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TOUJOURS L'ÉCOLE DES BEAUX-ARTS

(A propos de l'artiete intitulé : Les Coteries.)

Ce nue M Freeman a dit par la bouche de M. About rentre tellement dans mes idées que je me garderais d'y ajouter un mot si au milieu ,de choses profondément vraies, il ne s'y glissait pas une petite erreur qu il me permettra de relever. Von. ■

M Freernan considère M. Picot comme la personnification de I enseignement donné à l'École des Beaux-Arts et de la médiocrité qumteuse, obstinée intolérante, quia maintenu l'Ecole dans l'ormere que vous savez.

MepicofavanSt louUi'a jamais été professeur à l'École des Beaux-Arts -et n'est pas responsable, par conséquent, des fautes commises dans ce. établissement. • . ... , „„,., -, ...

Je dirai en outre qu'à mon avis M Picot, si peu brillant qu il ait ete comme peintre, est un professeur infiniment préférable à MM. Delacro x, Ingres et Horace Yernet, par cela même que sa personnalité de peintre

est plus effacée que la leur. <.,<■„„,•♦ „„ ,i«si0cn

Le maître d'école qui apprend à lire aux enfants ferait un détestable professeur de rhétorique; mais en revanche mettez le meilleur professeur de rhétorique la fleur de 1 Ecole normale, au milieu d une classe de trente bambins ne sachant pas lire, et vous verrez au bout d'un an s'il y en a cinq qui sachent leurs lettres.

M Picot a été un maître d'école simple, patient et tolérant, et si au fond du cœur il a des sympathies artistiques il a su ne point les un-

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Votre 'jambe est trop tourte et votre bras trop long sont des paroles salutaires à entendre, et M. Picot les a dites souvent Fuites coame moi est un conseil dangereux qui n'est jamais sorti de sa

b°Voila' pourquoi je regrette que M. Freeman ait fourré dans le même sac M Picot et M Sienol et n'aitpoint fait une distinction entre la médiocrité vaniteuse, bavarde et intolérante, et elle qui sans tapage, trouve moyen d'être utile aux autres. " . .

Pendant qaurante ans et plus M. Picot a donné, sans parti pris sans arrière-pensée, avec une impartialité entière, le seul enseignement raisonnable et possible, celui qui laisse à chacun son caractère, son individualité et ne repose oue sur la pratique élémentaire de 1 art.

Peintres de genre, peintres d'histoire, paysagistes, dessinateurs et coloristes sont sortis par centaines de cet atelier ; tous ayant appris quelque chose, aucun n'ayant perdu son sentiment propre.

M Picot n'a inoculé le génie à personne, la chose est connue, mais le génie ne s'inocule pas, et 'les autres maîtres plus brillants, plus énergiques et ayant une individualité puissante, — M. Couture par exemple — n'ont jamais réussi qu'à transmettre à leurs élèves leur manière, leur procédé leur habitude, leur chic, si vous voulez mais rien ;de plus. Et crovez-vous" franchement qu'on obtiendra justement des peintres a la mode des nouveaux ateliers cet enseignement banal, terre à terre, potau feu, mais régulier, tolérant et discret qui est excellent pour tout le monde et dont M. Picot est l'estimable représentant? : .

M Gèrôme est un peintre, un artiste, veux-je dire, plein de talent et d'esprit. Il a des qualités immenses, séduisantes au possible, et tellement individuelles et voulues, qu'on oublie volontiers ses défauts qui ne manquent pas de franchise non plus.

C'est parfait. Mais certains prétendent qu'il fera un détestable professeur ; qui ne pouvant inoculer à ses élèves sa propre nature, son goût exquis, et cet art d'adorable escamotage qu'il possède à un si haut point, M. Gèrôme ne transmettra à ses disciples que ses défauts, — je veux dire ses imperfections.

On prétend qu'il va éclore sous l'aile du nouveau maître des centaines de petits pignocheurs spirituels (passez-moi le mot), supprimant volontairement la couleur et l'effet, et les remplaçant par un dessin petit et conventionnel.

Les mêmes mauvaises langues prétendent encore qu en créant un enseignement sérieux et gratis à l'École des Beaux-Arts, et en le conhant à des peintres à mecès, au lieu de diminuer le nombre des malheureux qui se précipitent dans la carrière des arts comme d'un sixième étage dans la rue, on ne fera que l'augmenter.

Je sui> forcé d'avouer que cela me paraît parfaitement juste, et qu en présence de l'atelier CérôrneAo songe malgré moi à ses bougies allumées autour desquelles, dans les soirées d'été, des milliers de papillons viennent se griller sous prétexte de lumière.

On ira chercher dans l'atelier Gèrôme l'art de faire un tab.eau ayant le succès du Duel de Pierrot, et se vendant aussi cher.

On a dit que les membres de l'Institut avaient des partis pris. — Trèsvrai. — Qu'ils avaient un mot d'ordre, une discipline.— Parfaitement juste, comme tons les gens enrégimentés dans un corps. — Qu'ils taisaient preuve de l'intolérance la plus marquée. — Bravo. Mais croyez-vous que M. Gérôme ou M. Pils, qui doivent leur succès à l'énergie avec laquelle ils ont marché droit dans un sentier à eux, n'eu auront pas, de parti

P' Croyez-vous qu'ils ne seront pas lout aussi absolus que leurs prédé-

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Croyez-vous que M. Robert Fleury, qui a un talent si particulier, des qualités si spéciales, deviendra tout à coup un homme sans préférences, acceptant tous les genres et les encourageant tous également

Il n'y a pas d'hommes plus absolus que ceux qui doivent leur succès à l'originalité de leur talent. Cela se comprend du reste.

Le problème ne parait donc pas résolu. ,

Malheureusement, la seule solution qui soit possible et logique est tellement radicale qu'elle n'apparaît encore que dans les brouillards de 1 avenir ; mais elle apparaît

Il y a déjà longtemps que, dans la Vie parisienne, nous 1 annoncions cette solution inévitable, et nous sommes heureux que l'opinion de M Freeman soit venue donner quelque autorité à la nôtre.

Oui, l'art français sera libre ou cosaque, et tout me porte à croire qu il sern libre

Le jour' où le gouvernement n'encouragera pas plus les peintres et les sculpteurs qu'il n'encourage les ferblantiers, sera un beau jour.

Cet encombrement excessif et déplorable dans la république des arts a pour cause les promesses, récompenses et pensions du gouvernement C'est lui qui a fait de la peinture et de la sculpture un état dans lequel on peut avec de la souplesse et de la tenue, se faire une position sorlable- et il est sévèrement puni de son erreur, ce gouvernement protecteur, par le nombre d'estomacs affamés qu'il est oblige de salislaire chaque année. ,

On prétend que la protection du gouvernement est nécessaire pour encourager la grande peinture; et je vous le demande, à l'heure qu'il est où la protection de l'État se manifeste avec une si grande sollicitude, ou donc est le grand art ? , ,

Est-ce à la fontaine Saint-Michel qu'il faut le chercher? Dans le plafond de la salle des États? dans le nouveau palais des Beaux-Arts? ou dans telle autre de nos œuvres contemporaines ?

Avons-nous un grand art particulier à notre époque, en avons-nous même le sentiment et le besoin ? — Assurément non.

Ce ne sont plus, à l'heure qu il est, les artistes qui font le goût de leur époque, mais bien l'époque qui fait le goût de ses artistes.

Nous avons ceux que nous devons avoir, et nous n en aurons pas

c'esfie terrain qui fait la plante et le milieu qui fait l'homme. Eût-il été possible que M. Yvon peignît des batailles sous Louis X1Y? Peut on imaginer Lebrun naissant de nos jours? '

Donc, le gouvernement, soyez en sûr, se lassera un beau matin d enseigner un art officiel dont personne ne se soucie, et pour lequel luimême me paraît avoir peu de sympathie.

Il laissera le champ libre, sûr que le meilleur moyen de faire naître un sentiment artistique dans le public est de n'en point imposer.

Mais le sacerdoce de l'enseignement, à qui sera-t-il confie ? — A personne, monsieur. . . ,'

Où nos jeunes artistes recevront-ils les sages principes de 1 art .' ou apprendront-ils les lois du beau et du. grand?

Où ils voudront.

C'est vouloir décourager le

Précisément. Tous nos efforts tendraient à en décourager 19 sur 20.

Est-ce à dire que le gouvernement ne devra pas récompenser le divin enragé qui aura fait une belle œuvre? — Non, certes; et ce sera le moment, alors que l'artiste aura bien mérité de la patrie, de lui prodiguer à pleines mains honneurs et riehesses.

LA SEMAINE

Le nouveau ballet de Mil. de Saint-Georges et Rota : la Maschera ou les Nuits de Venise (3 actes et 5 tableaux), sera représenté le 3 février à l'Opéra ' pour les débuts d'Amina Boschelti.

— Le foyer du Théâtre-Français, actuellement si restreint par la cloison absorbant une partie de la galerie des bustes, va être bientôt livré dans son entier aux amateurs qui y retrouveront la célèbre grande cheminée. On y accédera par un escalier magnifique, à double rampe d'une montée des p'us douces, prenant naissance sur la place du Palais-Royal.

— Le Marquis de Vil émet, de M-'Saud, est en répétition à l'Odéon. B*rtou remplira le principal rôle.]

— Les débuts d'Antonucci et de Scalèse ain i que la rentrée de Mario ont eu lieu mardi aux Italiens dans Bai bière.

— Une jeune femme, Mme Pasca, vient de faire au Gymnase de trèsheureux débuts dans le rôle de la bironne de Saint-Ange du Demi- Monde, créé jadis par la regrettée Rose Chéri.

— Le théâtre de la Porte-Saint- Martin a — momentanément sans doute — perdu la Faustine de M.

Louis Bouilhet, que vient d'arrêter la censure. Espérons que cette décision n'est pas irrévocable.

— A bientôt à la Gaîté la première représentation de U Maison du Baigneur, dont on vante fort la riche mise en scène.

— On annonce pour le 30 courant la première à l'Ambigu des Fils de Charles-Quint, le nouveau drame de Victor Séjour.

— Les deux jongleurs prestidigitateurs chinois continuent leurs succès au Cirque de l'Impératrice. — Exercices aussi merveilleux que terrifiants !

— L'Emprreur et l'Impératrice ont assisté samedi aux Français à la représentation à'Andromaque et d*s Femmes siv mtes. Le Sport attribue à ce sujet un mot à une dame de (( l'entourage : « La cour commence e carême di bonne heure. »

— A la réception de dimanche dernier , chez M- la princesse Ma.hilde ont for applaudi la pureté et l'élégance de diction de deux jeunes cousines de M deleme et d Augustme Brohan «rente ans à peine entre elles deux). Elles ont feuU,Îlhr!'erS S,qUeS d'Un' * r™1™^1^ "e, Brohan ne i - S. Exc. le duc de Morny vi-nt ,1e recevoir de S. M. le roi de Portugal les insignes de la dignité la plus élevée dans l'ordre souverain de la Tour et CÉpèe

— Ces jours derniers, il y avait aux Italiens spectacle sur la scène et dan» la salle. Une jeune mariée - avec tous ses atours de fleurs d'oranger - s'y était fourvoyée accompagnée d'une mère à chapeau empanaché (malgré le nouveau décret), du futur et d'un beau-père à gants ver,s et à longue redingote, illustré en outre d anneaux d'or aux oreilles et du large riflard ro.ge de famille que le contrôle, avait dû pour cause d'ordre public - retenir au grand désappointement du propriétaire. Cette scène n'eût pas déparé la comique odysséedu Chapeau défaille d'Italie.

- C'est le 1" février que vont clôturer les Délasements- Comique» ' pour cause de démolition.

L'interruption ne sera pas longue (on l'espère du moins), la Compagnie .immobilière faisant construire à la naissance du boulevard des Amandiers troi nouvelles salles qui vont revivifier feu le boulevard du Temple.

L'une de ces salles est destinée à Lockroy, l'autre à Picrron, actuellement régisseur de l'Odéon, la troisième recevra le régiment féminin de M. Serri, le directeur des Délassements.

- Nadar a repris, depuis son retour de Londres, la direction quot<Lenne et personnelle de sa maison de photographie du boulevard des Italiens.

- Les promeneurs du bois de Boulogne ont tous admiré, depuis quelques mois, dans un équipage luxueux, deux jeunes filles (quinze à seize ans), dont les photographies étaient aussi courues que les originaux. L'une surtout (seize

ans) rayonnait (de toute sa beauté et de ia plus grande excentricité sous le. titre de Jeanne de Barcelone. C'est el'e qui la première porta' l'aile au loquet. Chaque soir, au milieu de sa cour d'adulateurs et d'adorateurs, elle faisait choix d'un nouvel heureux au'elle admettait à partager son souper à la Maison d'Or (elle ou lui payant la carte suivant les circonstances) On cite un artiste en renom qu'elle daigna honorer d'un envoi (sur la scène même) d'une bague de cinq cents francs.

Cette Jeanne de Barcelone n'était qu'un simple trottin — Marie 0... — d'une des plus fortes modistes de la rue Vivienne. Très-modeste à l'atelier, très-sage surtout (en apparence), elle se transformait à l'heure du Bois dans un hôtel des environs, puis, après sa tournée, redevenait jusqu'au soir simple trottin. Il en était de même de son amie, Louise B..., aux dépenses de laquelle elle pourvoyait.

Le secret de ces métamorphoses est découvert et les deux pseudo-demimondaines réfléchissent à Mazas sur la fragilité des vanités humaines. Marie 0... est arrêt,' e pourvois successifs, avec effraction, chez sa patrone;

)$Ç> et sa jeul)e amie non-seulement comme réceleuse, mais encore pour avoir

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exploité son aînée. Le montant des £^ vols connus s'élève àplus de dix mille francs.

— Grand deuil au quartier latin ! On annonce la mort du père Lahire, ce vaillant moralisateur de la Chaumière où il a longtemps maintenu dans une modération... anolin: les joyeux ébats des étudiants de tous sexes.

On annonce également la mort de Porcher, cette providence des flcell'ers du drame et des calembourdiers du vaudeville, celui qui avait acheté à prix d'or le droit de tutoyer Alexandre Dumas (le Grand). 11 est mort dimanche dune fluxion de poitrine. Quelle foule a dû se recueillir mardi à ses obsèques, si la reconnaissance n'est pas une vertu bannie du cœur des auteurs dramatiques !

— Annonçons un beau concert, celui de M. Sarasate, qui doit avoir lieu lundi 1" février, à la salle Herz, à huit heures du soir.

PASCAL D

Gravures de G IL LOT, H5, Faubourg- Saint-Martin.

Paris. — Imp. VALLÉE. 15, rue Breda.

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