuf ! tu parles à cent mille idiots comme toi ! Tu m'as rencontré comme un pâtre désarmé dans la campagne, et tu mas piétine comme un hippopotame qui écrase sous sa lourde patte humide une moffensive grenouille. Elephantus, regarde-toi à la glace, tu as le mufflc rose. Tu as aussi le cou court, taureau bestial, goinfre en toutes les goinfreries, et tu crèveras comme La Mettrie, en t'empiftrant d'une poularde truffée.
La place d'athée du roi étant vacante, on te remplacera par un philosophe platonicien.
Mais crois-tu, pingret, hôte assidu des crémeries druidiques et des caboulots raphaélesques, que tes cinquante mille abonnés (cent mille de moins que le petit camarade) m'empêcheront de te casser un encensoir de vermeil sur la figure ? Tu peux t'arracher une plume de l'aile pour me répondre, car tu ignores l'usage des solides plumes de fer. Tu peux même t 'écrier : Je voudrais ne savoir pas écrire? Ton style justifiera ce cri littéraire. Et quand même, double brute, je te laverais la tète dans un hectolitre d'eau de la Salette, distillée et ramenée à son maximum de densité, ta caboche n'en serait ni plus propre, ni mieux débarbouillée. Lawater t'aurait appelé Caput-morluum, et Gall t'aurait accordé la bosse de l'escalier, car tu vas te cogner partout, comme le hanneton contre des vitres. Je n'ai plus de journal, mais j'emprunterai celui du voisin pour te couvrir d'aménités et te vider ma hotte sur les épaules. Dans ton ventre de baudruche, j'enfoncerai mon épingle, car tu n'es pas digne d'un coup de poignard. — Je te convertirai— en oison, et, comme les oies du grand Capitole, tu gardes ton journal et tu ne le défends pas. J.