JEANNE A
Elle est blonde, de ce blond doré si fort à la mode aujourd'hui, grande et mince, yeux bleus, bouche moyenne et bien garnie; quant au nez, c'est chose impossible à décrire : — sur un passeport, c'est un nez ordinaire, et, en réalité, il n'est ni trop grand, ni trop petit, c'est un nez droit, mince, avec des narines bien ouvertes et d'une extrême mobilité... L'extrême bout de cet appendice exceptionnel est aplati, mais non pas camard, c'est une sorte de fossette nasale du plus singulier effet; c'est peut-être là que réside le charme de la physionomie? En tout cas, c'est l'écueil sur lequel sont venus échouer tous les peintres et sculpteurs qui ont tenté de la portraiturer. Il est, du reste, toujours en mouvement; c'est lui qui rit, qui devient soucieux, méprisant, irrité; il est d'une franchise désastreuse; en présence d'un importun, il se contracte, pâlit, il souffre ! il n'y a pas à en douter : si l'on a pu dire, avec prétention, mais non sans justesse, que pour bien des gens l'œil est le miroir de lame, on peut affirmer que son nez est le thermomètre de la sienne. L'activité de cet organe est
d'autant plus apparente chez elle que les autres traits de sa ligure sont presque toujours au repos, - parfois même la fixité de son regard devient embarrassante : on se sent deviné... Évidemment, et il faut l'avouer, elle n'est pas belle, on n'ose même pas affirmer qu'elle soit jolie, et ses détracteurs, qui sont nombreux, car il faut compter parmi eux tous ceux qu'elle a blessés d'un mot, vont jusqu'à déclarer qu'elle est laide; aussi a-t-elle inspiré plus de passions que de caprices. Elle surprend, elle étonne plus qu'elle ne charme : c'est un type unique, une exception, j'en suis certain, à cette règle découverte par je ne sais qui, et si souvent rappelée depuis, qui veut que tout être créé ait son sosie. On ne la prendra jamais pour une autre... Voilà déjà plus d'un quart d'heure que je cherche à la dépeindre, et je sens que je n'arriverai à donner une idée de l'impression produite par elle au premier aspect qu'en ayant recours à une comparaison.
Vous ayez rencontré vingt fois, aux Champs-Elysées ou sur les contre-allées qui bordent le lac, tenues en laisse par de gigantesques laquais emmitouflés dans leurs fourrures, de ces petites levrettes blanches emmaillotées dans des pardessus armoriés; leur accoutrement est grotesque, et l'on a peine à ne pas rire do l'air convaincu du malheureux chargé de les promener; malgré cela la grâce de l'animal subsiste et vous ne pouvez vous empêcher d'admirer avec quelle distinction, cette pauvre petite bête trottine sur l'asphalte La vue do Jeanne
produit une impression analogue; elle semble un jouet animé sur lequel on a omis d'inscrire : fragile! C'est un sentiment de pitié qui vous porte à faire le premier pas vers elle et vous pousse invinciblement à lui offrir la protection, dont elle a si visiblement besoin ... C'est une loi à peu près sans exception qui veut que le charme des femmes souffrantes ou simplement délicates s'exerce surtout, sur les natures vigoureuses. 11 semblerait que tous les hommes admis dans l'intimité de Jeanne aient été préalablement examinés par le conseil de révision le plus exigeant.. Pour la taille elle est inexorable, si l'on n'a pas cinq pieds cinq pouces, il faut renoncer à la prétention de lui donner le bras; sa faiblesse ne lui permettant pas, à ce qu'elle affirme, de se baisser pour causer avec un cavalier imperceptible à l'œil nu. Inutile d'ajouter que sa frêle enveloppe renferme un tempérament à l'épreuve de touLe fatigue : une nuit passée n'est rien pour elle ; le temps de remplacer par une amazone sa toilette de la veille, et la voilà toute disposée à aller déjeuner à Saint-Germain, d'un temps de trot, bien entendu, car c'est son allure de prédilection.
C'est notre amour commun pour l'équitation qui m'a mis en rapport avec elle, il y a de cela quelque chose comme cinq ou six ans.
19 novembre 1864.
Je revenais du Bois où j'avais été passer la soirée d'une journée tropicale, j'avais mis mon cheval au pas pour descendre les Champs-Elysées, quand j'entendis derrière, moi le galop précipité d'un cheval; il faisait nuit complète : tout étonné d'entendre marcher un tel train à pareille heure, je me tournai sur ma selle, cherchant à reconnaître quel était l'insensé si pressé de regagner son domicile. C'était Jeanne complètement emballée. Il me serait diflicile de dire de quelle façon je dirigeai ma monture, ce qui est certain, c'est qu'au moment où Jeanne passa près de moi avec la rapidité d'une tlèche ma main droite s'abaissa sur la rêne de sa jument. Celte rêne une fois saisie, je n'eus garde de la lâcher, et un instant après je me trouvai sur mes deux pieds, tenant de chaque main un cheval arrêté. Deux ou trois piétons avaient suivi de l'œil les péripéties de ce drame instantané, et l'un d'eux, palefrenier de l'un des marchands de l'avenue, nous accompagna jusqu'à destination, en tenant par la main le capricieux animal, qui, malgré ce renfort, ne cessa pas un instant de carracoler. Une fuis arrivée chez elle, Jeanne me prit les deux mains et m'embrassa sur les deux joues, puis, après m'avoir fait promettre de la revenir voir, elle me mit à la porte en me déclarant qu'elle avait l'habitude de se coucher à onze heures et qu'il était près de minuit.
Je revins quelques jours après, et me trouvant, par la singulière manière dont j'avais fait sa connoissance, être en mémo temps un inconnu el un ami intime, je crus devoir lui faire un doigt de cour, pour augmenter le nombre de nos sujets de conversation : au premier mot, elle m'arrêta : « Mon cher ami, me dit-elle, vous de- » vez avoir assez entendu parler de moi pour savoir que je n'attache » pas une trop grande, importance à ce que vous me demandez, et » j'aurais mauvaise grâce à refuser à un homme qui a risqué, de se » faire casser les os pour préserver les miens, une laveur que j'ai ac- » cordée à de moins méritants... Mais je me co mais assez pour vous » assurer que si je sais être le meilleur des camarades, je suis la plus >> insupportable maîtresse qu'un raffiné en matière de vengeance » puisse souhaiter à un ennemi... » Depuis ce moment, je n'ai pas passé quinze jours sans la voir, mais jamais nous n'avons soi gô à reprendre cette conversation bizarrement interrompue. J'ai pu du reste, depuis celte époque, juger do la vérité de ce qu'elle m'avait dit. Qu'elle soit invitée le même jour à dîner par son amant ou par un ami, elle choisira toujours l'ami, ce qui, à la longue, doit devenir odieux pour l'amant.
Avec ses amis , c'est le convive le plus affable , le compagnon le plus constamment gai qu'on puisse rêver. —Elle, n'a qu'un défaut, elle ne mange pas ; du reste, elle n'en a pas le temps, elle parle sans cesse, elle sait tout ce qui s'est passé, elle a lu tout ce qui s'est publié et il faut qu'elle dise ce qu'elle en pense.— Si au contraire sou maître et seigneur est de la partie elle devient aussi maussade, qu'elle est do bonne humeur en son absence. Un diuer est une querelle en plusieurs services. Elle se formalise de ce qu'il dit et de ce qu'il ne dit pas. Toutes les plaisanteries qu'il risque sont épluchés par elle. Elles sont insipides ou trop cpicôes et si, par hasard, elles ont obtenu auprès des autres convives un véritable succès , elle lui en conteste la paternité. Lui, au premier coup de boutoir, rit do bon cœur; au second , il sourit ; au troisième il demande grâce « Je t'en prie, Jeanne! » de la prière, il passe à l'ordre « Allons , en voilà assez !! » au dessert il prend son chapeau pour ne, pas succomber à la tentation qu'il a de se livrer à des voies de fait. Pondant ce temps les tiers sont sur des charbons, mais elle ne daigne pas s'en apercevoir.
11 y a deux ans, pendant qu'elle s'habillait, on m'avait fait attendre dans son boudoir : j'étais seul, la toilette s'opérait lentement et je m'ennuyais , j'avisai , dans le bas d'une étagère, une quarantaine de volumes et je succombai à la tentation de voir de quels auteurs Jeanne nourrissait habituellement son esprit : Je m'attendais à trouver quelques crevettes littéraires , mémoires de Rigolboche , etc., etc.; point, voici à peu près le catalogue complet do sa bibliothèque :
Henri Martin, Histoire de France, dix-neuf volumes II!
Gil Blus, illustré par Gigoux, un vrai chef-d'œuvre d'illustration soit dit en passant ;
Le troisième volume de la Conquête de l'Angleterre par les Normands ai Poésies el Nouvelles, do Musset ; Manuel du Parieur aux courses ; Cours de droit naturel, de JouffroV !!l!!! Cinq volumes des Causeries du lundi!'!
Tout cela avait été lu et relu, toutes les pages étaient pliées. — Elle avait commencé à lire, la veille, l'Elude de Sainte-Beuve sur saint
Anselme, elle avait souligné le mot du prédicateur, Faites ce que je vous dis et ne faites pas ce que je fais ; et elle avait ajouté en marge ces mots : Pas bétel la page était marquée par une lettre que lui avait écrite le marquis de Beûwhr, trois lignes que j'avais lues avant d'avoir conscience do co que je faisais.
15 octobre 186.
« Ma chère enfant,
« Je suis vieux , ma femme est morte. — Si tu te sens la force de » renoncer à la vie de, plaisirs pour te faire garde-malade, viens t'ins- » taller chez ton père qui brûle dti désir de t' embrasser.... »
Tout ébaubi de la découverte, que je venais de faire, je n'attendis pas la lin de sa toilette et je m'en allai en déclarant au domestique que je reviendrais le lendemain. Pendant six mois , ni son amant , ni aucun de ses amis n'entendit parler d'elle ; on se livra à toutes sortes de conjectures , des paris s'engagèrent , reviendra-t-ellc ? ne roviendra-telle pas ? — Enlin à bout do suppositions, ses ennemis y aidant, il fut établi qu'elle avait été incarcérée violemment pour un méfait dont quelques gens bien informés donnaient le, détail circonstancié. — Un matin, je lus dans la Patrie l'article nécrologique du Baron. — Deux jours après, la femme de chambre de Jeanne pensa tomber à la renverse quand, le malin, elle entendit sonner dans la chambre de sa maîtresse. Celle-ci élait revenue comme elle était partie, sans crier gare ! Depuis elle a su les bruits qu'on a répandus sur son compte : ses amis l'ont harcelée de questions ; lui a demandé une explication ; tout a été inutile... elle n'a pas soufflé mot!
Avant cet événement, Jeanne avait toujours été moqueuse, mais sans fiel; depuis ce moment elle est devenue impitoyable; elle n'égratigne pas, elle déchire; et il faut voir avec quelle perspicacité elle sait trouver la corde sensible : comme elle connaît tout le inonde, elle, sait par l'un ou le bât blesse l'autre, et elle ne se gêne pas pour appuyer sur la partie endolorie.
C'est elle qui a surnommé le, jeune, des G : le bouquet d'orties en mémoire de la manière bizarre dont il fut rapporté dans sa
famille par le colossal Henri B Vous savez combien co jeune co-
codès est grincheux? il n'a que dix-sept ans et anticipe sur sa croissance à venir pour se dresser sur ses ergots; involontairement coudoyé chez L... par Henri B..., il lit à celui-ci une scène aussi ridicule qu'insolente. B... qui est plus fort qu'Hercule et à peu près autant que Grisier, ne se souciait guère de charger sa conscience de l'anéantissement d'un mineur aussi peu volumineux; il se contenta de le saisir par la boucle, de son gilet et de, le rapporter à son père, en recommandant à ce dernier de faire accompagner désormais par son précepteur cet enfant terrible et gênant.
J'ai eu la curiosité do vouloir savoir quel âge pouvait avoir Jeanne (une des questions les plus souvent agitées dans soir entourage), et j'ai cru, avec la naïveté qui me caractérise, que le moyen le plus simple était de le lui demander. Elle m'a répondu en me disant celui de madame A..., de mademoiselle B..., mais pour ce qui est du sien, elle ne m'a rien dit.
Décidément, j'ai fait une sottise l'autre, jour. Je viens do retourner chez Jeanne, et sa femme do chambre m'a répondu que « Madame était partie en voyage, et qu'elle ne savait quand elle serait de retour. » Or, j'entendais parfaitement le bruit des assiettes dans la salle à manger.— Aussi, quelle idée d'aller demander son âge à une femme qui a des souvenirs précis sur les journées do Février! ! !
cnAt'TY.
10 novembre 1861 .
CHOSES ET AUTRES
On danse aux Italien :.
Voilà désormais un fait accompli. Les sceptiques sont écrasés. On danse aux Italiens; mais, comme il faut que dans ce théâtre on ne fasse rien comme ailleurs, nul étranger n'aie droit de pénétrer dans le foyer des danseuses. On n'a encore rien fait de plus fort en faveur de la littéral ure.
Il vient de se passer un.
fait qui prouve pour la mil lième fois que la critique est un sacerdoce, et nue les pontifes qui l'exercent sont les pontifes les plus infaillibles du monde. La représentation de la Jeunesse de Mirabeau a , comme on sait, été retardée d'un jour, par suite d'une indisposition de Mlle Fargueil. Or, le lendemain, paraissait dans beaucoup de journaux un récit circonstancié des détails de cette première représentation, laquelle n'avait pas eu lieu. Qu'en conclure? Rien autre que ce que je disais — la critique est un sacerdoce, et sespontifes sont des prophètes.
Je me souviens d'avoir lancé, il y a un an, une nouvelle invention consistant en ombrelles-plumes de toute nuance. Le bonhomme qui avait eu cette idée menait d'ordinaire en laisse un méchant petit chien qu'il coloriait comme ses ombrelles. On m'assure que cette mode gagne, et que les plus grandes dames teignent aujourd'hui leurs griffons. Ce que c'est que de nous! Ces dames n'ont pas pris la mode des ombrelles qui étaient jolies ; mais elles prennent l'idée du chien qui était laid.
Autre invention. On industriel fabrique des boites à musique. Avcz-vous remarqué que c'est toujours au moment où l'on ne veut plus d'une coutume qu'on l'exagère? Cela remplacera l'orgue de Barbarie. Je ne nie pas qu'il ne soit agréable de marcher sur l'ouverture du t'alife de Bagdad; mais, sur le boulevard, quand chacun fera entendre un motif différent, les chiens auront quelque raison de hurler. Quant aux conversations, elles ne pourront qu'y gagner: on ne s'entendra plus.
Quelqu'un vient de démontrer, à l'aide de chiffres, que Mme Saud est cousine du due de Bordeaux. Nous sommes tous plus ou moins cousins. On n'est jamais trahi que par les siens.
L'auteur du Pied qui r'mue vient d'être décoré de l'ordre de saints Maurice et Lazare. Saint-Maurice doit être satisfait, ainsi que son collègue Lazare.
L'Odéon va nous donner une nouvelle comédie de M. Pailleron, le Second mouvement. M. Pailleron croit nécessaire d'expliquer son titre. Ne trouvezvous pas qu'aujourd'hui ou explique beaucoup trop les titres et les comédies? Nos pères s'expliquaient moins; en revanche, et comme il faut que tout se oompensc, on les comprenait mieux.
Dans tous les coins de la France, on se plaint du froid, qui est intense. Seuls, les l'érigourdins ont tropehaud; ils injurient le soleil qui persiste à ne pas quitter Périgucux. Que diable le soleil pourrait il bien fuire là-bas? Ne serait-ce pas plutôt un bruit que les Périgourdins font courir, afin d'attirer Radar dans leurs murailles ?
Orélic-Antoiue Ior a été acquitté. Seulement les tribunaux l'ont traité de fou. L'huissier a ri. Pourquoi a-t-il ri? Etre une Majesté Araucaniennc, cela ne vaut-il pas mieux que d'annoncer la Cour? Nous sommes bien toujours le même peuple qui dit: Comment peut-on être Persan?
Dans le monde, on s'entretient beaucoup d'une princesse anglaise malade d'amour. Le jeune homme qui a attiré ses regards n'est pas prince ; elle ne peut l'épouser. « Vous ne pouvez, disait Marie Mancini à Louis XIV ? Pourquoi donc ètes-vous roi ? d
On vient d'exposer, rue de la Paix, la robe de l'Impératrice du Mexique. Cette robe est eu satin cerise, brodée de fleurs et recouverte de points d'Alcnçon.
peut-être pourrait-on souhaiter mieux. Mais le Mexique n'est pas la France. « C'est pour V exportation, disait dernièrement le marchand, de ce ton de condescendance que ses confrères emploient en prononçant ce mot. »
J'ai assisté l'autre jour à un mariage i-raélite. Le. fiancé garde constamment son chapeau sur sa tète. Emblème touchant, et qui démontre clairement que le mari doit être toujours prêt à planter là celle à qui il est uni pour la vie.
Noire manie de publier toute réclamation, même grincheuse, pourvu qu'elle soit bien tournée, nous attire aujourd'hui une petite leçon. A la suite de la lettre d'un iceteur de la Garde, parue dans le dernier numéro, nous reccons les six épîires suivantes:
Monsieur,
J'ai lu les réflexions qu'un officier n'a pas craint de franchement vous éciire, sur un article où le militaire n'était pas analysé suivant son goût.
Ce n'est pas moi, monsieur, qui vous ai écrit. Prenez en acte, monsieur. Je veux bien être, monsieur, comptant sur l'insertion de ma réclamation,
Votre serviteur,
Anatole de GftAtiDVEnTJCS.
Lancier dans la garde,
P. S. On a un sabre — et qui traîne!!'. Saporlotte!... br, brrr, brrrlu !...
Monsieur,
Ce n'était pas une robe feuille morte, mais bien verte, veiie, entendez-vous, queje portais à cette représentation, que vous avez du reste sottement analysée. Je hais le vert, monsieur, mais le porte pour plaire à Alfred.
Je vous salue avec dignité,
Emma Finejjoiciie, Demoiselle d'un corps de ballet.
Monsieur,
Quand vous voudrez des vers, adressez-vous à moi. Ceux de monsieur votre rédacteur ne sont pas de ceux que j'entends ou plutôt que je fais. Sinon, monsieur, je serai forcé de ne plus vous lire.
Ovide Moutonxet, Poète de premier ordre.
Monsieur,
Supprimez votre journal, car il nie donne des attaques de nerfs. Jelevoudrais autrement; mais comment? je le voudrais... oh! mon Dieu! passez donc chez moi, je vous dirai mon plan — si je l'ai bien arrêté.
Votre serviteur,
l'OPINAIlT,
Concierge, rue Bréda, 7.
Monsieur,
Avant d'insérer quoi que ce soit, vous feriez bien de me le soumettre. C'est un conseil officieux queje crois devoir vous donner. Littérature, science, études morales, critiques, pastiches, portraits de personnalités telles qu'artistes, gens de robes, officiers de différents corps : je verrai tout consciencieusement, monsieur, et vous renverrai sous 24 heures les épreuves corrigées. Cela vous évitera toutes réclamations.
Agréez, monsieur, avec mon conseil, etc...
Céiestin PiWtmoK, Critique.
Les Grandes Industries de Paris. — Les Magasins de la Pensée. — Maison HENRY, faubourg Saint-Honoré.
Voici une Maison où «o conservent intactes, depuis un demi-siècle, les traditions du luxe et du lion goût. Nous profitons Je l'agrandissement quelle vient Uo recevoir pour donner à nos lectrices une idée du coup d'ccil que présentent ces vastes Magasins occupant trois étages, éblouissants de lumière, et remplis, depuis la base jusqu'au faite, de tout ce >jui constitue la toilette d'une femme, la robe neeptée.
Le Propriétaire-gérant, MARCEUJÎi
Paris. — !mp. KliGELMANN, 13, rue Grange Batelière.
26 novembre 1864.
Ce que nous aurons fait de plus étrange depuis la fondation de ce journal, sera, sans contredit , d'oser faire paraître à cette place , côte à côte de nos frivolités habituelles, les lignes sérieuses que Ton va lire. Ce n'est rien moins que le prologue, encore inédit, du grand ouvrage religieux, le Christ, par M. Emile Barrault, que tous les journaux annoncent dppuis longtemps et qui va paraître dans quelques jours. Mais lisez seulement un passage, et dès les premiers mots, vous verrez que vous avez à faire à un liomme souverainement bon, aimable, et bien élevé, qui voulant mettre à la portée de tous ces grandes questions ordinairement rendues si arides, a su les exprimer en termes clairs et courants, en homme qui trouve que grands mots et gros mots sont bien près d'être synonymes. Ce prologne n'est qu'un simple exposé des personnages qui vont prendre part à la discussion, objet de cet ouvrage. Impossible de mieux rendre et plus délicatement, en quelquesmots, les nuances d'opinions qui nous divisent aujourd'hui, de les mieux respecter et de les mieux faire paruonner toutes en les légitimant, comme contenant chacune une parcelle de la vérité. Essayer de les réunir toutes en un seul symbole plus large et plus généreux que les précédents est au moins l'effort d'un grand cœur. 11 ne nous appartient pas, du reste, de nous prononcer pour ou contre un livre de ce genre; nous ne voulons que donner à nos lecteurs le désir de lire.
Un cabinet de travail dans un pavillon au milieu d un parc. — Bibliothèque table et ameublement en vieux chêne. — Au fond de la pièce, le tableau de saint Augustin d'après Ary ScheiTer.