IV. — RECETTE POUR FAIRE UN DRAME
Revu à correction à la Comédie- Française, vous avez été joué onze l'ois à l'Odéon devant des banquettes fanatiques; en voilà assez pour la gloire ; il vous faut passer à d'autres exercices. Pour satisfaire vos rêves financiers, sans trop blesser vos appétits littéraires, vous débutez par un drame historique, historique sur l'affiche seulement. 11 vous faut d'abord un titre ronflant : le nom d'un roi est votre affaire, le premier roi venu.
Vous avez trop de discrétion pour révéler au public les faits et gestes de ce gracieux souverain ; il se contentera de se promener dans
la pièce la canne à la main, servira de compère à ceux qui daigneront lui confier leurs petits secrets, et se retirera discrètement lorsque votre premier rôle désirera être seul. Pour ce dernier, qui sera le premier, le vrai, le seul héros de votre œuvre, façon d'aventurier sans aventures, il occupera vos cinq actes à semer généreusement son amitié, son dévouement et ses coups de colichenarde au bénéfice de tout le monde sans connaître personne, n'exigeant pour toute récompense que des tirades interminables dues à votre plume éloquente et les bravos exigés de l'enthousiasme des claqueurs. Batailleur, hâbleur, bredouilleur, bénisseur et protecteur, il sauvera l'État, le roi, la reine, le dauphin le jeune premier et la jeune première, et la pièce
Le premier roi venu, la canne à la main.
Le cher Judael et le bon Paolo!
Pas encore, Monsieur le comte !
par-dessus le marché. S'il menace de faire naufrage avec elle, un vaisseau que le directeur vous garde en réserve vous mènera le tout à bon port.
Ce genre de pièce n'est qu'un long monologue qui se fabrique dans l'intimité de l'acteur en vedette de complicité avec le directeur.
Tenez -vous à prouver que vous avez étudié les maîtres du genre ?
Pour imposer le respect à la fpule, soudez adroitement dans voire drame deux ou trois scènes ingénieusement extraites cle Schiller et de Shakspeare ; votre habileté les
rendra méconnaissables , à n'en point douter Si votre pièce se passe au moyen âge, votre partie comique est toute trouvée : deux assassins, le cher Judael ! et le bon Paolo!
Mais je devine que dans la noble ambition que vous avez de vouloir aborder tous les genres, vous ruminez un drame populaire. Le Pas encore, Monsieur le Comte, n'est certes pas à dédaigner lorsqu'il s'échappe de la bouche d'un pâle voyou ; mais s'ij vous conquiert le poulailler, il fait le vide aux avantscènes. Pourtant on peut vous indiquer le moyen d'utiliser cet effet. Transportez votre action sous Louis XV. Votre homme du peuple, grâce au costume galant de l'époque, perdra de son. réalisme, cela vous donnera l'occasion de fabriquer une façon
1 e chouan de rigueur:
lidèlcà la tirade, à son Dieu à son Roi.
do bergerie égalilaire. Votre héros, paysan, ouvrier ou soldat, aura de droit ses grandes et petites entrées dans le petit et le grand Trianon, aussi bien que dans les cœurs des duchesses ou favorites du roi. il sera trèspriséde ces dames, grignotera le pain bis et choquera le verre et le bon sens avec ces dames, et, après les avoir désespérées, épousera sa Toinon. Que faut-il pour compléter votre bagare? Un style trumeau et un traître qui s'épatera lourdement dans l'action, alin de faire croire que vous avez fait un drame. Ce genre de pièce a son danger au point de vue de la recette, mais il se fait respecter par son faux-nez littéraire.
Cependant abordez franchement le genre, lancez-vous dans le mélo, le mi o pur, qui sur l'affiche s'intitulera bravement drame. La vous trouverez le placement naturel de vos entants égarés, retrouvés, enlevés, substitués et pleurés. Vous faites passer la scène en Bretagne, pour le chouan de rigueur, fidèle à la tirade, à son Dieu et à son Roi. On cherche les petits; des pères plus ou moins légitimes, ainsi qu'une foule de mères sont de la fête. Palpitant jeu de cache dans lequel vous introduisez des bossus, des crétins, des idiots et autres infirmes, plus le traitre cité plus haut, façon d'ogre qui ne vole les enfants qu'afin d'avoir l'occasion de payer des mois de nourrice.- 11 doit avoir des enfants, car il nourrit aussi une vengeance.
Pourquoi se venge til? Parce qu'il est troisième rôle. Il fera condamner un innocent à sa place; au besoin il en sera le juge , mais les trois hommes sont là. Il est dévoilé. — Trop lard.
La victime est inno cente ! sauvé , sauvé , merci mon Dieu ! si vous trouvez cela un peu trop rebattu, prouvez par les moyens contraires , les innocents Dcs détins, des idiots et autres infirmes, ont fait leur temps peut-être. Laissa les enfants à leurs mères... et adoptez audacieusement votre coquin pour héros. Dès le lever du rideau il aura commis tous les crimes; son excuse, car il lui en faut une, est dans son éducation négligée. Il a pris la société en grippe.— N'est-ce pas son droil? —Il se vengera d'elle. Pourtant il avait du bon. Ah! quen'a-t-il rencontré sur sa route un conseil, une main amie! Ah ! s'il avait connu sa mère ! sa mère; une femme paraît; la voix du sang a parlé, cette grande dame
je serai son fils ! Oh !
bonheur! on s'embrasse, — Que vois-tu? — Ciel! mon enfant voleur ! assassin! — Ah maman, si vous saviez.
— Tais-toi.
Je ne veux rien inveuter, un fils a-t-il besoin de se défendre; — Tu te repends.
— Oh ! oui. — Oh ! joie, oh! bonheur, le repentir est descendu dans son cœur, Dieu a pensé à lui. — Mais les gendarmes aussi, hélas !
Les infâmes oseraient ten-
Trop tard!
Sauvé ! Mort
terde l'arracher des bras de ta mère, non c'est impossible. Une idée subite m'éclaire. Ah! je le sauverai , mais ce magistrat qui t'accuse Sei gneur ! Seigneur ! ayez piliez de lui. Oh!
rassurez - vous , ma mère, il est
joué par le père noble, il ne' voudrait pas me ravir les sympathies du public. — Préparatif d'évasion que protège la mère et qu'un pauvre diable veut empêcher, pif I paff ! un honnête homme de moins. Bravo , bien, sauvé , sauvé! — Non perdu , un traitre a livré cet intéressant scélérat. Il va mourir, la salle entière est inévitablement attendrie : de ce moment la justice tourne au côté odieux. Grâce 1 grâce. — Non je veux mourir. Mourir, toi. — mourir lui!!! — Oui, en expiation de mes fautes. — Ah! ce n'est pas un coupable, c'est un martyr. Fatalité, horreur. Mais Dieu est juste. Cette grâce que le public souhaite, que vous auteur vous n'osez accorder, le directeur vous l'arrachera, car il redoute les dénouements malheureux. Maintenant que je vous ai initié sur les différents thèmes à suivre, quelques réflexions dernières. Vous préoccuper de légitimer les entrées et les sorlies de vos acteurs ; inutile. Le secret consiste a entasser situations sur situations. Ne donnez pas le temps à votre public de réfléchir. Ahurissezle, énervez-le, qu'il devienne aussi insensé que vos personnages et silôt la toile baissée vite un rappel qui lui enlève toute possibilité de retrouver sa raison.
Conclusion : dans ces divers genres de quelques extravagants incidents pour grandir votre œuvre, ajoutez à l'effet produit sur les oreilles la satisfaction des yeux. Donc beaucoup de duel à l'épée, au poignard au revolver, à la carabine, au tranchet, à la savate ; vos personnages doivent voyager des caves au grenier, aller au fond des puits, sur les toits, même dans la rivière. 11 est dans le devoir de nager, d'étriller, de sculpter et d'escalader des murs de ving-cinq pieds. Si l'escalade présente des dangers sérieux, péripétie véritable. Quelqu'un tombera peutêtre mais a pièce jamais.
Eusïache.
Ali! s'il avait connu sa mère!
Quelqu'un tombera peut être; mais la pièce, jamais
MODES DU JOUR
Négligé.
On parle des prochains bals costumés comme si les simples bals n'en étaient pas déjà :
témoin la gracieuse hirondelle et le dé- Icieux mari on glacé qui, sous les figures d'une princesse et d'une duchesse trèsillustres, ont animé l'un des lundis de l'Impératrice,
Je citerai aussi cnlre autres, la robe que Gagelin vient de créer pour Mme de W"\ La jupe est en tulle blanc, toute couverte de petits volants à dents , au bord pailleté d'or, et parsemés d'étoiles d'or. Le dernier
de ces volants est à la tête. La tunique, en satin rouge, s'ouvre devant, en tablier et s'étage en pans coupés encadrés d'une dentelle d'or et complétés chacun aux trois angles par des glands d'or. Le corsage, trèsdécolleté en satin rouge avec basque par derrière, s'ouvre sur un petit gilet de satin blanc à boutons d'or. Deux ruches de tulle blanc reliées entre elles par une dentelle d'or ornent le bord de ce corsage et se ferment sur la poitrine par une attache d'or avec deux glands pareils. La manche courte est enrichie do trois glands d'or. La coiffure est composée d'une plume rouge et d'une plume blanche pailletées d'or et rattachées par une corde d'or. Ceci est d'innovation hardie comme tout ce que crée Gagelin. L'arrangement de môme que les couleurs de cette toilette en est royal ; le luxe en est harmonieux jusque dans son exagération de richesse.
A côlé des toilettes splendides, il y a les négligées également splendides. La Gronde Maison de blanc vient de créer uve Imper atiice qui
Toilette de spectacle.
pour n'ôtre qu'une robe de chambre ne le cède pas aux plus jolies parures.
Cette Impératrice est en mousseline très-fine sur sou-robe en taffetas blanc. Un petit volant bordé de valenciennes, et ayant pour tôie un riche entredeux brodé, — se dessine en feston sur le bas de la jupe. Trois larges bandes brodées, à doubles tètes arrondies et encadrées d'un volant Toilette de soirée.
bordé de valenciennes, — remontent en s'aminoissant du bas du devant de la jupe jusqu'à mi-corsage (celle du milieu jusqu'au cou). Ces trois bandes se répètent exactement par derrière du bas de la jupe jusqu'à la taille pour se terminer dans le clos. La manche demi-plate est toute couverte de broderies. Un petit volant rappelant le bas de la jupe forme coquille de bas en haut sur cette manche et se termine en encadrant l'entredeux de l'épaule. Un petit col complète l'ornement brodé du corsage. Autre chose à noter à propos de la Grande Maisoi de blanc. Ce sont es robes de bal. Les plus fraîches et les plus vaporeuses toilettes du soir se trouvent là ; l'eussiez-vous cru?
Que dirai-je des chapeaux ! Visiter les salons d' Aie xan drive pour donner la mode, n'est pas chose facile.
Qui dit Alexandrine dit: charme, originalité, mais surtout fantaisie.
Pour elle tout est possible et rien n'est admis. Heureuses sont les femmes qui n'ont pas à compter avec leur budget; elles peuvent s'en remettre à cette fée de la grâce du soin de les faire charmantes, — fussent-elles laides. — Quant aux femmes de toilettes modéréesjeleur conseille de fuir c o m m e u n écueil les tentations d'Alexi, drine. Je ne puis résister toutefois, — quitte à faire naître d'imprudents désirs, —
ToitetU de dîner.
Toilette do soir d'après un modèle de Gage
de citer les dernières créations — les œuvres d'art, veux-je dire — qui viennent d'éelore chez cette tant célèbre innovatrice.
Un chapeau de royal blanc avec marabout nacré posé sur le haut et au bord de ln passe. La moitié de ce marabout, s'effile sur l'intérieur composé d'un nœud de royal blanc enrichi de petits escargots et d'une grosse coquille de nacre. L'autre moitié retombe sur la passe qu'orne de côté un second marabout également nacré. C'est une vraie pluie de goutelettes sur nuances prismatiques, et le chapeau est du plus chatoyant eiret.
Un chapeau en velours noir, à fonds do dentelles noires Iraversées par un ruban de velours rose qui vient former brides. Le haut de la passe est orné d'une tulipe de blonde entourée de feuilles d'or bruni. L'une des feuilles de ce bouquet s'incline pour former l'intérieur avec quelques longues rouilles de fougères également en or bruni.
Enfin, je nomme comme gracieuse fantaisie la coiffure Marie Stuart, formée d'une plume verte toute étoilée de petites perles. Un double rang de grosses perles s'enchevêtre au velours par derrière pour retomber sur le cou.
Puisque nous en sommes aux coiffures, je dois citer comme modèle celle que l'on a vue au dernier bal des Tuileries, sur la tète de la jeune duchesse de C... C'était une couronne en fleurs de lilium dont le rose, tigré de points bruns en relief, se détachait admirablement sur un feuillage aux teintes vertes, blanches et carmélites et aux riches nervures brun rosé.
Cette parure a élé créée par P.is<on dont le goût artistique est trèsrecherché. Plisson arrange, avec une originalité rare, des fleurs nacrées telles que pivoines, fraisiers, lilas, églantiers, roses. Ce genre s'applique à toute espèce de fleurs.
Je recommande anssi de lui, — une coiffure de grappes do Molène avec herbe des champs, égayée d'un papillon or et velours. — Une coiffure en fleurs de véronique naturelle; des grappes tombantes dont
jnoir d'après un modèle de la Grande Maison de blanc.
l'effet sera charmant. — Un pouf composé d'une pivoine blanche a cœur nacré accompagnée d épis d'avoine nacrés et de feuillage nacré, constellé de petits coquillages. — Une coiffure en corail (portée aux Tuileries par la baronne de S...), avec feuillage lamé d'eau comme si chaque feuille était couverte d'un unique glaçon.
Je pourrais ainsi en citer longtemps et des plus jolies; mais ces parures, si délicates dans leur inattendu demandent à être vues. Mes lectrices connaissent toutes déjà, du reste, cette excellente maison de la rue du Bac.
La mode est mainlenant trop à la poudre pour que j'omette ici les nouveautés de ce genre.
Voici les secrets de beauté de maintes jolies femmes.
La îucio lue, neige dorée, est destinée aux cheveux blonds ou châtains clairs. Var^entUe pailletée est pour les brunes. Il est d'autres poudres encore qui demandent à être choisies d'après la nuance des cheveux, d'après le costume. Je conseille très-vivement à toute femme qui veut être belle, de se rendre rue de la Paix, où elle trouvera — Maison Seguy — un vrai laboratoire de beauté.
Là, outre la poudre, on trouve le pencil japonais p< ur animer les yeux. Le rose d'Armide et le bl«nc Nymphéa pour le teint. Ce blanc offre trois nuances: le blanc mat, le blanc rosé et le blanc teinté, — ce dernier pour les brunes. Il y a aussi le blanc Nymphéa en liqueur pour les épaules et les bras. Mais tout ceci exige des détails que je donnerai prochainement, a place me manque aujourd'hui.
Un mot sur les toilettes de la saison que représentent les quatre gravures de la page précédente.
Toilette de spectac'e. — Robe décolletée, en satin blanc avec ganiture
de zibeline. Collier supportant une grosse croix byzantine bandeau de saphir avec aigrette et nœuds de dentelle.
Toiklle de dîner. — Robe écossaise à taille ronde et à basque ; la jupe garnie d'une dentelle noire et relevée sur une jupe de taffetas blanc avec large volant pareil ; le corsage décolleté est orné de plis de ullcbla ne d'où retombe une dentelle noire; ceinture étroite de velours noir. La coiffure est un bandeau écossais, en or émajflé, surmonté de deux plumes d'aigle attachée par une broche d'argent; diamants au chignon; souliers rouges.
To'letle de soirée. — Robe de tulle à taille ronde avec plis au corsage très-décolleté ; la jupe est rayée de bandes.de satin blanc avec franges, est ornée, au bas, de deux bouillons surmontés de deux rangs de festons en satin blanc avec garniture de blonde et de jais blanc. Collier de diamants; fleur de diamants au-dessus de l'oreille gauche; chignon relevé sur la nuque.
' Négl.qé pour remplacer l'habit de cheval au retour de la promenade. Robe de satin blanc festonnée, le feslon simulant une double jupe; corsage 'fermé par de larges boutons d'étoffe; manches plates à coudes ornées surl'avar:t-bras de bandeleties de satin ; un pli AVatteau forme le dos de ette robe; col et manchettes de broderie; cravate de dentelle.
VICOMTESSE DE TKOIS-KTOII.F.S.